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 Manger ça évite les ennuis

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Yume Namida
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HnM
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MessageSujet: Manger ça évite les ennuis   Mar 19 Mai - 19:00

2010

-Hey Namida-san, faut que tu manges, y a sport tout à l'heure !
-Nan, c'est dégueulasse. T'as vu le prix de l'école, il pourrait au moins nous servir de la bonne bouffe !
-Toujours en train de râler, toi !
-Bah ouais, y a de quoi ! On fait un sport de merde en plus. Courir en rond comme des hamster dans une cage ! Quoique que c'est même pas un rond, c'est un ovale ! Sérieux, ils pourraient faire original, un triangle par exemple.
-Et comment ça va avec Tadashii ?
-Très bien, pourquoi ?
-Je sais pas, tu traînes moins avec depuis quelques temps. Et Hoshi tremble moins qu'au début.
-Bah ouais, c'est nul la monotonie.
-Comment t'as fait pour rester aussi longtemps avec ? Avant que t'arrives son record devait être de trois semaines. Il doit être vraiment amoureux de toi. Ca fait combien de temps maintenant ? Un an ?
-Je sais pas, je m'en fous. Arrivé à six mois c'est trop compliqué à compter. Sur ce, je me casse.
-Tu vas où ?
-Fumer !

C'est sous les sourires amusés que Yume se leva de sa chaise avec empressement. Parler de son petit ami la mettait mal à l'aise. Déjà qu'en temps normal, la rebelle se montrait plus que discrète, là c'était le pompon. Qu'il reste aussi longtemps prouvait qu'il était amoureux d'elle ? Mouais, il voulait surtout soumettre l'une des filles les plus rebelles du lycée. Allez savoir pourquoi. Dans le genre inaccessible, elle avait toujours été pas mal. Et elle savait qu'elle n'était pas moche, non, elle savait qu'elle était belle. Mais loin d'en être à coupé le souffle où faire tourner les regards sur son passage. Enfin si, mais c'était parce qu'elle avait quelques racailles aux trousses qu'elle essayait de semer. Rien avoir avec son physique de sirène. D'ailleurs, elle ne mettait plus vraiment son corps en valeur. Fini les petits décolletés qui mettait sa poitrine en avant ou les pantalons ou jupe qui mettait sa fine silhouette en valeur. La faute à Tsumi ? Certainement. Mais ce n'était qu'un répit qu'elle s'accordait avant qu'elle ne fasse vivre un enfer à son petit ami. Sauf que dans les guerres d'usures, il fallait se préparer psychologiquement. Et avec ce qu'elle avait vécu, ça mettrait sans doute du temps. Particulièrement lorsqu'on était amoureuse de son propre bourreaux. Au moins, les coups s'étaient amenuiser, désormais il y avait moins de bleus sur son corps. Cependant, elle avait de plus en plus de mal à cacher le responsable. Soupirant, elle songea que Tsumi avait tout de même réussit à lui fouler une cheville, à lui casser le poignet et une côte, sans compter l'abus qu'il avait fait en Août et dont Yume n'arrivait toujours pas à prononcer le mot. C'était tellement irréaliste pour elle, et pourtant réel puisque désormais lorsque le sexe opposé s'approchait trop près d'elle à son goût, elle mettait une distance de sécurité. Adieu soirées bars lorsqu'elle n'était pas accompagnée d'une fille ou les soirées en boîtes. Merci Tsumi. Yume te revaudra ça, en te dégoûtant du sexe féminin.

Fumant sa clope tranquillement, la demoiselle songea à se dépêcher avant que les autres n'arrivent dans le vestiaires. Hors de question qu'on voit ses divers bleus. Ne pas faire de vague, surtout pas. Ne pas inquiéter tout le monde. Il ne fallait pas qu'on s'occupe d'elle. Prenant son sac de sport dans son casier, Yume se changea rapidement, rangeant son collier de chien offert par Tsumi dans son sac. Pas en sport. De toute façon son petit ami ne remarquerait rien avec son col roulé. Et surtout, ne pourrait rien faire avec le professeur dans les parages. Il était peut être con, mais pas inconscient.
Le sport... La rebelle haïssait ça, malgré qu'elle était devenue très douée. Surtout en sprinte. Et catégorie féminine dans sa classe, la japonaise était une des meilleures. On se demande pourquoi. Mais le fait est, que c'était sans intérêt. C'est cool de courir, mais dans le vide c'était franchement ennuyeux. Encore, courir après une balle là c'était mieux, surtout quand il était question de gagner. Et ça vidait l'esprit en plus. Ouais, c'était le bien. Mais à choisir entre la course et l'endurance, elle choisissait la première solution.
Sauf qu'un petit imprévu semblait vouloir pointer le bout de son nez. Yume commençait à trembler, les étourdissements faisaient leurs apparitions. Ca, elle l'avait étrangement déjà vécu quelques mois avant. Songeant qu'il ne restait plus que quelques minutes, la rebelle se dit qu'elle pouvait tenir encore un peu. Au fond ce n'était pas grave, il suffisait qu'elle donne son maximum jusqu'à la fin, et elle prendrait quelques sucres à la fin du cours à la cafétéria, avant qu'elle ne s'évanouisse. Problème résolu !
Pourtant, elle avait mangé hier soir. Bon le matin elle mangeait pas, sans doute les répercutions de sa vie en Angleterre à cause de la drogue. Ni ce midi, trop infect. Ouais, mais même en loupant deux repas, ça n'aurait pas du le faire. Enfin ça n'avait aucune importance puisqu'elle la faisait quand même sa crise d'hypoglycémie.

Le sifflet de fin de cours. Dieu soit loué, demandant à une camarade de classe de donner son score à la prof de sport parce qu'elle ne se sentait pas bien, cette dernière lui demanda si elle voulait l'accompagner jusqu'à l'infirmerie. Surtout pas ! C'est comme les hosto ces trucs là. Et elle avait été visité cet établissement un peu trop souvent à son goût. Et on avait particulièrement moins envie d'y pointer le bout de son nez lorsqu'on entendait que l'infirmier en question était pas très sympa.
Quittant le monde la tête haute, et les mains dans les poches pour que personne ne distingue ses tremblements, Yume prit la direction de la cafétéria. La madame, elle était gentille là bas, même si elle n'avait techniquement pas le droit d'y aller vu qu'elle n'était pas encore à l'université. Quoique elle trouverait sans doute un distributeur plus près. Songeant qu'elle avait laissé son argent dans les couloirs, la rebelle soupira. Sérieusement, elle devait arrêter de n'en faire qu'à sa tête parfois. Prenant la direction opposée, la jeune femme s'engagea dans les couloirs. Les tremblements augmentant, voilà que sa vision devenait floue. Songeant brièvement qu'elle n'en aurait plus pour longtemps avant de distinguer le noir total, la nippone se mit à accélérer le pas. Avant de s'arrêter brusquement posant son front contre une vitre froide, tout en essayant de calmer sa respiration. Un geignement plaintif s'échappa de ses lèvres. Mais il lui semblait que le froid lui faisait du bien. En fait, elle n'en savait trop rien, puisqu'elle avait fermé les yeux. Cependant ses idées semblaient légèrement plus claires. Ou pas, un étourdissement plus important se fit ressentir la déstabilisant pendant un quelques secondes. Soupirant profondément comme pour se donner du courage, la rebelle reprit son chemin en prenant appuie contre le mûr. Bien heureusement il n'y avait encore personne. La foule l'aurait sans doute fait perdre pied plus rapidement.
Mouais, Yume remarqua qu'elle voyait de moins en moins bien, même après avoir frotté plusieurs fois ses yeux, et surtout elle n'entendait réellement plus rien. Et là, elle commençait à paniquer. Réaliste, la japonaise savait qu'elle était foutue pour qu'elle se rende à un distributeur toute seule. Et ça, c'était la merde. La demoiselle posa alors ses fesses sur le sol dans l'espoir que tout ça s'arrête, même si c'était futile. La jeune femme avait froid, ou chaud, elle savait pas vraiment. Tout était devenu flou. Se frottant le front dans l'espoir d'y remédier, la rebelle et ne pu que rencontrer le néant de l'inconscience.

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Mon ennemi est aussi en moi, il fait partie de moi.
A l'intérieur de moi-même il y a un anti-moi."
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Dorian Fatalys
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Mer 20 Mai - 12:41

Bien trop cher pour ce que c'était ; voilà ce qu'avait pensé Dorian en sortant du restaurant Chinois qui venait de s'implanter dans son quartier. Il avait décidé d'aller manger là-bas ce midi, pendant sa pause, histoire de tester une nouvelle nourriture et peut-être de trouver un restaurant qui deviendrait un lieu familier au fur et à mesure de ses allers et retours. Il avait eut envie de prendre l'air, pour sortir de ce contexte scolaire l'espace de 2 petites heures. Hélas, même si l'accueil avait été des plus nobles et des plus sympathiques, le contenu de son assiette avait laissé à désirer. Non pas que Dorian avait eut une faim de loup mais il n'avait pas spécialement apprécié les spécialités chinoises et la note avait été plutôt salée. Il avait précisé au patron que c'était la première et dernière fois qu'il se restaurerait ici et qu'il serait fort utile de moderniser légèrement la carte qu'ils proposaient à leurs clients. C'était bien tout notre Dorian ça.

Il était retourné à l'infirmerie, plutôt gêné par des maux d'estomac assez violents. Il s'était préparé un 'gavisconell' et même une infusion aux fruits rouges pour faire passer tout ça, mais rien n'avait changé. Il s'était alors décidé vers 15h/16h à aller chercher un kawa à la caféteria pour se maintenir éveillé et tenter de donner autre chose à son fameux estomac. Il y avait un peu de monde lorsqu'il était entré. Il s'était même demandé pourquoi les étudiants n'étaient pas en cours plutôt qu'à bavasser inutilement. Il s'était fait servir et avait siroté son café tout en retournant vers l'infirmerie, tranquillement.
Son téléphone vibra. Il jeta le gobelet de son café dans la poubelle la plus proche et regarda son message. C'était son ex-femme Khallys. Il ne put réprimer un léger sourire en repensant à leur mariage. Il avait été amoureux après tout. Mais ce sourire fut de courte durée quand il songea qu'elle ne l'avait sûrement jamais aimé et qu'elle l'avait abandonné comme une vulgaire chaussette. Elle continuait de lui donner des nouvelles mais il aurait préféré qu'elle s'en abstienne. Le message était bref, court et témoignait surtout du manque d'informations dont elle possédait à son égard :

"Bonne Année Dayen !"

Depuis combien de temps ne l'avait-on pas appelé ainsi ? Il ne s'en souvenait même plus. Il s'était habitué au nom de Dorian et en avait presque oublié ses racines.
Il était en train de supprimer le message sans y répondre lorsque son regard se porta au-delà de son téléphone. Il y avait une forme là-bas, étendue sur le sol. Quelque chose de sombre, de court sur patte. Un animal ? Non, c'était des vêtements. Mince alors !
Il remit rapidement le téléphone dans sa poche et accéléra légèrement le pas pour se rapprocher du cadavre en décomposition qui jonchait le sol des couloirs non loin de son bureau. Il s'agenouilla, et posa son regard professionnel sur la victime. C'était une jeune adolescente, au visage blafard. De longs cheveux noirs ornaient son visage à la peau blanche comme la porcelaine. Attiré par cette peau qui semblait douce comme un lit de plumes, il posa un doigt dans son cou pour vérifier si elle possédait toujours un pouls. Elle était consciente en effet. Il passa ses bras sous le petit corps fluet et léger et la porta sans trop d'efforts jusqu'à son bureau.
Il la déposa non sans délicatesse sur le sofa qui dominait la petite pièce chaleureuse. Il lui retira son écharpe pour lui permettre de mieux respirer et se dirigea vers son bureau pour sortir un nouveau dossier vierge de ses tiroirs. Il ne cocha qu'une case : "Sexe Féminin". Les autres informations viendraient plus tardivement.
Il retourna vers la jeune fille et tenta de trouver l'origine de son malaise. S'était-elle cognée ? Il souleva les manches de son gilet et arqua un de ses sourcils... Il murmura un "... mmh..." devant sa découverte. Profitant du fait qu'elle était encore inconsciente, il jeta également un coup d'oeil à ses jambes, à son cou, à son ventre. Il se stoppa. Il se passa une main dans les cheveux et se retourna en jurant silencieusement. Cette jeune fille était couverte de bleus, et pas des moindres. Il se demandait bien ce qui avait pu provoquer une telle violence sur ce petit corps encore tellement jeune. Les questions affluaient dans sa tête. Il se devait d'avoir des réponses. Il allait la réveiller. Mais avant tout, il allait procéder à quelques analyses. Il sortit un paquet tout neuf et stérile. Une seringue. Il lui fit un garrot au bras et planta la seringue dans sa veine. Tout en récoltant le sang, il passa un doigt doux et inquiet sur le bleu qui ornait son bras. La douleur devait être encore présente. Cette jeune fille était un souffre douleur à n'en pas douter. Il défit le garrot et apposa un petit pansement sur la plaie qui ne saignait déjà plus. Il rangea la seringue dans le tiroir, désireux de ne pas l'affoler. Il ferait les analyses lui-même d'ici quelques heures.
Il prit un verre qui traînait sur le lavabo et le lava soigneusement avant de le remplir d'eau et de le jeter au visage de la demoiselle en détresse qui se réveilla en sursaut [...].
Il s'essuya les mains et lui tendit un mouchoir propre pour qu'elle puisse s'essuyer le visage.

