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Le cycle de la vie

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Sam 23 Mai - 0:25
M • Université - 4ième année
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Une semaine… ça faisait tout juste une semaine que Saki était revenue de chez ses parents dans un état encore plus lamentable qu’avant de partir. Ses vêtements n’étaient pas plus sales, ses genoux n’étaient pas plus écorchés et son attitude n’était pas plus étrange qu’auparavant mais c’était dans son cœur que tout avait changé. Toutes ses convictions, toutes ses certitudes n’étaient en fait que des grains de sable qui s’étaient envolés avec une simple petite brise hivernale. Rien ne s’était passé comme prévu.

Depuis son retour, elle avait fait comme si rien n’avait changé, elle avait été en cours de la façon la plus anodine qui soit, avait participé à un Event artistique sur le thème des Pirates, avait également profité d’un Miss Maple avec le surveillant qui était moins disponible qu’à l’origine ce qui l’avait une fois de plus bercée dans ses nouvelles convictions, qui étaient entre autres que personne sur cette Terre n’était là « rien que pour elle ». Lui, elle le comprenait, ils n’étaient pas de la même famille et ne se connaissaient encore que trop peu pour avoir une relation fusionnelle, mais sur qui pouvait-elle compter alors si ce n’était pas lui ? Il avait dût la trouver légèrement différente puisqu’il lui avait demandé si elle allait bien, mais Saki avait glorieusement utilisé sa peine et sa douleur pour lui envoyer un faux sourire en pleine face, un de ceux qui font croire que tout est normal alors que c’est l’inverse. Il n’y avait vu que du feu. Le véritable visage de Saki n’était revenu que lorsqu’il était parti et c’est à grands coups de larmes et de gémissements plaintifs qu’elle avait fait partir son mal-être dans sa chambre, où là encore la solitude était trop présente.

Plusieurs fois par contre, Saki avait été tentée d’en parler à Kat’s. Qui mieux que lui pourrait tenter de comprendre ce qu’elle ressent sans la juger puisqu’ils ne se côtoyaient pas ? Hélas, elle ne l’avait pas fait non plus, redoutant l’éventuel moment de la rencontre qui la pousserait dans ses retranchements. Elle n’avait pas envie non plus de le rendre encore plus déboussolé qu’il ne semblait déjà l’être. Il avait d’autres choses à faire aussi.
Seule, complètement seule, Saki s’était alors mise à écrire un journal. Elle n’était pas fan de ses artifices de gamines qui écrivaient leurs moindres problèmes sentimentaux ou parentaux mais il était le seul moyen exutoire qu’elle connaissait. Elle avait besoin de souffler, de raconter tout ça, sans être jugée ou prise en pitié. Elle voulait juste… l’évacuer.

Elle n’avait pas donné de nouvelles à Maï et Yuri depuis le Week-end dernier mais n’en avait pas reçu non plus. Plusieurs fois, elle avait été tentée de retourner à l’hôpital prendre des nouvelles de son « Père » mais elle n’avait pas eut la force de refaire le chemin qui l’avait conduite dans le néant le plus total. Elle avait été tellement surprise et tellement stupéfaite de découvrir cette partie de sa vie qu’elle n’avait pas encore digéré le mensonge dans lequel elle était bercée depuis sa naissance. C’est pour cela qu’elle ignorait sa « mère ». Elle n’était pas fâchée et l’aimait sûrement plus aujourd’hui qu’avant de le savoir mais elle ne pouvait pas regarder en face sans lui dire « Menteuse ! Traîtresse ! » et ces mot là, Maï n’en avait pas besoin.
Pour le moment, Saki avait volontairement évité de penser à ses parents biologiques, parce que quand elle y pensait, elle ne pouvait empêcher un flot continu de questions sans réponses d’envahir son esprit et de lui foutre un mal de crâne à se taper la tête contre les murs. Elle avait besoin de savoir mais elle devait d’abord faire la paix avec elle-même et avec ses parents. Sauf que pour l’instant, elle n’y arrivait pas.
Les pages de son Journal se remplissaient au fur et à mesure que les jours passaient, creusant inexorablement un fossé irréparable entre elle et sa famille adoptive. Même Tommy, son poisson rouge était mort, la laissant encore plus seule et lui rappelant Ô combien elle était incapable de prendre soin de la moindre petite vie placée entre ses mains d’infirme. Les jours festifs de Noël semblaient bien loin à présent et elle avait l’impression que tout le monde courait autour d’elle. Les heures défilaient plus vite que la moyenne et ses résultats étaient en chute libre même si elle continuait de rendre régulièrement ses devoirs. Son esprit était forcément ailleurs.

