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Plus je vis et plus j'entends les anges chanter...

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Sam 23 Mai - 0:08
M • Université - 4ième année
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HnM
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Février 2011

Les choses avaient changé. Sûrement autant en bien qu’en mal, mais au moins, elles avaient évolué. Si Saki devait faire aujourd’hui une rétrospective de sa vie, elle tiendrait sûrement en une page sinon moins, mais toutes ces choses et toutes ces personnes avaient une importance unique à ses yeux.

Son arrivée à Chisê :
Tout s’était passé très vite. Saki avait été débarqué de façon trop tardive sur le parking du campus de cette Académie et ses parents avaient sensiblement réalisé qu’ils n’étaient plus les bienvenus dans le cœur de la demoiselle dépressive. Depuis qu’elle avait apprit que son Père était malade et qu’il ne lui en avait pas parlé ‘pour son bien’, Saki s’était odieusement détournée d’eux et avait préféré quitter cette maison dont elle n’avait jamais vraiment fait partie.
Maintenant que c’était fait, elle pourrait enfin s’adonner à cette liberté qu’elle affectionnait tant. Finies les réceptions horribles et interminables qui comportaient des fois des invités aussi inattendus qu’indésirables (Ethan par exemple). Finis les repas en famille et les questions sur son avenir. Finis les éternels reproches sur son allure autant vestimentaire que comportementale. Bref, finie la vie pourrie et bonjour la nouvelle.
Arriver dans une Académie, ne veut pas dire changer son destin, mais juste le rendre plus accessible. Saki ne comptait pas devenir un modèle de perfection et elle en avait même horreur, mais elle espérait bien trouvera sa place quelque part, aussi petite soit-elle pour enfin creuser son trou et se nicher dedans pour l’éternité. Mais pour arriver à ce résultat, il fallait passer par plusieurs étapes.

A peine arrivée et Saki se retrouvait déjà au pied du mur à affronter sa première étape. Une fille, un peu plus vieille qu’elle, et absolument trempée jusqu’aux pieds dans la bourgeoisie. Mais pas cette petite bourgeoisie ou on se tient bien et on est polies, non. La bourgeoisie avec un B majuscule. Robes hors de prix, coiffures de reine d’Angleterre, attitudes austères et supérieures et langage sarcastique. Bref cette fille était une reine enfermée dans un simple corps fait de chair et de sang et elle avait l’air de très mal le supporter. Si bien qu’elle se sentait obligée de faire vivre un enfer à toutes les personnes qu’elle croisait. Et elle croisa Saki.
De fil en anguille ou plutôt de drogue en gifle, leur discussion s’était envenimée et les choses avaient vraiment mal tourné pour Saki. Elle s’était faite humiliée de façon publique et inaltérable et lorsque les larmes coulèrent sur sa joue, elle comprit tout de suite compris qu’elle avait perdu cette première manche. Son destin ne s’annonçait vraiment pas très glorieux. Aurait-elle mieux fait de rester dans la maison de ses parents ? Etait-elle assez forte pour affronter ce genre de monde et cette vie là ? Avait-elle au moins un espoir de trouver sa voie ? Les questions restaient sans réponse et les doutes lui rongeaient le cœur. La seule possibilité pour l’instant, la fuite.

Après avoir couru pour échapper à son bourreau, Saki s’était réfugiée docilement dans un des bureaux à sa portée. Elle n’avait pas été aveugle au panneau inscrit sur la porte et qui mentionnait la présence d’un psychologue, mais elle n’aurait jamais avoué qu’elle avait besoin d’aide. Lorsque ses parents avaient voulu la faire parler en présence de ces charlatans, elle n’avait pas pu dire un mot alors pourquoi y allait-elle de son plein gré maintenant. Peut-être avait-elle juste besoin de réconfort. Cet homme était un psychologue, certes mais il était surtout un homme, mâture et adulte qui pouvait l’écouter sans la juger. Elle pouvait rester ici, même sans parler, et sans que personne ne vienne l’embêter. Et ça avait été ça son premier but. Trouver un endroit tranquille.
Il avait tout de même réussi à faire son travail malgré tout. Il avait gentiment offert une tasse de thé à la pomme à notre demoiselle en détresse et avait tenté de redonner le sourire à sa patiente.
Au fil des séances, Saki avait apprit à l’apprécier et à reprendre un peu de courage pour retourner affronter le monde. On recommence pour la première étape.