- Excusez-moi de vous réveiller de cette façon peu orthodoxe mais je ne voulais pas vous secouer. Je pense que vous avez eu votre lot d'émotions pour aujourd'hui. ironisa-t-il en posant ses fesses sur son bureau.

Il laissa passer un moment de silence pendant lequel la jeune fille en profita pour s'essuyer le visage. Puis il reprit :

- Vous êtes à l'infirmerie. Je vous ai trouvé inconsciente dans le couloir, à quelques mètres de là. Pourquoi êtes-vous tombée ? Vous avez fait un malaise ? Vous vous êtes cognée ?

Il se dirigea vers son armoire à pharmacie et sortit quelque chose, avant de retourner vers son bureau et d'y prendre le dossier encore vierge qui était ouvert sur les informations personnelles du patient. Il s'approcha d'elle. Il ne voulait pas l'effrayer, il voulait juste qu'elle réponde à ses questions. Il lui tendit le 'quelque chose' qu'il venait de prendre dans son armoire à pharmacie :

- Tenez, un sucre. Il me semble qu'il s'agit d'une crise d'hypoglycémie. Vous êtes d'une blancheur à faire peur. Il vous faut du repos et vous ne devriez pas sauter de repas. Vous pouvez rester ici aussi longtemps que vous le voulez. Si vous avez faim, dîtes-le moi, j'irais vous chercher quelque chose. Je vais prévenir vos professeurs si vous manquez des cours Mademoiselle .... ? Quel est votre nom et votre classe s'il vous plaît ?

Il était difficile d'imaginer à cet instant que c'était cet infirmier en question qui était la source principale des rumeurs qui couraient à son sujet, prétextant qu'il était infecte et pas sympa du tout. Mais ils oubliaient qu'il était avant tout, un infirmier. Il se redressa pour tourner le dos à la demoiselle brune qui squattait son sofa et l'air de rien, il demanda, tentant de faire dans l'inintérêt :

- Au fait... pourriez-vous me dire d'où proviennent tous ces bleus sur votre peau ?
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Yume Namida
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Dim 31 Mai - 18:47

Le coup du verre d'eau dans la figure, Yume devait avouer qu'on lui avait jamais fait. Mais au moins maintenant elle savait qu'elle détestait. Limite, elle préférait le doux bruits des casseroles qui s'entrechoquent. Quoique peut être pas non, en y réfléchissant. Le souvenir était trop lointain pour qu'elle puisse y faire une réelle distinction. Crachant l'eau qui s'était insinuée sur ses lèvres, la rebelle se redressa vivement, passant son gilet de sport pour s'essuyer les yeux. Avant de remarqué qu'on lui tendait un mouchoir, relevant le regard, elle vit un jeune homme, près de la trentaine sans doute. C'était qui ?
Ainsi c'était lui qui l'avait réveillé de façon si abrupte. Il aurait pu attendre qu'elle se réveille toute seule quand même. Un magistral « connard » résonna dans sa tête. Son lot d'émotion... Le seul lot d'émotion qu'elle avait eu c'était le verre d'eau. Ne sachant de quoi il parlait, Yume se contenta de lui lancer un regard dubitatif avant de lui arracher le mouchoir. Pas parce qu'elle était mauvaise humeur, mais surtout qu'elle hâte qu'il s'éloigne un peu d'elle.
Fermant les yeux pour essayer de faire abstraction de la proximité de l'homme, elle essuya ce qu'il restait d'eau sur son visage. Constatant qu'elle en avait sur son col, la rebelle écouta distraitement ce qu'il lui disait. Ainsi, non seulement elle s'était vraiment évanouie, mais en plus, la demoiselle avait réussit à faire un petit détour par l'infirmerie. Super... Essayant de retracer ce qu'elle avait fait juste avant, Yume ne put aller plus loin que lorsque ses pas avaient accélérer. C'était le trou noir complet après ça. Alors savoir si elle s'était cognée ou fait un malaise, ou peut être même les deux, cette dernière était bien incapable de répondre. Ce qui la mettait encore un peu plus de mauvaise humeur.

-C'est vous l'infirmier, pas moi.


Une voix exécrable, Yume était incapable de faire autrement que lorsqu'elle s'adressait à la gent masculine, désormais. Et même si la jeune femme était consciente qu'ils n'étaient pas tous comme son petit ami, c'était compulsif. Bien qu'elle faisait tout pour refouler certaines tendances de sa nouvelle crainte, quelques uns des effets passaient à travers les filets. A son plus grand damne. Comment pouvait elle cacher son traumatisme, ainsi ? La jeune adolescente préférait éviter de creuser plus profondément dans ses réflexions, au risque de laisser échapper des larmes. Elle se trouvait suffisamment fragile, inutile qu'elle en rajoute une couche.

Enlevant ses chaussures de sport, elle songea brièvement qu'elle devrait plutôt aller chercher ses affaires, plutôt que de rester dans une tenue où elle avait transpiré. Cependant, la fatigue la gagnait, engendrant une flemme impossible à décrire. L'idée même de dormir la faisait saliver. Posant ses pieds sur le canapé, tout relevant ses jambes, Yume posa ses bras sur ses genoux avant d'y poser sa tête qui se faisait de plus en plus lourde. Un bâillement discret, elle releva la tête vers le jeune homme, le contemplant d'un regard absent. Bon, on lui avait dit que le nouvel infirmier était un enfoiré de première. Mais on lui avait pas dit qu'il était assez jeune, ni même beau. Enfin beau, c'était relatif, mais son physique rigide et ses quelques cheveux blanc lui donnait un certain charme qui n'était pas passé inaperçu sous l'oeil expert de la demoiselle. Dommage qu'il soit aussi maigre, un peu plus de poids aurait sans doute accentué sa beauté. Quoique que du haut de ses 42kg, Yume n'était pas vraiment mieux. Un sourire amusé naquit sur ses lèvres. Au moins, elle était sûre de ne pas être dégoûtée des hommes à vie, maintenant. Sans doute que la jeune femme retrouverait son réel entrain, et son sourire espiègle sans qu'il soit faux, plus tard.
Elle le regarda s'affairer bien qu'aucune curiosité ne se lisait sur son visage, malgré qu'elle ait tiré ses chaussures, Yume attendait impatiemment qu'il lui dise qu'elle pouvait partir et reprendre les cours. Puisque, même si la demoiselle était fatiguée, elle avait bien l'intention d'aller en cours. De ce côté là, depuis quelques mois la rebelle était devenue irréprochable. En fait, depuis qu'elle avait décidé de ne pas attirer l'attention sur elle, alors qu'avant elle s'en fichait du moment qu'elle s'amusait.
Se frottant les yeux comme pour oublier sa fatigue, la japonaise vit au dernier moment un dossier. Serrant son bras fortement, elle ne put empêcher son corps de raidir. Et sa tension n'en fut que plus perceptible lorsqu'il s'approcha de sa personne. Il lui tendait un sucre. Une moue s'inscrivit sur son visage, suite à son discours. En gros, ce qu'elle avait retenu c'était qu'elle était moche, idiote et handicapée. Oui, revu à sa sauce c'était pas très glorieux ce qu'il venait de lui dire. Néanmoins, Yume ne dit rien, se contentant de prendre le rectangle blanc tout en prenant soin d'éviter de toucher l'infirmier. Et elle n'avait aucune envie de donner son nom, maintenant qu'elle avait vu le dossier qu'il avait entre les mains.

-Pas la peine, je peux aller en cours. Vous avez pas besoin de mon nom.

Prenant une de ses chaussures, la nippone n'avait plus aucune envie de rester dans cet endroit qui respirait malgré tout le calme dont elle avait besoin. Mais à choisir entre alimenter un dossier médical et la corvée des cours, elle optait pour la deuxième solution. Surtout qu'elle devait récupérée ses affaires dans les vestiaires.
Elle ressentit le vibreur de son portable dans son pantalon. Oui, même en sport Yume prenait son téléphone. Elle avait reçut un mail d'une fille de sa classe lui disant qu'elle avait prit son sac et l'avait posé dans sa chambre, son amie avait finit les cours, elle. Une pointe de jalousie se fit ressentir, néanmoins elle fourra son portable dans sa poche tranquillement. Au moins, c'était ça en moins à faire.
Finissant de lasser sa chaussure, Yume se stoppa net dans ce qu'elle faisait, se renfrognant sous la question de l'homme. La rebelle laissait un silence s'installer. Comment avait il su ? L'idée qu'il l'ait touché lui procura un frisson de peur. Il l'avait plutôt bien balancer sa bombe. Rien n'avait présagé qu'il mettrait ce sujet sur le tapis. Bien que déstabilisée, il en fallait beaucoup à la rebelle pour qu'elle déballe son sac. Reprenant son lacet, la nippone constata que maintenant, elle tremblait. Elle ne pouvait que le féliciter de son travail.

-Ayez au moins la franchise et l'amabilité de ne pas feindre l'indifférence.
 

Une façon comme une autre de dire qu'elle n'avait pas l'intention de répondre sa question. A vrai dire, c'était la première fois qu'on lui posait la question. Et pour cause, c'était le premier à le remarquer. Mise à part Lun, mais c'était différent. Yume lui avait avoué lorsqu'elle ne s'était pas rendue que c'était grave. Au début, tout ceci n'avait été qu'un jeu. Le jeu avait prit une autre tournure depuis Août. C'était seulement à ce moment là qu'elle avait prit Tsumi au sérieux. Au fond, elle était idiote. Mais réitérez l'expérience avec un adulte, membre du personnel de Chisê, c'était autre chose. La japonaise ne voulait pas entendre de reproches, ni de conseil et encore moins qu'on lui dise qu'elle avait besoin d'aide. Cela laisserait entendre que la situation lui avait échappée. Certes, elle le savait mais l'admettre devant quelqu'un c'était au dessus de ses forces.
Prenant sa deuxième chaussure, Yume accéléra le mouvement. Assez vite pour constater qu'elle avait mal au coude. Une douleur familière. Pourtant, elle était certaine de ne pas avoir de bleu à cette endroit. Remontant son sweat, elle y vit un pansement. L'arrachant d'un coup sec, elle distingua un point rouge. Elle perdit le peu de couleur qu'elle avait regagné en mangeant le morceau de sucre. Ça, elle connaissait par coeur. Depuis l'adolescence en fait, lorsqu'elle avait commencé à se piquer à l'héroïne, et à la cocaïne. Et puis par la suite, lorsque les médecins l'avaient aidé à décrocher. La rebelle avait toujours été suivit de près, dossier médical entre leurs mains. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'elle préférait partir d'ici.

-C'est une prise de sang ? Pourquoi vous m'en avez fait une ? Rendez moi mon sang, je vous ais pas autorisé à le prendre.

La nippone était bien placée pour savoir qu'il avait tout à fait le droit de le faire. Mais là, c'était la panique dans sa tête. Déjà, elle avait fumé du cannabis la semaine dernière en compagnie de Morphée. Et elle n'avait jamais vraiment su au bout de combien de temps cela s'estompait dans le sang. Bien qu'elle n'en fumait que rarement dorénavant, c'était un coup à se faire épingler par l'administration. Son père avait déjà eu suffisamment de mal à l'inscrire ici. Se faire renvoyer de cette école signerait son arrêt de mort.  
Apprendre qu'elle avait eu une prise de sang surprise, la faisait encore perdre plus pied. La fébrilité reprenait le dessus. Elle n'avait pas encore assez de force, et c'était ça sans doute le pire. Au moins, elle s'était stoppée dans ses mouvements, lançant un regard alarmé à l'infirmier. Elle n'avait plus qu'à prier pour ne pas avoir de nouveaux ennuis. Sans doute que sa santé mental flancherait dans le cas contraire.  

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Dorian Fatalys
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Lun 1 Juin - 11:03

Il était clair que le petit cadavre ambulant ne se laisserait pas avoir si facilement. Cette jeune fille bien que victime sous tous les points de vue avait semble-t-il un caractère assez trempé. Alors qui avait été capable de la mettre aussi bas dans l'ordre des choses ? Qui avait dressé ce petit lion pour lui faire subir tous ces coups de fouet ? Dorian ne mit pas longtemps à trouver la réponse. Il avait été lui-même emporté dans la fougue de cette maladie lorsqu'il était plus jeune. Il aurait tout fait pour elle. L'amour. Même si la plupart des gens le trouvait merveilleux, pour Dorian, il n'était rien d'autre qu'une saloperie de Virus planétaire sans antidote. Comme le ver solitaire, il s'installait en toi sans prévenir et te rongeait de l'intérieur jusqu'à ce que tu te décides à y mettre un terme. L'amour, ça tuait à petit feux, et dans le cas de ce petit canard boiteux qu'il avait en face de lui, la flamme était beaucoup trop grande. Le petit ami qu'elle avait eu et qu'elle avait sûrement encore vu la couleur plutôt récente des bleus l'aimait au point de vouloir apposer sa marque sur son corps. Non, il ne l'aimait pas, il la possédait. L'amour n'avait plus rien à voir là-dedans, elle était devenue sa chose. Mais hélas, à ce stade là, Dorian ne pouvait rien y faire. Lui dire de mettre un terme à cette relation ne ferait qu'empirer les choses et elle se braquerait définitivement. Elle devait s'en rendre compte par elle-même.