Le Week-end qui suivit aurait dût être marqué une croix sur le Calendrier de Saki puisqu’elle fêtait ses 17 ans mais là encore, il ne se passa rien. Elle resta cloîtrée dans sa chambre, ayant de plus en plus de mal à garder l’attitude d’une fille qui va bien. Elle n’avait plus aucun appétit et sombrait littéralement dans un mutisme des plus sévères laissant ses affaires à qui veut les prendre et changeant encore moins souvent de vêtements qu’avant, devenant l’objet de railleries des élèves de sa classe. Malgré tout, elle préférait encore ça plutôt qu’à l’ignorance. Ca lui rappelait qu’elle existait et qu’elle n’était pas invisible à leurs yeux, même si bêtes.
Son Journal était désormais orné de pages blanches, elle n’avait même plus goût à l’écriture et n’avait pas remis les pieds au Club d’Art. Le géant violet était partit en Séminaire à la neige avec un autre Club et elle n’avait pas envie d’y aller quand il n’était pas là, même s’ils ne s’étaient pas reparlés depuis leur première rencontre.
La fin du mois de Février pointa vite son nez et le Soleil se fit légèrement plus présent aidant quelque peu Saki à sortir de sa torpeur. Le temps aurait raison de son absence. Elle s’en remettra.

Mais c’était pas encore le moment… parce qu’à ce jour historique du 24 Février 2011, son « Père » décéda.

Sa « Mère » avait tentée de la joindre de nombreuses fois sans succès et elle avait finit par laisser un SMS. Tragique moyen de communication pour lui apprendre que Yuri était parti. Elle aurait pu se déplacer jusqu’à l’école mais Saki l’aurait sûrement reçue à coups de pierres sachant le but de sa visite.
La nouvelle fut comme une claque sur sa joue enfantine. Son cœur se brisa en mille morceaux et son ventre se serra jusqu’à lui faire vomir ses tripes sur la moquette de sa chambre. Les larmes jaillirent de ses yeux comme une lave en éruption et sa voix se perdit dans de longues plaintes monocordes qui lui vrillaient la gorge. Son corps tout entier tremblait lorsqu’elle tenta de se mettre debout et c’est genoux à terre une fois de plus qu’elle laissa sortir toute sa rage. Cognant des poings sur la moquette qui ornait leur chambre, Saki jeta, déchira et balança tout ce qui lui passa sous  la main, impuissante face à l’énormité de l’évènement qui venait de se produire. Au fond d’elle, elle se haïssait de ne pas avoir été le voir alors qu’elle savait qu’il partirait avant qu’elle ne se remette de son adoption. Qu’y avait-elle gagné dans l’histoire ? Sa douleur était encore plus lancinante et presque indescriptible désormais, et maintenant qu’il n’était plus là, qu’est-ce qui la rendrait plus supportable ? Yuri n’était plus. Elle ne le reverrait jamais. Comme un cauchemar qui continue même quand on est éveillé. L’Enfer lui ouvrait les bras.
Après avoir mis la chambre à sac, Saki avait couru jusqu’à l’hôpital, oubliant l’heure, les cours, l’habit qu’elle portait, la tête qu’elle avait, elle oublia tout et se précipita vers la chambre de son défunt Père pour n’y trouver qu’un lit vide. Voilà à quoi se résumait son Père désormais, un drap blanc, immaculé. Un souvenir. Une nouvelle fois Saki s’effondra sur le sol, plongée dans un profond coma passager, conséquence logique de son rythme de vie et de la douleur persistante qui envahissait son cœur et ses entrailles depuis quelques jours.
Elle se retrouva allongée dans un de ces lits qui avaient accueilli son Père auparavant, branchée à une perfusion pour rattraper le retard de nourriture ainsi qu’à une dose de calmant pour normaliser sa tension beaucoup trop élevée. Lorsqu’elle rouvrit les yeux le lendemain matin, Maï se tenait près d’elle, silencieuse, les yeux rougis par trop de surmenage également. Elles partageaient exactement les mêmes douleurs sauf que Maï vivait avec l’une d’entre elles depuis 17 ans.