Cette fois, toute l’histoire se déroula dans le Club D’Art, une seule pièce, un seul point commun que Saki et un jeune homme, géant, partagèrent de façon plutôt rapide et distrayante. Saki avait d’abord été extrêmement impressionnée par le physique imposant du jeune homme. Il faisait au moins 2m et était maigre comme un fil de fer. Il devait presque se baisser pour passer les portes. Il devait se sentir à la place de Gulliver dans ce pays. Leur relation avait été quelque peu chaotique au début puisque Saki avait été consciemment méfiante envers les étrangers. Mais pourtant, elle avait tort, il était une personne respectable et intéressante. Il avait du mal à trouver l’inspiration et ne semblait pas profiter de l’occasion pour juger Saki sur sa tenue vestimentaire ou son attitude de marginale SDF. Leur rapport s’était amélioré en discutant d’Art, de peinture, et Saki avait même réussi à retrouver le sourire en sa compagnie. Une belle rencontre qui lui avait fait penser que sa première étape était enfin réussie.
Mais non.
Il était comme tous les autres. Il ne pouvait pas voir au-delà des apparences. Personne ne voudrait être ami avec une capuche ou un pot de peinture, alors il avait critiqué. Une seule question. Qui voulait tout dire. Le début de la fin de leur ‘relation’. Saki s’était de nouveau enfuie. Déçue et en rage contre elle-même. La douleur était presque encore moins supportable que celle provoquée par la poufiasse du début. Cette garce avait été claire dès le début en agressant Saki sauf que lui avait d’abord posé sa patte sur le cœur de la pauvre fille et avait ensuite broyé son espoir. Elle souffrait et regrettait de s’être ainsi laissée aller.
Une nouvelle fois, il n’y eut qu’une seule solution, la fuite.

Autant autrefois, Saki avait opté pour un bureau chauffé, et un thé à la pomme ; autant cette fois, elle avait été moins regardante. Elle avait besoin de hurler, besoin de cracher sa peine et sa douleur et ça, elle n’avait pas envie de le faire devant quelqu’un, elle voulait juste… être seule. Alors, elle était partie se réfugier dans les sous-sols de l’Académie. Un endroit interdit bien sûr mais quand on est victime d’un tel malaise général, plus rien n’a d’importance. Elle pouvait bien se faire virer que ça ne changerait rien à sa vie. Elle n’aurait plus qu’à mettre la clef sous la porte et à se donner la mort et tout serait enfin terminé. Elle avait hurlé son mal-être comme un loup pendant la pleine lune.
Mais elle n’avait pas été seule.
Le surveillant, l’avait vue entrer dans cet endroit pourtant précisé interdit. Il voulait la sermonner, lui apprendre le règlement mais ne pensait pas être témoin d’un début de dépression encore plus grande que la précédente. Le crack boursier dans un être de 50 kilos.
Evidemment, Saki ne l’avait pas entendu arriver, sinon elle se serait dépêcher de remettre ce flot de larmes à plus tard. Il venait juste de faire un pas dans sa vie. Serait-ce que Dieu lui ordonnait une nouvelle fois de tenter la première étape ? Si c’était le cas, il avait fait les choses en grand, parce qu’avec lui, Saki franchirait 4 ou 5 étapes d’un coup. Un pas de géant pour son avenir en tant que femme. Une aide divine.
Le surveillant était un homme simple, moqueur, taquin et plutôt sûr de lui. Un bout en train. Soucieux du règlement sans pour autant être un maniaque de la punition, il avait su voir en Saki qu’elle n’était pas venue ici pour commettre un acte malveillant mais plutôt pour s’isoler.
Si Saki avait d’abord été plus que réticente à son intervention, elle s’était vite laissée surprendre par sa capacité à analyser la situation et à adapter son comportement et ses paroles pour elle. Il la comprenait. Et ce regard calme et adulte qu’il posait sur elle l’incitait doucement à ouvrir lui son cœur ; lui confier qu’elle avait peur, qu’elle se sentait perdue et surtout… qu’elle avait besoin d’aide. Et comme s'il était un ange tombé des Cieux, il avait tendu sa main vers elle, relevant la petite clocharde salie pour entrer ensemble dans un avenir plus beau.