La jeune fille ne voulait pas dire son nom. Peu importait. C'était juste pour les dossiers personnels de Dorian, rien ne l'obligeait à y répondre, et puis il saurait se rappeler de son visage, il lui suffisait d'aller voir le trombinoscope à l'administration et il mettrait un nom sur ce dossier vide. Mais c'était pas la peine de l'en informer, elle ne se renfrognerait que d'autant plus et Dorian ne pourrait pas l'aider si elle ne lui laissait pas une petite porte ouverte.
Il la regarda lacer ses chaussures, bâiller à tout va, manger le sucre. Elle semblait être en proie à plusieurs décisions. Elle s'apprêtait à partir mais donnait l'impression de vouloir rester. Elle était... intéressante d'un point de vue psychologique bien que Dorian n'ait jamais étudié ce côté là de l'être humain.
Dos à elle, il attendait sagement la réponse à sa toute dernière question posée, la plus dure. Et la réponse ne fut pas satisfaisante du tout. Il était évident qu'elle ne voudrait pas lui en faire part. C'était la réaction propre à toutes les personnes battues alors qu'il leur suffisait seulement de tirer la sonette d'alarme pour que tout s'arrête. Comment pouvait-on être accro à une personne qui nous meurtrit ? Etait-ce simplement une peur d'être battue à mort ?
Il se retourna vivement, désireux de lui prouver qu'elle avait tort, il n'était pas indifférent à ce qui se passait dans sa vie. Il ne s'approcha pas trop près d'elle, ayant remarqué qu'elle fuyait presque instinctivement le contact humain (sans pour autant faire le rapprochement avec autre chose).

- Tu te trompes ! aboya-t-il en passant automatique au tutoiement, oubliant toute formule de politesse.

Là, il était touché en plein coeur. Ce sujet était grave, et il n'y était pas indifférent, au contraire.

- Je n'en ai pas rien à foutre Mademoiselle Je-ne-veux-pas-dire-mon-nom ! Ces bleus sur ton corps, c'est quelque chose de grave, même si je sais déjà que tu voudras rien me dire. Tu as besoin d'aide, crois-moi...

Il avait employé la phrase qu'elle ne voulait pas entendre. Mais ça, il ne le savait pas. Et puis même si elle ne voulait pas l'entendre, il lui la dirait quand même, jusqu'à ce qu'elle abdique d'épuisement. Dorian était infirmier, et il se devait de protéger cette petite brebis galeuse du méchant loup qui rôdait dans les parages. Encore fallait-il savoir qui il était.
La jeune fille fut soudain omnubilée par autre chose : la prise de sang. Dorian esquissa un sourire des plus narquois avant d'aller tranquillement s'asseoir sur son bureau, face à elle. Ah ah ! Il était clair que si elle était très mécontente d'avoir été piquée, c'était qu'elle avait quelque chose à se reprocher. La voilà sa petite porte ouverte. Bon d'accord, il avait un peu forcé l'entrée mais tant pis, puisqu'elle était têtue comme une mule, il devrait employer les grands moyens. Il sortit la petite seringue de son tiroir et la lui montra, sadique :

- Aaaah... mais je n'ai pas besoin de ton autorisation pour te faire une prise de sang, petite. Oublie pas que je suis infirmier... Je l'ai faite pour savoir ce qui te manquait dans ton organisme. Les malaises ont une source, figure-toi et tu risques d'en faire d'autres si tu ne manges pas plus que ça... Mais dis-moi.... minauda-t-il tout en se rapprochant dangereusement d'elle, pour la retrancher dans les moindres recoins de son esprit, ... y aurait-il quelque chose dans ce sang que tu ne voudrais pas que je vois ?

Cette fois, la gamine n'avait pas besoin de répondre. Même si Dorian ne savait pas encore quelle substance illicite elle avait consommé, il était clair qu'elle l'avait fait. Il posa un doigt sur sa propre bouche et pencha la tête à gauche puis à droite... Une idée germait en lui. S'il transmettait ses résultats à l'administration, il était clair que la demoiselle risquait le renvoi (et Dorian risquait la mort par la suite puisque son Cerbère viendrait le tuer, mais ça c'était un détail futile). Cependant, Dorian se rendit compte qu'il n'avait pas envie de lui infliger une autre punition. Elle avait déjà beaucoup de problèmes et peut-être que cette substance qu'elle consommait l'aidait à tenir le coup. Dorian serait alors l'épée de Damoclès juste au-dessus de sa tête et il s'en voudrait trop de mettre un terme à cette petite existence qui n'avait encore rien vu des belles choses de la vie. Non, il y avait autre chose à faire de ces résultats :

- Mmh... je crois bien que je tiens la clé de ton renvoi entre mes mains, jeune brebis, non ? Se serait dommage de se faire renvoyer pour quelques fumettes, tu trouves pas ? Il serait tellement plus simple pour toi d'aller dans mon sens...

Il lui attrapa le poignet rapidement mais sans violence. Il ne savait évidemment pas qu'elle aurait sûrement l'impression d'être agressée ou même violée par ce geste. Heureusement, il la relâcha presque aussitôt. Il avait juste testé la taille de son poignet grâce à son pouce et son index. Elle était squelettique. Est-ce que cette jeune fille avait quelque chose de bien finalement ? Oui, elle était mignonne comme tout et son physique appelait à l'aide. Dorian se surprit à vouloir être celui qui la sauverait mais... c'était son boulot, mais pas sa nature. Il n'en avait rien à foutre des autres. Ils n'étaient là que pour servir la science. Il posa ses deux mains sur son bureau, en soupirant, pris dans un dilemme...

- Ecoute toi... tu as besoin que JE t'aide.

La formule était différente, il s'impliquait personnellement, ce qui était d'ailleurs une grosse erreur pour un membre du personnel de Chisê. Il ferma le dossier et le rangea dans le tiroir :

- Tu ne veux pas du dossier ? Très bien ! Tu ne veux pas de la prise de sang ? Soit, je ne la montrerais pas. Mais tu dois toi aussi me donner quelque chose en échange. Ce que tu veux. Mais en attendant, je t'interdis de retourner en cours. Tu es fatiguée, tu tiens à peine debout. Tu dois faire à peine 40 kilogs, tu es beaucoup trop maigre, sous-nourris. Tu dois entamer un régime pour rééquilibrer ton poids. Il y a beaucoup de travail à faire et si tu m'aides pas, je ne peux pas t'aider non plus. Et j'irais dire tout ce que je sais aux personnes compétentes...

Dorian ne pouvait plus la regarder dans les yeux. Il ne pouvait pas assumer le fait de la mettre au pied du mur alors qu'elle devait déjà se sentir au plus bas. Même si elle partait en claquant la porte, il n'irait pas divulguer toutes ces informations, mais il se ferait un malin plaisir de l'espionner pour trouver le coupable de toute cette manigance. Il se retourna vers elle, l'air soudain mauvais :

- Mais je laisserais pas tomber, t'entends ? Je saurais ce qui se trame par ici !"
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Yume Namida
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Lun 1 Juin - 21:09

Décidément, elle aimait de moins en moins cet infirmier. Il foutait carrément son nez dans ses affaires. Affaires pas très net, soit dit en passant. Ses bleus faisaient partis de sa vie privée, et de personne d'autre. Et Yume n'avait aucune envie de laisser entrer qui que soit dans son cercle. Quand les gens comprendront ils qu'elle ne réclamait aucune présence bienfaitrice à ses côtés. Juste des personnes capable de faire abstraction à ses problèmes et qu'il profite qu'elle soit là pour s'amuser. C'était tout ce qu'elle demandait. La rebelle croyait difficilement au mot « amitié », et elle devait avouer que pour réussir à découvrir ses moindres failles, cette dernière posait volontiers un chemin sombre, tortueux et remplis d'obstacles. Le bon côté, c'est que ceux qui arrivaient méritait la médaille du meilleur combattant. Certes, Yume n'en donnait aucune, mais elle se faisait un devoir d'être là pour eux à n'importe quel moment.
Et même si c'était son métier. On ne pouvait pas sauver une âme qui ne voulait pas d'aide. C'était ainsi, et il semblait l'avoir oublié. Saleté de médecin. Merci, mais elle n'avait pas besoin d'aide. Elle gérerait son problème toute seule. Comme une grande. Cependant, la demoiselle ne dit rien, se contentant de lui lancer un regard noir pendant qu'elle faisait ses lacets, bien qu'on devinait sans mal ce qu'elle pensait. Toute sa concentration l'avait porté vers une image qui lui plaisait. Elle, en train de l'étrangler jusqu'à mort s'en suive. La phrase « tu as besoin d'aide » tournicotant inlassablement dans sa tête, l'énervant encore un peu plus.

-Je t'en fich'rai moi, des « t'as besoin d'aide », connard.

Un petit murmure dont Yume était sûre qu'il n'avait pas entendu, pendant qu'elle prenait sa chaussure. La rebelle devait partir d'ici vite fait, avant d'être embarquée dans une pente dangereuse. Enfin ça, c'était ses projets avant de découvrir sa prise de sang. Alarmée, elle ne vit aucune gêne, ni même d'excuse. Non, juste un foutu sourire narquois. Pourquoi avait elle fumé la semaine dernière ? Parce que c'était ce qu'elle faisait régulièrement, sous le sourire niais de Morphée. Et en plus, il avait le culot de la lui montrer. Yume hésitait entre se faire la malle, ou lui arracher la seringue des mains. Dans les deux cas, c'était une mauvaise idée. Le premier ne faisait que retarder l'échéance, le deuxième ne ferait que l'accélérer puisqu'à cause de son caractère impulsif elle en viendrait facilement aux mains. A condition bien sûr qu'elle arrive à dompter sa nouvelle phobie. Et ça, c'était pas gagné. Non, elle préférait éviter d'aggraver son cas.
Réfléchissant, elle écouta distraitement ce qu'il disait. Soupirant mentalement devant ce coups du sort. La rebelle savait parfaitement qu'il avait le droit, s'il estimait que c'était nécessaire. De ce côté là, elle était bloquée, et sa défense déjà effritée par Tsumi commençait à se craqueler en présence de l'infirmier.
Et puis les reproches... Toujours ceux là qui venaient sur le tapis « quittes-le », « manges plus », « fumes moins », « sois plus sérieuse », « t'es une calamité », « t'es comme Tadashii ». Pourtant, elle ne pouvait pas le quitter, elle l'aimait trop, et elle était incapable de manger correctement, elle n'avait plus d'appétit, elle ne pouvait pas fumer moins, sinon elle craquait, comme rester sérieuse, elle savait qu'elle était une calamité, ce n'était pas la peine de le dire, elle était comme lui... Peut être... Sans doute... Qui se ressemble s'assemble. Des petits rien qui accumulé aux fils des jours devenaient de plus en plus insupportables.

Perdue dans ses pensées, Yume n'avait pas entendu l'homme s'approcher d'elle. Mais elle le remarqua bien vite, une mine mal à l'aise tandis qu'elle essayait se reculer le plus loin possible du sofa. Cependant, elle était déjà au bout. Tournant la tête dans la direction opposé pour ne plus l'avoir dans son champ de vision, la rebelle n'en menait pas large. Sa question qu'elle estimait rhétorique l'enfonçait encore plus loin dans ses retranchements. Et peur insidieuse fit surface, même Tsumi n'avait pas été jusque là. Et pour cause, il n'avait jamais essayé de la prendre par les sentiments. Pourquoi n'avait elle pas mangé ? Nos actions les plus anodines pouvaient parfois nous mettre dans le pire des problèmes. Si elle avait su, elle aurait tout recommencé. Il était en train d'abattre son esprit combatif, qui s'amenuisait peu à peu. La demoiselle n'avait plus vraiment le courage de résister. Yume se trouvait pathétique de flancher aussi facilement. Était elle vraiment aussi faible ? Une prise de sang, et la voilà mise à mal. Non... Son interlocuteur s'y était simplement très bien pris. Trop bien.

Et le voilà qui la menaçait de tout balancer à la direction. Voyant déjà la mine déçue de son père et le regard méprisant de sa mère. Pauvre fille ratée. Sans doute qu'ils n'arriveraient à rien avec elle. Qu'est ce qu'ils feraient ? La laisseraient ils finalement dans son coin, attendant qu'elle se calme d'elle même ? Sûrement, ils avaient tellement bataillé pour qu'elle revienne dans le droit chemin qu'ils ne devaient plus avoir la force de faire autre chose. Et c'était elle qui avait réclamé de revenir au Japon. Les larmes commençaient à monter. Yume se contenta de respirer profondément plusieurs fois. Elle devait pas pleurer, surtout pas devant lui. Ni personne d'autre.
Aller dans son sens ? Elle avait l'impression que c'était un serpent qui lui avait murmurer ces mots. Cela serait effectivement plus facile. Cependant, la rebelle n'avait jamais été connue pour être facile à gérer. Elle tressaillit légèrement. Vouloir la contrôler c'était comme essayer d'apprivoiser une bête sauvage. Mais sans doute qu'il n'en avait pas conscience. Il n'était venu à l'idée de personne de se dire ça. Sauf peut être Tsumi. Et il se retrouvait avec une plaie pire que la peste. Le provoquant continuellement.