« Joyeux Anniversaire, Saki. »

Cette phrase pouvait paraître totalement déplacée vu la situation mais Saki ne la prit pas comme ça, même si elle ne répondit rien. Maï ne venait pas de lui offrir la mort de son Père sur un plateau d’argent mais elle venait plutôt de lui faire comprendre qu’ils avaient été ses parents depuis 17 ans maintenant et que rien ne changerait ça. Il fallait garder la tête haute, même si Yuri était parti. Elles pouvaient toujours compter l’une sur l’autre.
Saki se redressa difficilement sur son lit, encore affaiblie, elle mit quelques minutes à se rappeler de ce qui s’était passé. Elle ne chercha pas à débrancher ses nombreux fils qui d’ordinaire l’auraient agacée, non elle n’avait plus envie de se battre. Elle resta là à fixer sa « Mère », ancienne femme forte et victorieuse qui se retrouvait d’un coup veuve et sans enfant, abandonnée par le Monde tout entier au simple rang de femme inconnue et banale. Elles restèrent des heures l’une à côté de l’autre, au fil du jour qui inondait la pièce d’une lumière blafarde. Le temps s’écoula rapidement et Saki finit par sortir de cet endroit où son Père était mort, appuyée sur le bras de cette Mère qui ne lui avait pas tourné le dos malgré son attitude.

La cérémonie au Cimetière dura plusieurs heures. Yuri avait eu de nombreuses relations commerciales qui étaient devenues des ami(e)s au sens propre, si bien qu’une ribambelle d’inconnus défilèrent devant son cercueil en bois doré pour y déposer des roses et tout autres objets inutiles et artificiels pour l’accompagner jusqu’au Paradis. Saki ne versa plus une larme depuis son malaise à l’hôpital, elle ne devait plus voir les choses de cette façon. Elle était évidemment triste qu’il soit partit mais elle devait lui rendre hommage en gardant de bons souvenirs de lui, en le voyant comme un homme fort et à qui tout réussissait ; pas cet homme faible et malade qu’elle avait vu à l’hôpital, elle ne devait pas le voir comme « Yuri » mais comme son Père, tout simplement.
Les invités partirent les uns après les autres, retournant à leur funeste vie routinière tandis que Saki se rapprocha doucement de ce trou qui représenterait désormais tout ce qui restait de son Père. Toujours vêtue d’une capuche pour masquer cette effroyable peur du regard des autres, Saki s’accroupit près du cercueil et sortit une aiguille de sa poche. Elle se piqua franchement le doigt, s’arrachant une grimace au passage, et laissa le sang couler doucement le long de son index. Elle posa délicatement sa main sur le bois lisse et sage qui se tenait devant elle mêlant son sang au cercueil vide de vie.

« Comme ça, je serais toujours avec toi… »

Elle avait privilégié cette façon de faire les choses, puisque c’était ce fameux sang qui coulait dans ses veines qui les avaient séparés presque 2 semaines plus tôt. Alors désormais, elle tirait un trait sur cette étape de sa vie et se réconciliait avec son Père. Trop tard pour qu’il en profite mais assez tôt pour que Saki ne se perde pas dans un chamboulement émotionnel qui lui aurait coûté bien plus cher.

Pendant toute la semaine qui suivie l’enterrement de son Père, Saki fut absente à Chisê. Sa Mère avait prévenu les dirigeants du drame qui venait de tomber sur leur famille et elle avait été autorisée à être absente pendant une semaine. Saki ne faisait pas grand-chose, elle restait des heures dans son ancienne chambre, debout près de la fenêtre, la vue sur le jardin qui l’avait vue grandir, la balançoire et l’énorme champ de Maïs qui avait vu bien plus de saisons qu’elle. Elle savait que son existence était insignifiante sur cette Planète mais quand on n’a aucun souci, le moindre problème prend une ampleur inattendue. Là, Saki était face à un choix, et elle n’arrivait pas à se décider. Son Père était mort depuis 1 semaine maintenant et elle allait devoir retourner en cours, reprendre sa vie là où elle l’avait laissée, consciente que cette blessure ne se refermerait sûrement jamais et que le meilleur moyen pour elle de passer par-dessus serait de couper les ponts avec tout ce qui lui rappelait cette vie. Seulement… elle n’était plus capable de le faire. Maï l’avait aidée à surmonter cette épreuve et elle vivait exactement la même expérience. Ca aurait été une autre trahison de la laisser endurer ça toute seule. Saki la regardait évoluer en silence dans cette maison horriblement vide désormais. Maï continuait sa vie comme si rien ne s’était passé. Elle était habituée à vivre seule depuis des mois et la mort ne semblait pas avoir eut raison d’elle, elle survivrait.
2 jours avant de reprendre sa vie, Saki se décida à franchir l’étape suivante. Si elle ne le faisait pas aujourd’hui, elle ne le ferait jamais. Peut-être que c’était la mauvaise décision… mais au moins, elle ne regretterait pas de vivre dans l’ignorance.
Elle aborda le sujet pendant l’heure du déjeuner, brisant le silence total qui s’était installé entre elles depuis des jours. Saki eut du mal à reconnaître sa propre voix depuis le temps qu’elle était restée muette.