Aujourd’hui, si on devait demander à Saki ce qu’elle pense de lui, elle vous dirait qu’il est comme un Père pour elle. Elle compte sur lui plus que sur n’importe qui d’autre et même ses propres parents ont moins d’importance à ses yeux que lui. Il est là quand elle a besoin de lui, il sait trouver les mots et les gestes pour la réconforter ou lui indiquer la marche à suivre. Il est… lui.

Lorsque Saki était entrée dans les sous-sols, et avant qu’elle comprenne qu’elle était suivie, elle avait tenté un autre moyen que les rencontres fortuites pour se prouver qu’elle pouvait se débrouiller toute seule. Elle s’est donc inscrite sur un site Internet, une sorte de forum qui parle des problèmes des adolescent(e)s, de leur personnalité. Parfait.
C’est sur ce site qu’elle fit la rencontre d’une personne, dont elle ignore encore tellement de choses. Kat’s. Ne sachant pas encore si c’est un garçon ou une fille, elle s’est cependant très vite attachée et lui a confié rapidement le moindre de ses heurts. La barrière de l’invisible étant une bonne façon de masquer ses défauts. Quoiqu’il en soit, Kat’s semblait lui aussi avoir quelques problèmes de son côté. Il se forgeait une image pour plaire aux autres, alors qu’au fond de lui, il n’était pas cet homme là.
Il ressemblait à ces imbéciles de Populaires ici qui ne pensaient qu’à leur image et pas à leurs sentiments.
Pour l’instant, ils ne se sont pas rencontrés, mais espérons que ça se fasse.



Enfin bref, voilà en quoi se résumait la vie actuelle de Saki. Des hauts, des bas, des échecs et quelques réussites parsemées d’embûches. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, les choses étaient bien plus belles que prévu dans la tête de Saki. Elle voyait la vie sous un nouvel angle. Elle avait eut sa seconde chance et l’avait saisi de la bonne façon. Elle était prête à retourner se plonger dans son passé pour profiter de ce qu’elle avait raté, sans pour autant redevenir cette petite garce bourgeoise et prétentieuse qui avait été la source de tout ces problèmes.
Elle ne voulait pas changer sa vie actuelle mais juste… la vivre réellement.
Sa capuche sur le dos et non sur la tête, elle marchait tranquillement dans les rues d'Hoshi, vers la maison qui l’avait bercée. Elle revenait sur ses pas, stressée de savoir si c’était ou pas la bonne solution. Ses parents ne lui manquaient pas, mais elle avait envie de leur montrer qu’elle avait grandi et changé et que le mutisme dont ils avaient fait preuve y’a un an n’avait été d’aucune utilité. Elle était prête à prendre sur ses épaules, le poids d’une maladie consanguine. Elle voulait aider son Père. Elle leur avait mené la vie dure pendant presque 10 ans mais ils avaient quand même accepté de lui payer des études extrêmement coûteuses dans le seul but de retrouver cette enfant perdue. Et ça avait été très bénéfique.
Bien sûr, ce changement dans sa vie, ne s’était pas fait en un jour mais plutôt en 1 an et bien que quelques personnes soient devenues proches de Saki, elle n’avait parlé à personne de ce qu’elle avait en tête. Elle ne voulait pas supporter leurs regards remplis de compassion ou d’incompréhension. Elle voulait faire les choses à sa manière et leur prouver qu’elle avait grandi. Elle allait avoir 17 ans d’ici quelques semaines et pouvait se prendre en main. Elle devait faire quelque chose de bien. En plus, même si elle avait voulu que quelqu’un l’accompagne, elle n’aurait pas pu, mais c’était pas un mal. Elle se débrouillerait.