Il lui prit son poignet, surprise Yume laissa échapper un gémissement apeuré, tournant la tête vers lui les larmes aux yeux. Ses doigts formant un poing menaçant en sa direction, sauf que c'était simplement pour éviter qu'il voit ses tremblements. Cependant, la rebelle se doutait qu'il avait du les sentir. Essayant de se défaire de cette étreinte non voulu, Yume était bien consciente qu'actuellement, elle n'y arriverait pas. Heureusement, il la lâcha rapidement, alors qu'elle laissait tomber sa main mollement. La rebelle devait se ressaisir. Quelle piètre impression cela donnerait sinon. Une pauvre petite fille fragile et pleurnicheuse. Non, elle ne se laisserait pas faire, il était tout simplement hors de question. Ca serait comme abandonner, avouer son état de faiblesse. Et bien qu'elle avait perdu son état combattif, elle n'avait rien perdu de sa fierté. Remuant tel un tigre dans une cage, la japonaise cherchait la moindre faille qui pourrait la faire passer entre les barreaux.

S'allongeant sur le sofa, elle se recroquevilla, l'impression d'être mal mené comme une poupée de chiffon hantait son esprit étiolé, même si elle réfléchissait tout de même à la meilleure façon de sortir de là. Le problème majeur étant sa prise de sang. Pourrait elle la lui piquer quand il s'absenterait ? Avant qu'il fasse les analyses, bien évidemment. Ce serait parier sur un coup de chance. La rebelle avait toujours été poisseuse, alors elle préférait éviter de compter sur ça. Non, décidément elle ne voyait rien. Peut être faire un marché alors ? Elle lui disait pourquoi elle avait des bleus, sans oublier de mentir et...

Non, elle n'avait pas besoin de SON aide. Elle voulait dorénavant éviter les personnes brusques. L'infirmier allait directement dans cette catégorie selon elle. Il n'avait pas arrêter de la pousser dans ses retranchements en s'acharnant tel un bélier voulant défoncer une porte. Et un bélier sacrément têtu. Une mine boudeuse, elle se disait que le pire était passé. Enfin, pour ses pauvres nerfs maltraités en si peu de temps. Yume avait réussit à garder ses larmes en elle. Sauf que maintenant, elle éprouvait un soudain besoin de tendresse.
Il rangea le dossier dans le tiroir, et elle lui lança un regard interrogatif. Au moins, elle l'écoutait attentivement dorénavant, et elle n'aurait peut être pas dû. Yume commençait sérieusement à complexer sur son poids, et il en rajoutait une couche, se recroquevillant un peu plus pour tenter de cacher sa minceur, elle savait que ça ne servait à rien, mais c'était un réflexe. Si la situation n'avait pas été aussi grave, sans doute qu'elle aurait fait sa gamine en lançant un « maiiis-euh ». Mais elle s'abstint, le marché qu'il lui proposait, si on le prenait de façon objective l'intéressait énormément. Il garderait les résultats pour lui, et en plus l'aiderait à reprendre du poids. Une pierre de deux coups, elle ne pouvait pas refuser. Cependant... C'était du chantage, et la rebelle avait horreur de plier devant ça, du coup, elle était dubitative.

Prenant un coussin se trouvant sur le canapé, elle le serra contre elle. Yume pourrait dire adieu à ses cours. Bonne ou mauvaise chose, elle n'en savait trop rien. Fatiguée, sans doute qu'elle n'aurait pas réussi à suivre et aurait trouvé le temps long, oui sauf que se retrouver dans l'antre de Lucifer, c'était moyen. Même si elle dormait. Évitant son regard, ses dernières paroles l'avait sans doute touché en plein coeur. Il ne l'abandonnerait pas. Si on oubliait le ton mauvais et la menace qui pesait derrière, c'était des douces paroles à ses oreilles. Cependant, elle n'allait tout de même pas se laisser faire par quelques mots qu'elle trouvait mignons. Elle devait trouver un échappatoire. Et si elle voulait s'enfuir, elle devait réussir à voler l'échantillon. Peine perdu, la rebelle savait qu'elle n'y arriverait pas. Et puis, son marché l'intéressait réellement. Peut être, qu'elle pourrait mettre de côté sa fierté.
Sans compter que l'infirmier ne s'était sans doute pas réellement rendu compte, qu'il venait de lui offrir un sanctuaire où elle pourrait être elle même, abattre les apparences, sans pour autant se sentir seule. Même s'il ne parlerait pas, sentir sa présence lui ferait du bien. En fait, la nippone venait de se rendre compte, qu'elle venait une développer un semblant de confiance en lui. Ferait elle une erreur ? Yume n'avait jamais aimé les médecins. Et les manières brusques dont il avait fait preuve n'arrangeait rien. Mais, il avait rangé le dossier, signifiant qu'elle ne serait pas une patiente X, mais bien une personne à part entière et sans doute qu'il risquait pas mal dans cette affaire. Ses pensées s'embrouillaient imperceptiblement. Néanmoins, une chose était sûre en elle. La rebelle ne le détestait pas, même s'il venait de l'enfermer dans une prison, dont elle ne pouvait pas s'échapper seule. Quelque part, c'était une bonne chose et elle se sentait plus rassurée. Quelqu'un serait là pour l'engueuler si elle dépassait les limites, avant qu'il ne soit trop tard. Et surtout, sans la frapper. Une personne adulte qui verra plus clair qu'elle. La demoiselle se surprit à vouloir être réconfortée par son propre bourreau. Sans doute qu'elle avait des penchants masochiste, enfin, il en fallait pour qu'elle soit toujours amoureuse de Tsumi.
Soupirant dans le coussin, cette dernière savait que la solution la plus sûre pour elle était de coopérer. Et c'était bien dommage, elle aurait aimé résister encore un peu, par simple esprit de jeu. Quitte à l'énerver.

-Yume... Namida Yume... Je dois vous appelez comment ?


Une façon de dire qu'elle acceptait. La jeune femme restait toujours vague lorsqu'elle avait l'impression d'abdiquer. Enfouissant son visage dans le coussin, elle sentait étrangement un fardeau qui venait de s'envoler. Elle ne serait pas seule pour essayer de reprendre du poids. Plus seule à compter sur elle même. Enfin, elle voulait avoir toujours un câlin de la part de l'infirmier, sauf que pour une fois, elle n'osait pas. Soudainement timide, elle se mit à rougir en l'imaginant la prendre dans les bras. Sauf que ça n'arriverait pas, il restait toujours cette distance entre patient et médecin.

-Merci

Mi-boudant, mi-timide. Il l'avait mit devant le fait accompli, mais il avait créer une porte qu'elle n'aurait pas espérer avoir, alors la moindre des choses étaient de le remercier de son point de vue.

-Pour le régime, j'ai perdu l'appétit, alors ça serait cool d'y aller doucement au début. Enfin tout doucement, sinon je vais rien respecter si j'estime trop dur. Et puis, je sais pas quoi donner, sinon un peu de ma volonté. J'essayerais de pas être trop dur à vivre non plus. J'ai un caractère assez... euh... chiant on va dire, un peu gamin aussi. Ça peut énerver, mais je sais me montrer adorable. Mais je suis franche, donc si je fais un écart et que vous posez la question, je dirais la vérité. Enfin, je crois.

Elle évita soigneusement son regard. Mine de rien, Yume se sentait un peu plus elle même, et plus légère. Et maintenant que la tension était redescendue d'un cran pour le moment, la fatigue la gagnait un peu. Un sourire serein se dessina sur son visage. Un endroit calme, et le soleil extérieur le rendait chaleureux. Et pourtant, elle trouvait que ça manquait de réconfort. Ce dont elle avait le plus besoin à cet instant. Oui, sauf que la seule personne présente était l'infirmier. Grognant un peu, elle se retourna sur le ventre, la tête sur le côté.

-Je peux avoir un câlin ?


La seule personne capable de poser ce genre de question était bel et bien Yume Namida. Mais ce n'était pas avec aisance qu'elle l'avait fait. Non, puisqu'elle avait directement plongé sa tête dans le coussin, rouge de honte, s'attendant à un non froid et sans équivoque. Mais qui ne tente à rien n'a rien. Et dans le pire des cas, ce n'était pas grave, elle ne dirait rien. La rebelle sera juste encore plus mal à l'aise.    

_________________
"Ce que nous voyons n'est pas forcément la réalité.
Mon ennemi est aussi en moi, il fait partie de moi.
A l'intérieur de moi-même il y a un anti-moi."
Haruki Murakami

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Dorian Fatalys
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Lun 1 Juin - 21:40

Dorian lui faisait face. Il la regardait comme un chasseur regarderait sa proie, comme un psychopathe regarderait sa victime, ou comme un infirmier regarderait sa patiente s'il venait de comprendre quelque chose. Il la fixait droit dans les yeux et pourtant il ne la voyait pas. Son regard, flou, se perdait dans les méandres de ses pensées.
En cet instant précis, Dorian n'était plus dans l'infirmerie. Il était en train d'assimiler ses connaissances et d'effectuer un semblant d'analyse comportementale pour reconnaître ces gestes, ces attitudes qu'il venait de voir sur elle. Comment passer à côté de ses yeux remplis de larmes, de ces tremblements instinctifs lorsqu'il lui avait saisi le poignet en toute ignorance de la chose, de ce léger soupir craintif et apeuré et de ce visage... terrorisé. Comment l'ignorer ? Il ne pouvait pas nier l'évidence. Le contact humain, si léger soit-il qu'il venait tout juste d'avoir avec elle, l'avait terrifiée. Elle était restée prostrée sur le sofa, presque incapable de bouger, et même de prononcer le moindre mot. Heureusement, il avait mit fin à cette torture autant mentale que physique qu'il venait de lui faire subir mais il n'avait pas pût s'empêcher de remarquer sa peur.
Ceci expliquait cela. Elle était une femme battue ; ou plutôt une enfant battue, puisqu'elle ne semblait même pas être majeure. C'était sûrement la raison principale à ce recul qu'elle avait eut lors de cet infime contact. Tout était logique même. Pourtant, elle avait eut une façon si particulière de fermer le poing pour masquer ses sentiments qu'il avait ressenti autre chose dans cette proximité qu'ils s'étaient accordés. Elle n'avait pas peur de lui en particulier, mais de son corps, du fait qu'ils étaient trop proches l'un de l'autre. Elle... elle avait peur de la chair... et dans cette horrible conclusion qu'il se faisait à lui-même, il sut qu'il ne pourrait pas faire ce métier là toute sa vie. Il en serait incapable. Il était déjà tellement peiné de voir des bleus sur le corps d'une femme, alors quand il apprenait par là-dessus que son corps avait été mutilé plus profondément dans sa chair et dans son intimité, il ne pouvait pas accepter cette injustice si profonde... Elle ne méritait pas ça, personne ne le méritait.

Il se retourna, soudain trop émotif à son goût pour être encore présentable à cette adolescente qui faisait de son mieux pour dissimuler son malaise ; quite à se recroqueviller sur elle-même ou à utiliser un coussin comme support. Evidemment, il n'avait pas entendu l'insulte quelques minutes plus tôt puisqu'il était perdu dans ses pensées. Il était persuadé que même si elle lui l'avait crié en pleine figure, il n'aurait pas réagi violemment, conscient de l'état de détresse dans lequel elle devait être.
Il ne savait plus vraiment comment il devait agir face à elle. Devait-il en parler ou simplement éviter tout contact avec elle jusqu'à ce qu'elle s'en remette tout en contournant le sujet tabou ? Il n'était pas psychologue et elle aurait sûrement eut grand besoin d'une aide adulte à ce niveau. Mais il savait très bien qu'elle n'aurait rien dit. Elle avait cette capacité enfantine mais protectrice de tout garder pour elle et de se refermer comme une hûitre si un courant d'eau n'allait pas dans le sens habituel. Elle était semblable à une... Yume ?

Dorian se retourna aussitôt. Venait-elle de prononcer son prénom ? Et puis son nom tout entier ?
Dorian resta tout simplement muet d'étonnement. Il s'était tut depuis tout à l'heure, pensant qu'il enfoncerait le clou s'il parlait davantage. Et finalement, c'est en ne faisant rien qu'elle s'ouvrait à lui. Sûrement devait-elle se sentir en sécurité à cet endroit précis. Il avait réussit son pari alors : rendre l'endroit chaleureux. Il posa un regard doux et soulagé sur elle. Elle possédait encore la force d'aller de l'avant, d'ouvrir son coeur. Il la détailla, sans gêne puisqu'elle se cachait la tête dans le coussin et ne pouvait donc rien y voir. Elle était la pureté à l'état sauvage. Timide, farouche, elle contrastait parfaitement avec l'image qu'elle avait donné d'elle jusqu'ici. Il esquissa un sourire discret, presque paternel, avant de lui répondre, d'une voix qu'il voulait calme et apaisante, mais qui ne manquait pas de laisser transparaître une certaine maladresse et un manque d'habitude :

- Je suis ton infirmier, Dorian Fatalys...

Il marqua une légère pause. Il se sentait bête. Elle savait qu'il était infirmier, il lui l'avait déjà dit. Il toussota légèrement avant de reprendre, tout en oubliant le contexte dans lequel il était tout à l'heure et sa position au sein de cette Académie.