« Parles moi de ma Mère… S’il te plaît, Maman. »

En une phrase, tellement de choses étaient dîtes. Saki voulait savoir la vérité et elle reconnaissant en même temps que Maï resterait sa vraie Mère à tout jamais. Elle venait de lui signer un contrat de reconnaissance à vie. Jamais plus elle ne lui tournerait le dos, même si elles ne restaient pas en contact régulier, elles savaient qu’elles seraient toujours là l’une pour l’autre.
La discussion fut longue et parfois difficile à comprendre pour Saki. Son Adoption avait été compliquée. Il avait fallu 1 an aux Ôsen pour pouvoir avoir droit sur cette enfant qu’ils désiraient tant. La mère biologique de Saki n’avait pas cherché à rester dans l’anonymat, elle avait simplement expliqué aux services d’Adoption qu’elle n’avait pas le temps ni les moyens d’élever cet enfant et qu’elle préférait la confier à des personnes qui prendraient soin d’elle. Elle n’avait pas expliqué précisément les raisons de cette décision mais avait même laissé des coordonnées aux Ôsen si jamais ils voulaient en savoir plus. Evidemment, ils n’avaient jamais cherché à la joindre, apeurés qu’elle change d’avis et cherche à récupérer Saki. Le seul artifice qui lui venait de mère biologique, c’était ce nom « Saki », en référence au saké avec une touche de féminité, qui était sûrement la base de cette grossesse non voulue.
Saki ne savait pas trop si elle devait lui en vouloir ou pas de l’avoir abandonnée. Elle avait attendu le terme de sa grossesse au lieu d’avorter dès le début et l’avait confiée à des gens biens plutôt que de l’élever elle-même et de la rendre malheureuse. C’étaient plutôt des points positifs en soit mais le simple fait de ne pas avoir été élevée par sa mère biologique ne jouait pas en sa faveur. Et le lien irremplaçable même malgré tous les efforts du monde, qui la liait à sa mère, lui donnait l’envie de la rencontrer, de savoir qui elle est, où elle vit, ce qu’elle fait. Savoir quelle était sa vraie destinée dans la vie. Qui était vraiment Saki ?
Compréhensive et rassurée maladroitement par sa « fille », Maï donna tous les détails qu’elle possédait pour permettre à Saki de finaliser sa recherche d’elle-même. Sa mère biologique vivait au Japon également, dans une petite ville à côté de Tokyo (Urawa).
Saki préféra s’y rendre le Samedi, bercée par le flot de personnes qui menaient leur vie tranquillement. Elle se retrouvait là, perdue au milieu de nulle part, dans une ville qu’elle ne connaissait pas du tout et complètement esseulée. Plusieurs fois, elle demanda de l’aide à divers passants pour se rendre à l’adresse qui était indiqué sur ce petit bout de papier qui représentait toute sa vie. Ce fut au bout de plusieurs heures de marche solitaire en pleine campagne qu’elle arriva enfin à destination. Le choc de culture fut saisissant. Ce petit village respirait la pauvreté à des kilomètres. Saki avait eut une vie de luxe comparé à ce qui l’aurait attendu ici, bien sûr mais ça n’auraient peut-être rien enlevé à son bonheur. Peut-être même qu’elle aurait été plus heureuse avec ces inconnus qu’avec Maï et Yuri. Yuri… paix à ton âme.