Lorsque ses pas l’amenèrent enfin devant l’immense maison que ses parents avaient construite à Hoshi, elle sentit son cœur se serrer. Merde, un an qu’elle n’était pas revenue là, c’était presque comme renier sa famille et son passé. Ca faisait mal. Elle porta une main à son cœur, consciente que le plus dur restait à venir et qu’elle devait tenir bon. Ses parents n’étaient pas au courant de sa visite et seraient peut-être ravis de le voir, ou bien l’inverse. Sa mère avait cessé de l’appeler après quelques mois quand elle avait comprit que Saki ne décrocherait pas en voyant son nom. Quant à son père, il avait toujours été plus ou moins présent pour elle mais pas de la bonne façon. Trop proche quand il voulait savoir quelque chose et trop éloigné quand il ne s’en souciait plus.  Un simple « bonjour » tous les matins l’aurait rendue plus heureuse. Peu importait, il ne fallait pas repenser aux choses qui fâchent, elle n’était pas là pour ça. Elle devait tenter de voir le bien partout et jusque dans les yeux de ses parents.

Ses pieds montèrent doucement les marches qui la séparaient encore de la sonnette. Le trac était perceptible dans les moindres parcelles de sa peau. Ils étaient ses parents mais semblaient des inconnus pour le moment. Arrivée en haut, elle s’arrêta et se retourna. De loin, on pouvait apercevoir les remparts de l’Académie… alors c’était ça toute l’image de Saki qu’ils avaient depuis 1 an… des murs. Son visage se mua dans une expression triste, elle se sentait presque coupable. Elle se retourna vers la porte et sortit sa main droite de sa poche. La sonnette n’était plus qu’à quelques centimètres de son doigt tremblant et blafard. Dieu, que c’était stressant.
Le bruit fut sourd, court et bref, mais il fut.
La porte resta fermée plusieurs secondes avant de s’ouvrir. Secondes qui parurent l’éternité pour Saki. Mais bien vite, la tête de sa mère passa l’embrasure de la porte et son visage se figea.

Le visage de Saki aussi prit une autre forme. L’étonnement. Elle ne reconnaissait presque plus la femme qui l’avait élevée. Des cernes violines arrondissaient ses yeux de façon morbide et la graisse s’était enfuie de ses joues et de son corps tout entier. Les rides s’adonnaient à cœur joie sur ce visage pourtant si poupin d’habitude. Sa mère ressemblait à un cadavre en décomposition et Saki, bien que banale et sauvageonne, avait presque l’allure d’une princesse à côté d’elle. Qu’et-ce qui avait bien pu la mettre dans cet état ?
Se rendant compte de la fragilité de sa mère à cet instant, Saki eut soudain un réflexe plus qu’humain dans une situation de solidarité. Elle se jeta dans ses bras, manquant de la faire tomber tellement elle était maigre. Les larmes coulèrent sur les joues respectives des deux Ôsen. L’étreinte dura plusieurs minutes sans que mot ne se dise. L’instant était beau et il était difficile de le stopper. Mais c’est pourtant la suite logique des choses. Les deux corps se séparèrent, laissant place à une gêne plutôt perceptible. Saki toussota pour faire passer la boule qui s’était formée dans sa gorge, avant d’essuyer les larmes sur ses joues et de tenter un sourire apprit avec le surveillant.

« Tu es belle ma chérie… »