- ... mais tu peux m'appeler Dorian si le cœur t'en dis.

Lui-même à ce jour, ne saurait vous dire pourquoi elle avait bénéficié d'un traitement de faveur. Personne à présent n'avait eut le privilège de pouvoir l'appeler par son prénom. Il savait que les présentations étaient assez coutumières au Japon et le fait de proposer son prénom et seulement son prénom relevait presque d'un manque de manières. Mais il espérait qu'elle ne le prendrait pas ainsi. C'était pas le but recherché. Peut-être voulait-il récompenser son effort d'être venue à lui.
Elle expliqua ensuite les quelques détails qui réglaient sa vie en termes de poids. Bien. L'appétit l'avait quitté et elle se retrouvait avec des difficultés évidentes à se nourrir sainement. Ce qui était on-ne-peut-plus-évident. Il porta une main à son menton, signe qu'il réfléchissait sérieusement. Elle avait besoin de manger quelque chose qui lui redonnerait la pêche, tout en étant bon pour sa santé. Elle n'avait pas l'air d'être une grosse mangeuse en terme général alors il devrait sûrement établir une liste de produits plus ou moins attractifs avant qu'elle n'abandonne tout envie d'aller dans son sens. Il trouvait d'ailleurs toujours cela étonnant qu'elle ait accepté de coopérer si 'facilement'. Non pas qu'il était déçu, non, bien au contraire, mais pourquoi avait-elle changé d'avis brusquement ? Elle n'avait plus le même caractère fermé qu'elle arborait quelques minutes plus tôt. Il avait sûrement dû dire ou faire quelque chose qui l'avait mise en confiance. Il ne se rendait même pas compte qu'il était excellent, c'était naturel chez lui. Il esquissa un nouveau sourire, beaucoup plus narcissique cette fois : une idée avait germé en lui.
Il quitta un instant ses fesses de son bureau pour se diriger vers son manteau. Il mit sa main dans l'une des poches, puis l'autre. Ah! La voilà. Il en ressortit une belle clémentine, achetée pas très loin d'ici, sur le chemin ce midi, et donc encore toute fraîche. Yume ne le regardait toujours pas, et finalement tant mieux, il aurait moins de mal à l'approcher sans penser à la traumatiser davantage. Il fit couler un peu d'eau dans un nouveau gobelet, et s'avança légèrement vers elle, un pied après l'autre, accompagné des deux produits.
Histoire de la prévenir qu'il arrivait, tout en continuant d'avancer, il prit la parole :

- Tiens, tu peux man...

Il fut carrément scié dans son élan. Il était même certain qu'elle n'avait pas entendu le début de sa phrase. Elle avait dit 5 mots, une petite phrase d'enfant mais qui faisait tellement de mal ou de bien selon les circonstances qu'il s'était stoppé net. Elle... elle voulait un câlin ?
A ce stade de l'action, Dorian était en pause, laissant apparaître un silence de mort, pesant dans la petite pièce. Il avait arrêté tout mouvement, même l'eau ne bougeait pas. Sa question était tout simplement... une déchirure. Elle était autant inattendue que mal placée et horriblement personnelle. Son visage, dénué de toute émotion était devenu froid, livide, comme mort. Yume ne bougeait pas mais elle attendait sûrement une réaction de sa part. Qu'allait-il bien pouvoir faire ? Cette jeune fille était maligne, une petite diablesse enfermée dans un corps de jeune fille anorexique. Dorian n'avait-il pas comprit la leçon en se mariant une première fois ? N'avait-il pas saisi que toutes les femmes étaient des menteuses et qu'elles n'étaient gentilles que pour mieux atteindre leur but premier ? Mais Yume semblait différente. Elle avait tremblé, presque pleuré. Elle ne semblait pas en position de supériorité dans cette histoire. Elle ne l'avait pas reconnu mais elle avait besoin de lui, sûrement plus qu'il n'avait besoin d'elle. Alors pourquoi un câlin ? Pourquoi tout gâcher ? Pourquoi demander à dépasser les limites du possible ?
Avait-il placé involontairement des espoirs presque trop lourds à porter en elle ? Lui avait-il promit la fin de tous ses problèmes ? Avait-il tendu la main vers elle sans s'en rendre compte ? Sûrement oui.
Mais était-il réellement capable de changer le court d'une vie même à petite échelle, au point de mériter un "Merci" ?
Pourtant, il l'avait voulu cette reconnaissance infaillible qui bondissait en lui. Alors pourquoi ce sentiment ? Pourquoi ne voulait-il pas qu'elle ait mal ? Pourquoi s'insinuait-elle dans son cœur comme une petite taupe qui creuse sans savoir où elle va ? Pourquoi avait-il besoin à son tour de céder à tous ses caprices ?

Le sang recommença à affluer de nouveau dans ses veines, la couleur revint petit à petit sur sa peau blafarde, le temps s'écoula de nouveau. Il avait prit sa décision. Il cligna des paupières, yeux rivés sur cette petite tâche sombre en plein milieu de son sofa. Il reprit sa marche funèbre vers elle, avec un autre but à atteindre cette fois-çi.
Il déposa délicatement le gobelet et la clémentine à l'autre bout du sofa et s'assit près d'elle. Elle lui tournait toujours le dos. Elle ne devait pas oser se retourner. Même Dorian en cet instant, alors qu'il aurait dû faire preuve de maturité, de professionnalisme et de prestance, n'en menait pas large. Son cœur battait la chamade, et il était persuadé de rentrer de plein fouet dans l'illégalité... Il tendit sa main, tremblante, vers l'épaule de Yume. Il la posa délicatement, en espérant qu'elle ne prendrait pas mal cette attention toute réservée. Il ne pouvait pas lui donner ce câlin qu'elle attendait mais il pouvait au moins lui montrer qu'il était là pour elle.

- Yu... Yume... ... je... quoique tu attendes de moi, je... je ne peux pas... murmura-t-il, soudain intimidé par la pression de l'intimité enfantine qui venait de s'installer.

Il se stoppa, il n'avait pas envie de lui casser ses rêves.
Sa main épousait la forme de son épaule, réchauffant ce petit corps transi qui gisait sur le fauteuil. La taille de la main de Dorian sur la frêle épaule de sa protégée, le choqua. Elle était si petite, si fragile. Comment pouvait-elle avoir envie d'un câlin de Dorian ? Il était certes plutôt gâté physiquement mais ne faisait pas plus jeune que son âge et arborait fièrement un costume d'adulte taillé pièce.
Toute cette mascarade ressemblait étrangement à une fourberie. Une manigance de premier ordre. Il fronça les sourcils. Et s'il était filmé ? Que verraient les amateurs ? Un infirmier qui fait du rentre-dedans à une élève allongée sur un sofa ? Il risquait gros dans cette histoire... Il prit une profonde inspiration. Il avait envie de lui donner sa chance... Elle ne pouvait pas avoir un si mauvais fond...
Il retira sa main tout de même, par prudence et récupéra la clémentine et le verre d'eau à l'autre bout du sofa. Il les passa par-dessus son épaule, pour qu'elle les voit :

- Tiens... une clémentine. Se sera un bon début... dit-il doucement, rompant le contact particulier qui s'était créé.

Il reprit sa voix normale, désireux de ne plus être en proie à ces sentiments de perdition qui l'entraînait droit au fond du grouffre. Cette jeune gamine méritait son attention, mais pas autre chose... Il se devait d'être professionnel.

- Si jamais tu n'as pas faim ou que ça t'es impossible d'avaler quelque chose, n'hésite pas à boire, ça t'évitera des crampes ou des malaises.

Il ne la regardait pas, il ne savait pas si elle le faisait de même de son côté. Il se devait de casser ce petit fil rouge qui les reliait tous les deux, ou ils allaient au devant de graves problèmes. Dorian ne pouvait être ni un père, ni un proche pour elle. Il n'était que son infirmier.

- Pour le régime, j'ai bien compris ton problème... Nous allons essayer de construire une sorte de dossier qui résumera ce que tu aimes ou pas, et ce que tu devrais être capable d'avaler au fil du temps qui passe... Je ne peux rien te promettre et tu devras fournir beaucoup d'efforts, mais si tu veux t'en sortir, alors je serais là pour toi.

Tout en ajoutant cette dernière phrase, un peu trop personnelle encore à son goût d'infirmier, il se posa tout un tas de questions encore sans réponses par rapport à l'état dans lequel elle était lorsqu'elle était 'arrivée' à l'infirmerie. Il tourna la tête vers elle, il tentait de mettre en avant un visage serein mais ne pouvait pas cesser cette ride d'inquiétude qui trahissait son véritable état d'esprit :

- Pourquoi tu ne manges plus Yume ?

Il avait besoin d'une réponse à cet instant. Et il devait lui montrer qu'il n'était plus là pour lui faire du tort mais juste pour essayer de comprendre. Alors il se devait de lui adoucir le terrain pour qu'elle puisse glisser lentement jusqu'à lui, à son rythme.

- Désormais, on a tous les deux un petit quelque chose à se reprocher qui nous ferait du tort s'il en venait à être su, alors en échange de bons procédés, dis moi... qui a ainsi marqué ton corps au fer rouge ?

Il ne précisa pas qu'il garderait toutes ces informations pour lui, elle devait l'avoir compris. Il espérait qu'elle lui réponde et pourtant il savait qu'elle se tairait ou qu'elle inventerait une histoire rocambolesque pour échapper à la sentence du bourreau...

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Yume Namida
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Dim 7 Juin - 18:59

Si un jour on devait demander à Yume pourquoi elle avait demandé un câlin à l'infirmier de l'école, elle répondrait seulement « parce que j'avais envie ». Et si on lui demandait si elle le regrettait, en cet instant, elle dirait oui. Le silence  pesant qui y régnait était très loin de la rassurer. Bien au contraire, la rebelle était littéralement paralysée. Et pour cause, elle venait de se rendre compte, qu'on ne demande pas ça à un membre du personnel. Une partie de son éducation était parti un peu en vrille à ce niveau là. Et puis, il lui avait bien proposer son aide, non ? Bon ok, c'était non. Il lui avait carrément dit qu'il l'aiderait et elle n'avait pas eu son mot à dire. Oui, sauf que dans la tête de Yume le cheminement qu'il l'aiderait seulement à reprendre du poids était passé à côté. Cependant, avec ce silence gênant, c'était une autre histoire. Leur statut était incompatible, et ils n'étaient pas proches. Quoique Yume n'a pas besoin d'être proche des gens pour demander un peu d'affection. Ce qui avait de quoi déstabiliser les gens autour d'elle alors qu'elle était purement japonaise. Sauf que la plupart des gens ne savaient pas qu'elle avait grandit en Angleterre avec de la cocaïne dans le sang. Donc forcément sorti de son contexte, ça pouvait paraître louche, surtout quand on savait pas que ses pensées les plus profondes étaient « Vodka ou Gin, ce soir ? ».
Mais ce n'était pas complètement de sa faute, il lui avait tendu une perche en lui disant qu'elle pouvait l'appeler Dorian. On aurait pu croire dans ce cas qu'elle pouvait demander un peu d'affection. Mais, avec ce silence la réponse était bel et bien non. Yume savait qu'elle serait mal à l'aise au cas où il refuserait. Cependant, elle n'avait pas imaginé à quel point.

Et puis, elle couina. La rebelle n'avait pas entendu l'infirmier venir, préférant se morfondre dans sa honte. Les épaules crispée, cette dernière se força à se détendre, essayant de profiter au maximum de la chaleur de sa main. Et pour tout dire, elle s'impressionnait elle même, le premier cap était passé, puisqu'elle ne s'était pas enfuie en courant ou ne s'était pas dégagée de cette main bienfaitrice. Sérieusement, Dorian devrait lui offrir des fleurs pour cet exploit.
Enfin ça, c'était avant qu'il ouvre la bouche. Yume pensa vaguement aux beaux mecs qu'on croisait dans le rue. Il fallait juste les admirer et ne pas leur parler pour ne pas casser le mythe. Bah là, c'était pareil. Elle avait l'impression de se prendre une brique dans la tronche. La rebelle lui aurait bien dit qu'il aurait mieux fait de se taire. Quoique maintenant elle savait que la délicatesse ne faisait pas parti du répertoire de Dorian. Sans doute qu'il ne se rendait pas compte à quel point ses sentiments étaient à fleur de peau ces temps ci, alors le genre de phrase « je peux pas être là pour toi » ça faisait toujours très mal. Une défenestration est si vite arrivée. Mais au lieu de ça, Yume avait juste envie de bouder. Et quand elle boude c'est le silence complet et il est impossible de lui faire décrocher plus que des monosyllabes. Malheureusement, il y a toujours une différence entre pouvoir et vouloir. Là en l'occurrence, si elle boudait la demoiselle aurait enlevée la main sur son épaule, mais elle avait pas envie. Donc, elle pouvait pas protester comme il se doit. Pire même, elle avait envie de prendre sa main, et la serrer le plus fort qu'elle pouvait. Juste un besoin qu'elle avait du mal à refréné. Sentir que quelqu'un était derrière elle. Se loger dans les désirs de quelqu'un pour le satisfaire et voir un sourire lors de son accomplissement. Tout d'un coup, Yume se sentit terriblement seule, se rendant compte qu'elle n'avait rien de tout ça. Décidément elle comprenait bien pourquoi elle réfléchissait pas.
Les larmes commençaient à poindre, et bien plus difficile à éviter. Son hypersensibilité lui jouait des tours, et c'était de plus en plus souvent ces temps ci. Bientôt, ça serait le big bang dans sa tête.