« Vous cherchez quelque chose ? »

La voix masculine et attendrissante qui avait retenti derrière son oreille la fit sursauter de surprise, arrachant un sourire désolé et amusé à l’homme qui se tenait derrière elle. Habillé simplement d’un jean et d’un t-shirt trop grand pour lui, il ne manquait cependant pas de joie de vivre et semblait heureux dans cette vie que lui offrait ce quartier. Saki se rendit compte qu’elle le dévisageait et s’abaissa poliment pour s’excuser avant de secouer négativement la tête pour répondre à sa question. L’homme haussa les épaules et la fixa longuement dans les yeux avant de sourire une nouvelle fois et de lui murmurer « Bonne Chance alors ! » et de reprendre sa route. L’échange qui venait de se produire la laissa perplexe. Cet homme l’avait absolument dévisagée. C’en avait même été gênant.
Discrètement, Saki le suivit, laissant plusieurs mètres les séparer et feignant de trouver intéressant les fleurs qu’elle récoltait sur son passage. Lorsque l’homme pénétra dans unes des maisons qui juxtaposaient la route, Saki se stoppa. Elle ne voulait pas le suivre jusque chez lui et puis de toute façon, elle voyait tout au travers des grandes fenêtres. Saki s’approcha encore un peu plus, tout en restant assez loin pour ne pas être vue de la route. Elle tenait le papier si fort entre ses doigts que ses jointures étaient devenues toutes blanches. L’homme avait posé ses affaires et s’était ensuite aussitôt jeté sur sa femme pour l’embrasser passionnément avant de se diriger vers une des pièces du fond qui n’était pas visible aux yeux de Saki telle qu’elle se trouvait là.
Une brise légère lui fit cligner des yeux et elle tourna la tête pour l’éviter, perdant un instant de vue le couple qui lui faisait face. Son regard se posa sur la boîte aux lettres qui se trouvait à l’extérieur. Son cœur se stoppa… Impossible. Ce nom… c’était le même que celui qui se trouvait écrit sur ce petit bout de papier. Ueno.
Elle releva brusquement la tête, prenant soudain conscience de tout ce qui l’entourait. Ce quartier, ces buissons, cette route, cette maison, cet homme, cette femme, c’était sa vie. Tout ce qu’elle contemplait actuellement, c’était sa vie manquée. Cette vie qui n’avait pas voulu d’elle. Ce bonheur qu’ils affichaient malgré cette pauvreté assumée, ce bonheur là, dont elle n’avait pas eut droit. Quelle injustice. Elle repensa au regard de l’homme tout à l’heure. Elle venait à peine de faire face à son père, son vrai père, celui qui était à l’origine de sa création, de son être, de sa personne, son père. Peut-être qu’il avait reconnu en elle des traits de sa femme ou même de lui-même, peut-être qu’il avait fui alors pour cette raison, ne désirant pas connaître le fin mot de l’histoire.
Saki s’approcha encore, désireuse de voir sa mère de plus près, mais le soleil rendait la vitre plutôt floue, l’empêchant de distinguer correctement les traits de son visage ; c’était comme si un mystère entourait cette femme à tout jamais, comme si le destin refusait qu’elles se rencontrent.
Lorsqu’un nuage passa et que la vitre se teinta d’ombre, Saki n’aperçut pas la personne qu’elle pensait voir. Ce qu’elle vit la laissa encore plus dépourvue de réactions. Il était là. Joyeux, en pleine santé, choyé et aimé.
Son petit frère.
Elle porta une main tremblante à sa bouche comme pour empêcher une nouvelle peine de sortir de son corps. Une multitude de sentiments se livrait bataille en elle, un mélange de tristesse et de joie. Elle avait un petit frère, un petit bout pas plus haut que son genou, avec une bouille de nounours à la guimauve, un gentil petit frère, qui ne la connaissait pas et ne soupçonnait même pas son existence. Un petit frère qui avait eut la chance de voir la vie dans cette maison et pas une autre, la chance de vivre près de ses vrais parents et pas dans un mensonge de richesse.
Ce fut lorsque la larme atteignit son poignet qu’elle se rendit compte qu’elle pleurait. Un trop plein de soucis s’échappait d’elle. C’était trop pour elle ce qui lui arrivait. Elle avait pensé être assez forte pour savoir la vérité et l’affronter mais finalement, elle s’était trompée. Ce bonheur sans le sou qui s’étalait et l’éblouissait généreusement lui donnait envie de vomir et de hurler à l’injustice. Elle les enviait. Elle aurait tout donné pour faire partie de cette famille elle aussi. Tout donné pour être Saki Ueno. Mais elle n’était qu’une Ôsen. A tout jamais, elle ne serait que cette vile bâtarde à capuche qui se plaint d’être trop riche et qui suit des cours dans une école qui coûte les yeux de la tête à une femme veuve et éplorée. Cette vie là, ne lui appartenait pas.
Consciente de la réalité telle qu’elle lui sautait aux yeux, Saki lâcha prise. Au sens propre comme au sens figuré. Elle desserra les doigts laissant le petit bout de papier voler au gré de ses envies et tourna les talons pour retourner là d’où elle venait. Elle ne devait plus penser à eux. Ils n’existaient pas plus pour elle qu’elle n’existait pour eux. Tenter de se dire le contraire reviendrait à se trancher les poignets avec une pince à épiler. Se serait une torture à sens unique et inutile. Rebroussant chemin, Saki ne vit pas son père biologique sortir de la maison pour rejoindre la route à son tour et récupérer le bout de papier qui s’était envolé. Elle ne le vit pas non plus le mettre dans sa poche et relever la tête pour poser un regard effrayé et rempli de générosité sur son dos…