Et même si Saki n’y croyait pas un mot, elle fut contente de l’entendre et se plut à faire semblant de le penser également.
Elles discutèrent longuement devant une bonne tasse de café noir corsé. Les sujets oubliés refirent surface. Saki s’entendit parler des évènements, des clubs, de ses résultats scolaire et même des noms de quelques-uns de ses camarades qu’elle appréciait, mais elle oublia volontairement de parler de certains passages de sa vie.
Puis elle demanda où était son Père.
Lorsqu’elle aborda le sujet, l’expression de sa mère se fit beaucoup plus soucieuse et Saki comprit aussitôt ce qui l’avait rendue si morbide depuis tout ce temps. La maladie de son père s’était aggravée. Il était hospitalisé depuis des mois et ne rentrait qu’une fois tous les 15 jours, tout en ayant un suivi médical des plus coûteux. Sa mère avait du mal à supporter cette tension qui s’accumulait jour après jour et Saki se sentit bien misérable de les avoir laissé tomber dans une épreuve aussi douloureuse. Son père aurait pu mourir qu’elle n’en aurait rien su. Les larmes coulèrent de nouveau et à flots cette fois pendant qu’elle murmurait des excuses à sa mère pour son attitude des derniers mois.

Le trajet en voiture pour aller jusqu’à l’hôpital fut silencieux. Affreusement silencieux. Les deux jeunes femmes étaient stressées et anxieuses de ce qui pourrait arriver dans l’avenir.
Lorsque Saki se retrouva devant la chambre 715, elle demanda poliment à sa mère de rester à l’attendre dans le couloir. Elle voulait revoir son père, seule. Après 1 an de séparation alors qu’ils étaient à quelques kilomètres l’un de l’autre, elle pouvait au moins assumer sa venue en grande fille et s’excuser de façon familiale. Le stress était revenu comme avant qu’elle ne sonne à la porte de leur maison mais cette fois, l’heure était grave. La mort régnait dans ce couloir et c’était bien loin de ceux chaleureux de l’Académie. Elle aurait pu ne pas voir tout ça, si elle avait continué de garder ses œillères et de faire comme si tout allait bien mais elle ne pouvait plus. Elle ne pouvait pas continuer à dire que rien ne lui manquait dans sa vie alors que dans son cœur, un morceau était cassé. C’étaient ses parents après tout ! Et même s’ils n’avaient pas toujours fais les bons choix pour elle, ils n’étaient pas des êtres vils et sournois. Ils ont toujours été là, alors elle se devait de tenter de faire la même chose.
La main sur la poignée, elle força le destin et entra dans la chambre. L’odeur lui pinça le nez. Les médicaments sentaient la mort à des kilomètres et les nombreux fils reliés à son cœur le faisaient plus ressembler à un robocop allongé plutôt qu’à son père. Le spectacle était tout simplement horrible. Saki porta une main à sa bouche. Elle s’était attendue à ce que son père soit blanc et malade mais pas si mourant. Elle s’approcha doucement de lui, remettant les nombreuses questions qui lui passaient par la tête à plus tard. L’instant était important. Elle était rendue à s’imaginer que son père allait mourir en la voyant, choqué qu’elle soit là. Mais en même temps, elle ne voulait pas qu’il pense qu’elle l’avait laissée tomber. Alors elle posa sa main sur la sienne. Mon dieu, qu’il était froid. Saki laissa échapper un petit couinement distinctif de son malaise, elle se retenait de pleurer de toutes ses forces…

« Papa ? »