Il lui passa une clémentine et un verre d'eau. Elle aurait bien aimé geindre et lui tourner un peu plus le dos. La rebelle avait déjà mangé un sucre, ça devait suffire, non ? Et puis, elle se rappela de son ancien régime en Angleterre, prendre un petit déjeuner, un déjeuner, un goûter et un dîner. Rien que de revoir toute la nourriture qu'elle avait été forcé à avaler la dégoûta. Néanmoins, elle prit la clémentine entre ses mains histoire de... Si elle allait la manger pour le moment la réponse était non. Son ventre était trop noué, et elle avait envie de vomir rien qu'en voyant le fruit. En tant normal, elle n'aurait pas rechigné, néanmoins, depuis un moment toute nourriture la dégoûtait. Pourtant la dernière fois qu'elle avait été aussi maigre, elle avait repris en seulement trois mois. Là, ça s'annonçait difficile. Quant au verre d'eau, elle n'avait pas soif, donc elle zappa immédiatement. Si ça avait été un soda sans doute qu'elle l'aurait choisit immédiatement, sauf que de l'eau, bah... ça n'a pas de goût donc ça sert à rien dans sa tête.

S'asseyant de nouveau sur le sofa, Yume était bien décidé à refouler ses larmes définitivement. Et pour ça, elle devait se changer les idées. Jetant un coup d'oeil sur son bourreau, elle le vit mal à l'aise. C'était parce qu'elle avait demandé un câlin ? La nippone eut un pincement au coeur. Ce n'était pas ce qu'elle avait voulu. Baissant sa tête d'un air boudeur, elle se mit à jouer avec sa clémentine plutôt honteuse d'avoir mit l'infirmier dans cet état. Jusqu'à ce qu'il lui reparle du régime. Trop pression d'un coup sur ses épaules devenues frêle momentanément. Pour tout dire, elle n'avait pas du tout hâte de le commencer, puisque si elle se faisait suivre, Yume ne pourrait plus se permettre autant d'écart qu'elle le faisait. Cependant, elle avait bien conscience que si elle continuait ainsi, ça serait bien pire puisqu'elle ne connaissait pratiquement aucune limite. Descendre dans les 30kg ne lui faisait pas peur, malgré qu'elle ne pourrait sans doute plus tenir debout.

-Le problème ce n'est pas vraiment ce que j'aime ou pas. C'est plutôt que je suis dégoûtée par tous les aliments. J'ai un noeud dans le ventre à chaque fois que je vois de la nourriture.

Elle releva la tête et lui fit un sourire d'excuse avant de se mordre la lèvre. Oui, c'était pas très glorieux, mais le point positif c'était qu'elle avait encore le courage de se forcer à certains repas. Le reste, elle palliait avec la cigarette. Cependant, Yume ne voulait pas vraiment s'éterniser sur ça. Elle avait peur qu'on y diagnostic un problème psychologique, et qu'on lui demandait ce qui n'allait pas. Or, la rebelle n'avait aucun problème, c'était bien connu. Sauf de Dorian. Le pauvre, il avait sur les bras une gamine dépressive, alcoolique et stupide sur les bras. S'il avait su, sans doute qu'il n'aurait pas fait un marché avec une désespérée. Enfin, s'il aimait se tirer des balles dans le pied c'était son problème après tout.
Et rebellote sur la bouffe. Pourquoi elle mangeait plus ? Question pertinente à laquelle Yume fit mine de réfléchir intensément. Si elle voulait se débarrasser de ce genre de questions, la japonaise avait plutôt intérêt qu'elle n'avait aucune intention d'y répondre. Pourquoi ? Parce qu'elle même ne connaissait pas la réponse. Si c'était à cause de Tsumi, elle en doutait. Elle avait bien réussit à manger après son passage à tabac. Le collier qu'il lui avait gentiment offert ? Y avait sans doute de ça. L'abus qu'il avait fait au plus profond de sa dignité ? Un noeud se noua dans son estomac, et elle serra le fruit qui était dans sa main. Pourtant son visage montrait une expression douce et légèrement amusé en direction de Dorian. C'était la question qui lui permettrait de changer de sujet rapidement et sans que celui ci s'en rende compte tout de suite, ou alors il ferait semblant. Autant tenter le tout pour le tout, quitte à se faire passer pour une débile.

-En fait, mon ambition secrète c'est d'être top modèle, et comme elles sont toutes maigres j'ai décidé de perdre du poids. Sauf qu'entre temps, j'ai oublié que j'étais trop petite pour l'être.

Très logique avec ce qu'elle avait dit avant. En même temps, la rebelle n'avait rien inventé de très crédible. Elle aurait pu dire que c'était parce qu'elle avait vu un cochon volant, cela aurait été du même acabit. Cependant, ce n'était pas vraiment son but, puisque la nippone voulait juste lui montrer qu'elle ne dirait rien. Après tout, il lui avait bien dit qu'elle ne pouvait rien attendre de lui. Alors pourquoi s'embarrasser à s'attacher à lui, ou pire lui faire confiance pour garder des secrets. Un médecin restait un médecin, et Yume était bel et bien phobique vis à vis d'eux. Pas au point de perdre tous ses moyens mais suffisamment pour qu'elle se renferme comme une huître. Quoique, pour protéger ses secrets c'était limite plus sécurisé que les dossiers top secret d'une organisation d'un état riche.
Cependant, elle n'était pas indifférente à la mine soucieuse qui se voulait sereine de son vis à vis. Ce qui lui tira à la fois un sourire amusé et triste. Quel espèce d'homme était il ? Le genre froid mais qui cache un coeur tendre ? Yume n'en savait rien. Il avait joué sur trop de tableau pour qu'elle le sache réellement.

-Hey ho j'ai rien à me reprocher, mise à part le cannabis que j'ai dans le sang... C'est vous qui vous êtes tirer une balle dans le pied en disant que vous ne ferez pas de dossier. C'est de votre faute pas la mienne.

Elle fronça les sourcils, bien qu'il n'y avait aucun ton mauvais. Et elle sonnait plus comme une simple constatation. Cependant, elle remarqua bien vite son ton froid. Et comme pour se faire pardonner, Yume lui adressa un sourire rassurant.

-Vous inquiétez pas tout va bien.

Comme d'habitude. Se mettant de nouveau à jouer avec le fruit qu'il lui avait donné, elle afficha une mine à la fois sereine et sérieuse. Autant dire que Dorian avait plutôt intérêt à profiter de cette expression pour le moins mature...

-L'être humain est détestable de bien des façons. Mais il y a une chose qu'on peut difficilement lui enlever : sa volonté. S'il veut se relever il y arrivera toujours. C'est ce que j'ai l'intention de faire. Et j'y arriverai, j'en suis sûre. Je ne suis pas aussi fragile que vous semblez croire.


Pour une fois, elle ne parlait pas à la légère. De ce côté là, elle savait très bien ce qu'elle valait. Son orgueil et son esprit de vengeance prendrait peu à peu le pas sur sa peur puisque la demoiselle ne supportait pas de se sentir faible et la combattrait. De son point de vue, l'existence n'était qu'un champ de bataille où il fallait détruire les obstacles qui pouvaient nous empêcher d'être heureux. On avait le droit de baisser les bras quelques temps, mais pas éternellement. De toute façon, elle avait trop de caractère.
Se levant, elle se dirigea vers son bureau, ouvrit les différents tiroirs ne donnant aucune explication à Dorian. Et elle trouva ce qu'elle cherchait : la seringue et son dossier qu'il avait semble t il commencé. En fait, il y avait seulement la case du sexe qui était cochée.

-Pour la seringue, je vous fais confiance pour ne rien dire. Surtout que je vous ais dit ce qu'il y avait dedans.

En fait, elle se basait surtout sur le marché. S'il voulait l'aider à reprendre du poids, il la verrait régulièrement. Donc normalement il n'y aurait pas d'exclusion. Par contre, le dossier c'était une autre histoire. Elle se mit à le regarder attentivement, avant de l'ouvrir et d'écrire son prénom, son nom et sa classe. Lorsqu'elle eut finit, elle le releva pour appuyer ses dire.  

-Mais pour le dossier, vous devriez le faire. Je n'ai pas envie que vous ayez des ennuis à cause de moi. Ce n'est pas mon but.


Bien qu'elle avait horreur d'être classée dans un dossier, elle savait pertinemment que cela sera plus facile pour l'infirmier de la suivre. Bizarrement, elle avait l'impression de mettre ses propres menottes aux poignets. Désagréable impression qu'elle s'empressa de faire disparaître de son esprit, se répétant mentalement que c'était un mal nécessaire si elle ne voulait pas retourner une énième fois à l'hôpital pour sous nutrition.  Le regard absent, elle s'était permise de s'asseoir sur son bureau. Quelque chose avait changé maintenant qu'elle l'avait rencontré, mais la rebelle était incapable de dire quoi, mise à part de la création de cette nouvelle porte qu'il avait construit avant de la détruire en quelques secondes. Se mettant à regarder par la fenêtre, la demoiselle constatait qu'il avait joué les girouettes à ce niveau là lui disant qu'elle ne pouvait rien attendre de lui, et l'instant d'après, il lui disait qu'il serait là pour elle. Yume ne savait pas vraiment sur quel pied danser à ce niveau là, et elle préférait éviter de tergiverser dessus.

-J'ai peur des médecins.


Elle tourna la tête vers Dorian le regardant intensément. C'était sans doute la première fois qu'elle formulait sa phobie à voix haute. Est ce que ça lui en coûtait ? Yume n'en savait strictement rien, et préférait ne pas le savoir. C'était juste le comble pour une fille qui y allait souvent. Ou peut être parce que c'était justement parce qu'elle y allait souvent. Elle lui fit un sourire triste.

-J'ai des antécédents assez désastreux, c'est sans doute pour ça.


C'était pas faux... Sa dépendance pour la drogue qu'elle avait eut, son poids maigre à cette même époque, son poignet que Tsumi avait cassé, sa côte brisée par le même responsable. En une seconde tout ça lui pesait, elle se mit à observer de nouveau l'extérieur serrant fortement son bras. Soupirant de lassitude, Yume se mit à sourire d'amusement. D'habitude, elle ne se mettait pas à pleurer sur son propre sort. Il lui paraissait qu'elle tombait dans le cliché de la pauvre fille à plaindre.

-Mais rien ne m'empêchera à aller de l'avant. Même si je vous ais sans doute sembler renfermée, les mauvaises choses ont une fin. Et j'accepte difficilement qu'on essaye de savoir ce que je cache.

Elle fit un nouveau sourire qui révélait bien plus sa joie de vivre et son caractère taquin. Avant de reporter son attention sur lui. En fait, plus elle passait du temps ici, moins qu'elle voyait Dorian comme un infirmier. Sans doute parce que la pièce n'avait pas cette odeur typique des cabinets médicaux ou des hôpitaux qui nous faisait plus reculer qu'autre chose.

-Désolée d'avoir demandé un câlin, ce n'était pas dans mon intention de vous embarrassez. Et je réfléchis rarement, alors je n'ai pas pris conscience tout de suite que c'était déplacé de ma part.


Mais la nippone avait quand même voulu l'avoir, et bien qu'elle était incapable de reposer la question maintenant qu'il avait lui même mis les distances vis à vis de ça, au final la rebelle ne le regrettait pas. Il valait mieux vivre de remords plutôt que de regrets.

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"Ce que nous voyons n'est pas forcément la réalité.
Mon ennemi est aussi en moi, il fait partie de moi.
A l'intérieur de moi-même il y a un anti-moi."
Haruki Murakami

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Dorian Fatalys
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Dim 7 Juin - 19:30

Dorian était toujours assis sur le sofa, les coudes sur les genoux, tentant de prendre conscience de la situation dans laquelle il venait de s'empêtrer. Cette fille, bien que sûrement adorable en temps normal, lui créait des emmerdes à damner un mort. Rien n'allait chez elle. Elle donnait l'impression d'avoir contracté toutes les maladies du monde et de collectionner les échecs. Une vraie poisseuse. Et Dorian se retrouvait mêlé à ça. S'il avait su qu'elle était si généreusement gâtée de problèmes, il n'aurait peut-être pas réagi de la même façon. Se serait-il alors intéressé à elle ou bien l'aurait-il simplement recommandée à l'un des deux psychologues de l'Académie ? Telle qu'il la 'connaissait' maintenant, il était clair qu'elle n'aurait jamais été les voir. Il soupira. La situation le dépassait un peu. Il ne savait plus vers quel côté faire pencher la balance. Son devoir professionnel, son instinct de protection qui se développait au fur et à mesure du temps passé avec elle ? Ou son désir de contrôler sa vie et de mettre un terme à ce qui s'installait ici ? Dur dur.