Le retour à Hoshi fut long. Sa mère ne lui posa pas franchement de questions, elle lui demanda seulement si tout allait bien et Saki ne put que dire qu’elle ferait avec.
Plusieurs de ses questions étaient restées en suspens mais elle se promit que plus jamais, elle ne retournerait là-bas pour les poser. Elle devait essayer de faire l’impasse sur toute une période sa vie qu’elle ne connaissait pas et qui ne méritait pas qu’elle s’y attache. Elle fit sa valise dans le silence, emportant seulement quelques paquets de gâteaux secs et laissa tout ce qui pouvait lui rappeler son enfance à Hoshi et Yuri, elle ne voulait plus s’attacher à quelqu’un qui ne représentait pas autant à ses yeux qu’aux leurs. Saki aimait ses parents mais sûrement pas autant qu’ils l’aimaient elle puisqu’elle gardait toujours au fond d’elle désormais une part d’amour pour cet homme, cette femme, et ce petit bout qui étaient volontairement des inconnus à ses yeux. Elle connaissait le prénom de cette femme mais ne voulait pas le prononcer, elle ne voulait pas lui donner d’identité. Ueno, c’était déjà de trop.

Lorsqu’elle reprit place au sein de l’Académie, Saki voyait les choses différemment. Tout lui semblait si dérisoire comparé à ce qu’elle venait de vivre. Cette école qui respirait la richesse mais qui manquait cruellement d’humanité et de sentiments positifs tels que l’amour ou l’amitié, ou même simplement la gentillesse. Toutes les vraies valeurs, les plus naturelles étaient ici rachetées par des bâtiments hors de prix et des cours de théorie de haut niveau, des équipements sportifs couteux et inutiles. Une belle leçon de « comment combler le vide en vous par de l’argent ? ».
Malgré cette nouvelle rancune envers la richesse qui s’insinua en elle, Saki savait qu’elle appartenait à ce monde là et pas à l’autre, alors si elle voulait réussir à reprendre le dessus, elle se devait de trouver une échappatoire dans cette richesse. Survivre dans cet enfer.  
Le bruit sourd de sa valise sur le sol de la chambre lui rappela la solitude dans laquelle elle s’était enfermée. Elle prit conscience soudain que cette attitude ne l’aiderait pas à oublier et à surmonter cette dernière épreuve. Elle sortit un ciseau de sa table de chevet et se dirigea vers son miroir. Après quelques secondes de réflexion, elle passa à l’acte, se coupant les cheveux sans chercher à se transformer en Cendrillon. Se couper les cheveux, revenait pour elle à couper une partie de ce qu’elle était avant. Une mèche pour Yuri, une mèche pour l’adoption, une mèche pour ses parents biologique. Et la dernière mèche fut pour son petit frère, qu’elle aimait déjà plus que de raison. Dans un excès de rage incontrôlée, elle balança le ciseau par la fenêtre. Elle poussa un long soupir regardant sa nouvelle tête dans le miroir. Elle changea de pull pour se trouver enfin nouvelle de part et d’autres et recouvrit bien sûr sa tête de la capuche, éternelle odd...

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NB : #8E8CAD
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