Yuri ouvrit les yeux, difficilement mais sûrement. Une larme coula le long de sa tempe. Il ne pouvait pas être déjà ému et elle était plutôt due à un manque de mouvements de ses yeux. Lorsque ses yeux se posèrent sur Saki, ils s’ouvrirent en grand et un sourire des plus sincères s’étala sur son visage, redonnant un bel espoir à Saki de le voir encore pendant des années. Il était imbattable son père. Elle se rappelait encore de cet homme fort qui maniait les affaires de sa société avec tact et diplomatie mais également d’une main de fer. Les costards lui allaient mieux que cette horrible blouse blanche.
Saki retira son gilet, dévoilant ses bras maigrelets et blafards à la lumière du jour. Elle le posa délicatement sur le torse de son père, rendant la chambre un peu plus colorée. Elle s’assit près de lui et ils restèrent à discuter pendant presque une heure. Son père lui expliqua qu’à cause du manque d’afflux sanguin régulier dans son corps, ses organes n’étaient pas irrigués à leur besoin. Si bien qu’en lui… tout lâchait. Il était sur liste d’attente pour presque tout son corps et il savait bien qu’il y resterait. Finalement, il lui avoua qu’il n’attendait que la mort parce qu’il souffrait atrocement.
Maï les rejoignit quelques minutes plus tard et ensemble ils parlèrent d’un avenir sans Yuri. Saki ne voulait pas réaliser qu’elle vivrait sans son père d’ici quelques mois. Elle ne voulait pas.
C’est à ce moment là qu’elle lança une phrase dans la pièce qui eut l’effet d’une bombe atomique.
Saki proposa son aide. Elle voulait bien donner un de ses organes (reins, poumons…) pour sauver son père, ou au moins retarder sa mort. Le silence fut encore plus silencieux et même flippant que dans la voiture. C’était un silence qui cachait quelque chose de bien plus dramatique. Saki resta interdite quant à leur réaction. Son père s’empressa de dire qu’il ne voulait pas entendre parler de ça et sa mère lui montra qu’elle avait déjà donné un de ses reins mais que ça n’avait pas changé grand-chose à l’état de santé de Yuri. Saki pesta qu’elle n’était pas d’accord, et qu’elle devait au moins essayer. Elle criait dans la chambre qu’elle ne laisserait pas les choses glisser entre ses doigts sans essayer de les retenir mais au fur et à mesure que ses cris mêlés à ses larmes emplissaient la pièce, sa mère eut la phrase qui stoppa tout.

« Tu ne peux pas, Saki ! »

Ce fut la curiosité qui incita Saki à cesser sa crise d’adolescente. Cette phrase était ambigüe. Elle ne pouvait pas. Elle se tut et se dirigea vers la fenêtre, son estomac se serra. Ca pouvait vouloir dire tellement de choses. Etait-elle malade elle aussi ? ou peut-être qu’ils voulaient simplement dire que c’était quelque chose de trop gros pour elle, de trop important pour une gamine de 16 ans presque révolu. Ou autre chose…
Le silence régnait dans la pièce et une infirmière les pria de partir pour laisser Yuri se reposer. Saki embrassa son père en lui murmurant qu’elle repasserait le voir bientôt et qu’il devait tenir au moins jusqu’à sa majorité, sinon elle ne lui pardonnerait jamais. La menace était optionnelle mais elle avait préféré tenter le coup si ça pouvait lui donner la force de se battre.
Lorsque les deux jeunes femmes se retrouvèrent de nouveau toutes les deux, les choses étaient différentes. Ou plutôt beaucoup trop semblables à d’habitude. Une gêne s’était installée entre elles et Saki ne pouvait plus concevoir la proximité qu’il y avait auparavant. Quelque chose avait changé. Elle ne parla pas pendant tout le trajet retour et sa mère non plus. La tension était revenue.
Lorsqu’elles se retrouvèrent devant la maison, elles adoptaient toutes les deux l’attitude d’un jeune couple lors de leur premier rancard, ne sachant pas trop comment se dire au revoir. Elles balançaient leur corps d’un pied sur l’autre, ne sachant pas quelle position adopter. Saki opta finalement pour un simple salut de la main tandis qu’elle reprenait le chemin en direction de son école. Les choses étaient étranges… vraiment étranges. Un voile était tombé sur son esprit, l’empêchant de comprendre clairement le message que sa mère lui avait fait passer en désespoir de cause.

Alors qu’elle passait un virage qui la rendrait invisible aux yeux de sa mère, Saki l’entendit hurler son prénom et elle se retourna surprise. Elle vit sa mère courir vers elle, comme si quelqu’un la poursuivait. Elle resta là sans bouger, crispant son visage dans une masque de stupeur mélangé à de la peur d’être face à quelque chose qui allait la dépasser.
Lorsque sa mère se releva devant elle, essoufflée et les yeux remplis de larmes, Saki lui murmura de sa taire d’un geste de la main. Elle n’était pas prête. Elle ne voulait pas entendre une autre nouvelle qui la chamboulerait. Celle-ci était déjà beaucoup trop lourde pour ses épaules. Elle était partie pour faire un don du sang, qui s’était transformé en don d’organes impossible à cause d’une raison X. La raison au fond d’elle, elle la connaissait mais son cœur faisait l’impasse dessus. C’était impossible, autant de malchance dans une vie, c’était pas faisable. Sa mère ne respecta pas sa décision, devant supporter ce secret depuis tellement d’années. Elle ne pouvait plus faire autrement.