Rompant le silence qui avait prit possession des lieux, Yume se redressa enfin sur le sofa ; et alors que chez Dorian, la tension était au paroxysme, elle semblait plutôt guillerette et même taquine. Elle sortait des âneries et des niaiseries plus grosses qu'elle (et c'était pas difficile vu le squelette). Dorian porta une main à son front, comprenant qu'il avait eut raison lorsqu'il avait posé la question. Elle ne lui répondrait pas. Il perdit le mince sourire qu'il avait eut alors jusqu'à présent et laissa place à la déception.

- Au moins, quand tu te fous de ma gueule, tu le fais sans tourner autour du pot.

Il se leva, agacé. Cette petite était une peste. Elle avait souffert et son mutisme témoignait bien sûr de la douleur qu'elle devait ressentir mais bon sang, il était là pour elle, elle ne comprenait pas ça ? Il lui l'avait dit pourtant. Ca n'avait pas dû être assez clair. Ce dont Yume ne se rendait pas compte, c'était que Dorian n'était pas quelqu'un de patient en général et qu'il se lassait vite. Et des réponses comme ça, avait le don de le mettre automatiquement de mauvaise humeur et le faire reculer d'un pas dans son implication. Il lâchait prise. Si elle continuait les mensonges et les moqueries, il lui dirait bientôt de foutre le camp puisque rien ne la retenait ici et elle regretterait sûrement de ne pas avoir franchi le pas avec lui. Sauf que se sera son unique chance. Dorian ne fait pas machine arrière, s'il dit non, c'est non.
Il se doutait qu'elle ne dirait rien mais lorsqu'elle le faisait, ça le mettait hors de lui. Il comprit bien vite qu'il n'arriverait à rien et laissa tomber sa liste de questions, elle viendrait d'elle-même à lui ou bien, rien. Qu'il en soit ainsi.
Comme si elle avait comprit que Dorian lâchait un peu le morceau, elle eut la décence de le rassurer. Les rôles n'étaient pas inversés là tout de suite ? Dorian secoua la tête, il perdait le fil de la conversation et l'énervement le rongeait. D'où tout allait bien ? Pourquoi disait-elle qu'elle avait la volonté d'y arriver alors que c'était faux ? Si ça avait été vrai, elle ne serait pas dans cet état la ! Il se détourna vers la fenêtre et posa une de ses mains contre le mur pour tenter de sa calmer, elle jouait avec lui, c'est pas possible.

- Pas aussi fragile que je semble croire ? Et comment tu peux savoir ce que je pense Yume ? Si tu avais vraiment cette volonté de fer dont tu parles, tu te serais pas laissée aller à ce point là ! Tu ne ressembles plus à rien mais ça n'a pas l'air de t'inquiéter ! Alors me parle pas de volonté...

Malgré lui, il n'avait pas put retenir le flot de rage qui se déversait en lui et ses paroles avaient quelque peu dépassé sa pensée. Il regrettait déjà d'avoir employé ce ton plutôt agressif et savait par avance qu'elle ne resterait pas dans l'infirmerie avec lui, sauf si elle comprenait qu'une tempête se déchaînait en lui parce qu'il se sentait impuissant face à elle.
Elle se leva, paraissant tout de suite plus vivante et moins fragile qu'elle en avait l'air. Dorian la regarda se diriger vers son bureau, pas inquiet, mais curieux. Il se demandait bien ce qu'elle pourrait y faire. Il n'y avait rien d'intéressant pour elle là-bas à part... oui bien sûr. La seringue et le dossier. Il était clair encore une fois qu'elle n'avait pas confiance en lui. Elle ne le cachait pas. Et puis de toute façon, Dorian n'avait pas confiance en elle non plus. Tout ce qu'elle lui disait, que ce soit sur un ton sérieux ou empli de larmes, ne lui paraissait pas réel. Il ne savait pas si elle jouait divinement bien la comédie ou si elle le faisait sans s'en rendre compte. Souffrait-elle d'une pathologie plus grave ?
Quoiqu'il en soit, lorsque Dorian faisait une promesse, il la tenait, alors elle pouvait bien garder la seringue avec elle, il n'en ferait pas une montagne. Comprenant qu'elle s'ouvrait peut-être difficilement à lui, il prit l'option de jouer lui aussi sur le côté taquin de la scène. Il répondit, tout en croisant les bras et en souriant un peu fièrement :

- Tu peux la garder la seringue si ça peut t'aider à mieux dormir... Tant que tu te piques pas avec...

Et il esquissa un sourire des plus ironiques, espérant qu'elle comprendrait qu'il blaguait.
La par contre, elle l'étonna. Elle le poussait à remplir le dossier. Elle qui avait demandé l'inverse au début de cet 'entretien'. Que se passait-il dans sa petite tête ? Se prenait-elle d'affection pour le médecin au point de penser à son futur professionnel ? Elle était complètement cinglée cette gamine ! L'acte en lui-même était gentil et généreux, mais pourquoi ne voyait-elle pas que Dorian ne risquait rien sans dossier ? C'était son plaisir à lui ces dossiers, personne ne lui avait demandé d'en remplir. Si il n'avait pas de dossier sur elle, soit ! Ca ne changeait rien. Il garderait tout en tête, bien que là, ça risquait d'être difficile vu tous les problèmes qu'elle avait...
Il tenta encore une fois de faire dégager cette colère qui bouillonnait en lui et s'intéressa de plus près à son comportement. Le geste qu'elle venait de faire pour lui, bien qu'inutile était un témoignage d'affection semble-t-il, alors il devait le prendre comme tel et non pas l'incendier, au risque de la perdre.
Enfin elle s'ouvrit à lui. Dorian se rapprocha de quelques pas, le corps beaucoup plus détendu. Yume était là, à quelques mètres de lui, lui confiant qu'elle avait peur des médecins, sûrement parce qu'elle avait dût y aller un peu trop souvent. Tout semblait plus clair maintenant, c'était sûrement pour cette raison qu'elle avait semblé si froide au début. Dorian était infirmier et il était clair que ça n'avait pas joué en sa faveur, il avait marqué un point dans le mauvais camp, sans le savoir, dès leur première rencontre. Il voulut lui répondre qu'il n'était qu'infirmier et pas non plus à fond sur le règlement mais elle reprit la parole. Bizarrement, elle semblait beaucoup plus bavarde actuellement, comme si les choses avaient changé pour elle, comme si... elle se sentait plus à l'aise.
Il sourit à son petit sous-entendu et déclara, tout en claquant ses mains l'une contre l'autre et en haussant les épaules, l'air détaché :

- Soit, alors si tu aimes pas que je fouille dans ta vie, je ne le ferais pas. J'attendrais que tu m'en parles de toi-même, si t'en as envie... Je vois pas de problème à ça.

A chaque fois que Dorian ouvrait la bouche pour parler à Yume, il se sentait intimidé. A chaque fois qu'il prononçait un "tu" ou un "je", il avait l'impression d'être perversement trop intime avec elle, comme si quelque chose de spécial s'était créé entre eux, ou plutôt en lui. Il ressentait que Yume occupait une place toute particulière parmi les patients qu'il avait eut jusqu'ici. Elle le poussait dans ses retranchements, lui donnant envie de changer de comportement rien que pour elle. Elle était forte, très forte. Et elle serait sûrement diabolique si elle était au courant de son pouvoir d'influence sur lui.
Lorsqu'elle reparla du câlin, Dorian sentit ses genoux flageoler. Oh non, il ne voulait pas repenser à ce passage plutôt désastreux de sa vie, mais plus il voulait éviter son souvenir, plus l'image de sa main sur l'épaule de Yume lui sautait aux yeux.
Pour dire toute la vérité, lorsqu'il avait prit sa décision, il voulait réellement lui faire un câlin dans les règles de l'art mais ça aurait voulu dire la retourner sur le sofa et la soulever pour la prendre dans ses bras, ça aurait été beaucoup trop pour une première fois. Vraiment beaucoup trop... surtout pour elle, qui souhaitait éviter le contact humain. Alors il avait juste posé sa main, sachant pertinemment que malgré lui et malgré sa conscience professionnelle, il avait eut envie de plus. Alors lorsqu'elle balança le sujet du fameux câlin sur la table, il se sentit faiblir. Arf, elle le mettait à genoux. Il opta pour la solution du "c'est rien, t'en fais pas" alors qu'il le pensait pas du tout.

- T'inquiètes pas Yume, t'as rien fait de mal. Après tout, ce n'était que ma main sur ton épaule. N'importe qui aurait pu faire ça...

Il accentua sa phrase d'un sourire faussement sincère et mit ses mains ses poches, soudain gêné par le silence qui s'installait. Il ne savait pas réellement quoi dire pour donner à son esprit de quoi penser à autre chose. Elle se tenait face à lui à cet instant et là, il aurait été très facile de lui faire ce câlin dont elle parlait auparavant. Seulement, s'il franchissait le pas, il serait capable de la vexer et en plus, il se pourrait qu'il passe une nouvelle étape qu'il n'assumerait peut-être pas jusqu'au bout. Il fit quelques pas de long en large pour se donner une contenance et tenta de changer de sujet.

- Tu sais, si tu as eu des problèmes, c'est logique que t'aies peur des médecins, mais pourtant, ce sont eux les sauveurs. C'est de ceux qui t'ont fait du mal que tu devrais avoir peur.

Il n'essayait pas de savoir une quelconque information personnelle de la part de Yume, il avait comprit le message tout à l'heure et attendrait qu'elle vienne se confier à lui. Il voulait seulement changer de sujet mais là tout de suite, son ventre se serrait et son esprit lui envoyait une quantité de messages subliminaux qu'il ne pouvait ignorer tellement ils étaient nombreux. Il se stoppa brusquement et tout en la fixant droit dans les yeux, il avança doucement vers elle. Une fois arrivé à un mètre d'elle, il murmura, soudain conscient de n'être qu'un homme :

- Excuse moi pour ça Yume...

Et d'un geste tendre, paternel, amical, amoureux, fraternel, et tout ce que vous voulez, il encercla ses bras doucement autour d'elle, faisant bien vite le tour de ce petit corps sans défense. Et de sa hauteur, il ramena tendrement Yume vers lui, l'invitant à poser sa tête contre son torse si elle le désirait. Il profita de cette chaude étreinte si agréable et sans contraintes pour fermer les yeux et baisser sa tête au niveau de celle de Yume, espérant que la proximité physique ne la dérangerait pas. Il était trop tard pour faire marche arrière. Si Yume y prêtait attention, elle pourrait sentir le cœur de Dorian battre à tout rompre contre sa poitrine. Elle venait de casser une nouvelle brique du mur périphérique au cœur de Dorian, elle s'en rapprochait dangereusement et il serait bien sensé de stopper toute ascension vers l'enfer. Fallait-il encore en avoir envie...

A peine une minute plus tard, alors que le bruit des aiguilles trotteuses semblait déferler dans la pièce, Dorian mit fin à cette douce accolade qui venait d'avoir lieu. Il n'était pas mal à l'aise, il était même plutôt soulagé d'avoir cédé à la tentation, ça lui avait fait du bien, espérons que ce soit réciproque. Il posa ses mains sur ses genoux, se mettant à peu près à la taille de Yume et oubliant que leurs visages étaient seulement qu'a une quinzaine de centimètres, il lui releva le menton du doigt, sans violence aucune.

- A mon tour d'être désolé si je t'ai embarrassée. Mais j'en avais envie.

A croire qu'une Yume se cachait dans le corps de Dorian. Bah, on est mal barrés...
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Yume Namida
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Dim 7 Juin - 20:53

La mission de tenter de rendre la conversation plus légère venait lamentablement d'échouer à cause de Dorian. Pourtant, Yume, elle l'avait trouver drôle sa phrase. Oui, bon, ce n'était pas difficile de faire rire la rebelle, mais quand même, il ne pouvait pas faire un effort, alors qu'elle y mettait de la bonne volonté pour ne pas l'envoyer sur les roses ? C'est vrai quoi, cette dernière aurait carrément pu se barrer en claquant la porte, ou bien lui faire comprendre qu'elle était énervée. Mais, elle avait choisit la carte de l'humour. Et elle ne jurait que par ça. Par contre, pour l'infirmier, ce mot ne semblait pas faire parti de son vocabulaire. Sa vie devait être horriblement ennuyeuse. Sans fantaisie, la vie n'en valait pas la peine pour l'adolescente. Et on devenait inévitablement comme lui. Chiant à en mourir. Elle au moins, elle était chiante, mais attachante et exaspérante. Yume savait prendre la vie du bon côté, même lorsqu'il y avait lieu de faire une dépression. En fait, c'est parce qu'elle supportait mal les situation sérieuse et dramatique, elle ressentait toujours le besoin faire de l'humour pour égayer les visages tristes ou soucieux. C'était plus fort qu'elle à cause de son hypersensibilité.
Et puis la rebelle ne se foutait pas de sa gueule. Elle voulait changer de sujet, grosse nuance. Mais apparemment, lui n'avait aucune intention de lâcher le morceau. Enfin si un peu, sauf que Yume devinait qu'il était agacé, ce qui lui mettait un peu plus les nerfs en pelotes. Les bourdes s'étaient un peu trop enchaînées sans qu'elle ait réussit à faire quoique ce soit, et elle n'avait aucune envie d'en faire d'autre avant de résoudre ses quelques problèmes. A commencer par son poids, ensuite Tsumi, Lun, et pour finir choisir sa filière à l'université. Alors si Dorian y ajoutait son grain de sel, ce serait la goûte d'eau qui ferait déborder le vase. Et la santé mental, déjà précaire de la demoiselle basculerait, et une connerie irrémédiable s'en suivrait. Donc, elle décida d'essayer de le rassurer, sur un ton plus sérieux, pour lui montrer qu'elle avait bien l'intention de remonter la pente. Cependant, elle se prit une virulente réplique dans la gueule. Deuxième effort qui tombe à l'eau. Yume commençait sérieusement à se décourager. D'ailleurs, la moutarde lui montait sérieusement au nez.