« Saki… Yuri et moi… nous t’avons adoptée. »

Elle le savait. Saki l’avait comprit tout à l’heure dans la chambre. Elle le savait… pourtant, ses mains se mirent à trembler et sans que son visage ne change, de nouvelles larmes coulèrent sur sa joue, inépuisables. Ses jambes flageolèrent et avant même qu’elle ne puisse esquisser un geste pour se retenir, elle tomba genoux à terre sur le trottoir glaciale.
Le monde s’écroulait. Son monde partait en miettes. Pas celui de Yuri et de Maï puisqu’ils étaient au courant depuis le début. Mais celui de Saki… comment pouvait-elle accepter que toute sa vie, toute son enfance et tout ce semblant de lien familial qu’elle ressentait pour eux, n’était qu’un mensonge ? Jamais elle ne pourrait se remettre d’une nouvelle pareille. Comment accepter que ses parents ne soient pas ses parents et pire encore que sa vraie mère n’a pas voulu d’elle…
Elle entendait Maï (puisqu’elle ne pouvait plus dire maman) qui se justifiait mais elle n’écoutait rien. Ils l’ont toujours aimé quand même, sûrement oui mais pourquoi l’avoir caché si longtemps ? Pourquoi ne pas lui avoir dit dès qu’elle avait l’âge de comprendre ? Peut-être que ça aurait évité tous ces problèmes qu’elle a eu après ! Si Saki avait vécu sa vraie vie, où serait-elle maintenant ? Peut-être qu’elle serait pauvre, ou bien heureuse.
Maï posa une main sur l’épaule de sa ‘fille’, main qui fut tout de suite repoussée. Saki sentit un nouveau sentiment monter en elle. Elle n’en voulait pas, mais elle ne pouvait pas le contrôler, il était plus fort que tout. Plus fort que la rancœur qu’elle avait eut contre eux auparavant, à cause de leur incapacité à l’élever dans des conditions normales. C’était de la rage, de la haine, de la colère. Lorsqu’elle posait les yeux sur Maï, cette femme qui voulait tant un enfant, alors qu’elle ne pouvait pas, et qui avait sauvé Saki d’une vie bien misérable dans un orphelinat, elle ne pouvait pas s’empêcher de la haïr alors qu’elle savait qu’elle était celle qui lui avait apporté le plus de bonheur dans sa vie contrairement à sa mère biologique. Mais tout ça, c’était trop. Son père allait mourir, alors qu’il n’était même pas son père. Elle ne pouvait pas le sauver parce qu’elle n’était pas sa fille. Comment peut-on gérer une situation pareille ? Qui est capable d’accepter ça sans broncher et sans se sentir privé d’un lien unique entre un enfant et ses parents ?

Doucement ses yeux devinrent flous et lorsqu’elle se releva pour se remettre sur ses pieds, Saki n’apercevait plus sa fausse mère. Elle ne voyait qu’une forme floue, comme si désormais, elles ne seraient plus qu’un fantôme l’une pour l’autre. Maï semblait désespérée et criait à Saki de penser à ce qu’ils avaient fait pour elle, de penser à son père qui allait mourir et qu’elle serait la dernière chose qu’il lui resterait, elle demandait pardon à la terre entière de ne pas avoir su le lui dire plus tôt. Saki sentait bien que la douleur devait également être insupportable pour elle mais elle ne pouvait pas renier ce qu’elle ressentait. Elle n’était pas une enfant désirée. Pas plus dans l’Académie que dans le monde lui-même. Sa naissance était une erreur.

Doucement, ses pas l’entraînèrent vers un avenir désormais encore plus sombre qu’elle ne l’avait imaginé, laissant Maï assise parterre, impuissante face à l’isolation de son enfant qui n’était pas de sa chair… Seule.

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NB : #8E8CAD
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