-Alors déjà, je ressemble à quelque chose. De moche, peut être, mais quelque chose quand même ! Et puis, si vous êtes si inquiet, fallait pas faire la fouine, ça vous apprendra. En plus, ça vous évitera de vous faire des cheveux blanc. Et dernier point... MA volonté vous emmerde ! Ne venez pas me critiquez sur ce point. Les bleus ne sont qu'une partie de la surface de l'iceberg. Alors si votre cerveau est capable de traiter les relations sociales, vous devriez vous la fermer, ça vous évitera de mettre les deux pieds dans le plats, comme maintenant.


Dorian Fatalys = Infirmier = Respect : Error 404 not found. Impossible de traiter l'information, essayez ultérieurement. Voilà ce qui se passait dans le petit cerveau de mademoiselle Namida. En même temps, avec elle, on s'énerve, elle s'énerve. Foutu cercle vicieux. On essayait de lui faire comprendre un truc calmement, le message passait mieux. Avec quelques pertes d'information, mais c'était mieux que rien. Cependant une fois qu'on élève la voix contre la rebelle alors que pour elle, il n'y avait pas lieu, elle se sentait horriblement misérable et vulnérable. Que faire contre ça ? C'était comme se battre contre un ennemi invisible pour elle. Et alors qu'en tant normal, elle s'en ficherait, ici c'était l'inverse. Sans doute, parce qu'il voulait l'aider d'une façon ou d'une autre. La japonaise le devinait frustrer. Ça avait été la même chose avec Lun. Mais comment pouvait elle lutter contre ça ? Elle n'en avait aucune idée, Yume ne pouvait pas faire disparaître leur inquiétude d'un simple coup de gomme, ni d'un sourire, ni d'une vanne pourrie. Et pire que tout, l'attention des autres d'une façon gentille lui était inconnue. Démunie, elle se sentait obligée se repousser ce genre de personne, qui selon elle, était trop dur à supporter.

La seule chose qui lui vint à l'esprit c'était de se changer les idées. Seringue et dossier, c'était un bon moyen pour se prendre la tête. Au moins, durant quelques minutes. Elle se voyait mal voler la seringue désormais, et le dossier était sans un bon moyen pour lui éviter plus de responsabilités qu'il n'aurait déjà avec sa seule et unique personne. Oui, elle avouait, la connaître était avoir sur les épaules un fardeau qu'on ne voulait pas vraiment. Bon allez, une dernière bonne volonté, et ça marchait pas, elle abandonnerait. Par contre, elle n'avait pas prévu qu'il lui fasse une petite pique. Ah bah enfin de l'humour ! Sauf qu'il y avait mieux. Sans faire gaffe, il avait tapé dans le mille, difficile de faire meilleur score sur son passé. Serrant les dents durant quelques secondes, Yume préféra s'attarder sur la réplique de Dorian.

-Vous êtes capable de faire de l'humour, on dirait.


Sarcastique, mais elle lui adressa un sourire amusé pour lui montrer qu'elle ne faisait que lui renvoyer la balle et qu'elle ne l'avait pas mal prie.
Et lorsqu'elle remplit le dossier, elle crut qu'il allait piquer une énième crise de colère. Elle avait encore fait une bourde ? Ses nerfs étaient bien maltraités face à lui. Et si, Dorian avait l'intention d'exploser, soit elle fonderait en larmes, soit elle se casserait, ou bien les deux.
Ouais, bon change encore une fois de sujet, alors. C'était le mieux à faire. Et le premier sujet qui lui était venu à l'esprit c'était sa phobie des médecins, et elle ajouta subtilement qu'elle n'aimait pas qu'on fouille dans ses affaires. Ah, il attendrait qu'elle lui en parle ? Au vu de ses colères qu'il semblait avoir régulièrement, Yume n'était pas prête à lui confier quoique ce soit. Fallait comprendre, hein. La rebelle détestait être jugée, personne n'était apte à le faire selon elle, tout comme qu'elle était inapte à le faire elle même.
Bon, la nippone devait avouer, elle avait bien envie de tout lui déballer pour être tranquille. Mais avec un esprit de contradiction aussi fort que son orgueil c'était pas gagné, fallait l'avouer. Et puis, on parle de pas de ses grands maux de la vie avec la première personne que l'on croisait, aussi mignon soit il. Sauf Wun, mais c'était un cas à part.

Et elle s'excusa, fait ô combien rare, mais important pour elle, sur le câlin qu'elle avait réclamé. Et elle le senti mal à l'aise. Etrange, il ne devait pas avoir l'habitude des marques d'affection. Mine de rien Yume s'était attachée à lui. Dorian semblait à la fois horriblement froid et dur, mais avoir un petit côté tendre enfouit en lui. Ce qui l'arrangeait bien, puisqu'elle détestait les personnes trop gentilles. Elles étaient bien trop lumineuses pour les yeux de Yume qui étaient habitués à l'obscurité. Plus les gens lui apparaissaient complexes et/ou dangereuses, plus elle avait envie de les comprendre, et se faire parti de leurs proches. La rebelle avait réussi à se faire une petite place dans le coeur de Lun, avec Tsumi, elle était la seule fille qui n'était pas morte à force de le fréquenter, et il tolérait sa présence. Saki commençait doucement à lui ouvrir son coeur, elle connaissait les problèmes de Wun malgré qu'ils ne soient pas amis. Et même si elle souffrait, elle était heureuse de vivre ce sentiment d'être quelqu'un d'exceptionnel de temps en temps, d'avoir un petit quelque chose que les autres n'avaient pas. La nipponne ne brillait pas par ses notes, ni même dans les arts en général. Alors, est ce qu'il y avait quelque chose de mal à vouloir se sentir meilleur que les autres dans son cas ? Dorian se retrouvait être dans les cibles de cette dernière. Piqué d'une curiosité à son égard, elle avait bien envie de venir doucement se nicher dans le coeur de Dorian sans qu'il ne s'en rendre tout de suite compte. Yume était le genre de fille qui faisait parti de votre entourage avant que l'on puisse comprendre ce qui se passait, cela paraissait tellement naturelle.

Elle lui adressa un sourire forcé. Il mentait, mais c'était pour la rassurer. Le comportement de cet infirmier la mettait mal à l'aise... protecteur et doux d'un côté, et incroyablement dur avec elle. Ce qui le rendait assez lunatique selon elle, et  l'empêchait de le cerner dans tout son ensemble et du coup, adapter son comportement vis à vis de lui. Alors oui, ils étaient deux à être mal à l'aise dans cette situation, à cause d'un stupide câlin.
Perdue dans ses pensées, la rebelle fut assez surprise des paroles de Dorian. Sur le coup, elle le trouvait idiot, cependant, ils n'avaient sans doute pas la même vision des choses.

-Ceux qui me font du mal, sont mes proches, alors je les aimes malgré tout. Les médecins sont indifférents aux autres. C'est bien pire.


Non, elle ne visait pas Dorian, pour ça, il faudrait déjà qu'elle le considère comme tel, et c'était franchement pas gagné. En fait, Yume était incapable de dire ce qu'il était vraiment pour elle. C'était simplement Dorian Fatalys, à ses yeux il n'était ni infirmier, ni adulte, ni un membre du personnel de Chisê. Aucun de ses statuts ne semblait atteindre cette jeune fille. Et il ne faisait rien pour arranger les choses.
Le pire étant sans doute qu'il la regardait droit dans les yeux, alors que la japonaise était incapable de se soustraire à cette étreinte visuelle. Et elle n'avait même pas remarqué qu'il s'était approché d'elle lentement.

-De...

C'était doux, chaud, agréable, sécurisant. La rebelle avait tant bien que mal essayé de mettre des barrières pour ne pas verser une seule larmes. Il venait de tout détruire par ce simple geste. Pourtant, cela ne lui était pas venu à l'idée de se défaire de cette étreinte. C'était trop reposant pour qu'elle puisse lutter. Fermant les yeux, elle profita pleinement de ce câlin écoutant les battements de coeurs rapides mais régulier de l'infirmier. La demoiselle respira profondément avant d'essayer de se blottir un peu plus contre lui, passant ses mains hésitantes sur son dos. Et dire qu'elle avait normalement peur des contacts humains. Peut être que Dorian n'était pas un homme, mais un vil serpent qui approchait sa proie. C'était fortement possible étant donné de la façon dont il s'y prenait. Un serpent qui avait muté, ayant des bras et des jambes et doué d'une parole. Cette pensée la fit sourire, un véritable sourire qui lui semblait si rare en ce moment. Dans tout les cas, serpent ou pas, elle s'y plongerait volontiers quitte à se perdre elle même, même si c'était accorder une valse au diable. Tant qu'on l'aimait. Même si cela se révélait illusoire, elle s'en fichait.

Et puis, il mit fin de lui même à cette marque d'affection qui avait semblé durer seulement quelques secondes pour la demoiselle. Et Yume se laissa faire docilement, tandis qui lui relevait la tête. En tant normal, elle l'aurait repoussée sans la moindre douceur. Pour la simple et unique raison qu'elle avait les larmes aux yeux. Sans doute que Dorian ne se rendait pas compte qu'il lui avait accordé plus d'attention en quelques minutes que quiconque d'autres en plusieurs mois. Un nouveau sourire amusé, malgré les larmes qui étaient à deux doigts de rouler sur sa joue blafarde. Non, mademoiselle Namida était loin d'être embarrassée. D'ailleurs, elle cacha son visage au creux du cou de de l'infirmier, laissant une main se nicher sous les vêtements de Dorian en bas de son torse. D'abord en la retirant vivement comme ci sa peau piquait, puis plus lentement gardant une certaine hésitation avant de la poser calmement. Sa main semblait aussi froide que celle d'un mort comparé à la chaleur que dégageait Dorian. Il n'y avait aucune attention de charmer, bien au contraire, son geste ressemblait plus un appel de détresse silencieux, et un besoin vital de sentir une certaine protection.

Yume ferma les yeux, quelques larmes s'en échappant. Malgré que Dorian croyait qu'elle ne se battait pas, la demoiselle avait lutté pour ne pas sombrer, garder son sourire, faire en sorte que personne ne remarque ses bleus, ne pas retoucher à la drogue qui se faisait toujours plus tentatrice, n'inquiéter personne en se dévoilant, cacher son malaise en présence du sexe opposé, cacher les véritables raison de ses allés et venues à l'hôpital, masquer son manque d'appétit. La présence de Tsumi la mettait mal à l'aise, ses parents se faisaient de plus en plus pressant quant à son choix d'orientation à l'université, Lun lui en voulait de se laisser faire avec son petit ami. Pourtant, elle s'était toujours montrée indomptable fasse à lui. Il était donc normal que ses problèmes s'extériorisent par son manque d'appétit. Sans aucun doute, elle aurait mieux fait d'aller voir un psychologue. Cependant, elle n'avait pas besoin d'une personne qui l'écoute et lui propose des solutions à ses problèmes. Yume connaissait ces fameuses solutions. Elle avait besoin de trouver quelqu'un qui la soutiennent, et lui permette d'être elle même, qui l'aide à se relever sans fourrer son nez dans ses affaires, ni faire de remarques désobligeantes. Dorian, venait de mettre K.O une rebelle indomptable, et forte, et il se retrouvait avec une petite fille peureuse sur les bras.

Ses sentiments avaient été trop chamboulés, si bien qu'elle éclata en sanglots, incapable de retenir le flots de larmes. Pourtant elle ne bougeait pas, et ne faisait pas le moindre bruit, son regard perdu dans le vide. La seule marque de vie que l'on pouvait y discerner était une de ses mains qui serrait furieusement les vêtements de Dorian en une prière muette de ne pas se dégager tout de suite.

-Je suis désolée...

De quoi ? Yume se sentait horriblement faible, et c'était l'infirmier qui prenait tout sur le dos. Sans doute que cela devait l'ennuyer plus qu'autre chose. Cependant, la rebelle avait besoin de se montrer un peu égoïste pour aller mieux, et reprendre du poil de la bête. Bien décidé à rester contre lui pour ne pas qu'il voit ses larmes, il dû attendre un long moment avant qu'elle ne se calme, et qu'elle s'éloigne de lui, essuyant les vestiges de ses larmes d'une main déterminée. Un sourire désolé affiché sur son visage alors qu'elle regardait Dorian. La rebelle aurait bien aimé se cacher dans un trou, et ne plus le revoir, tellement elle était honteuse, c'est pour cette raison qu'elle baissa la tête. Ce n'était pas vraiment digne d'une demoiselle de bonne famille ce qu'elle venait de faire. Et pas du tout en accord avec son orgueil, mais, elle avait craqué, et les faits était là.

-C'est de votre faute si j'en suis arrivée là.

Un ton ton mi boudeur, mi timide digne d'une petite enfant pas contente. Bien sûr, l'infirmier n'était pas tout à fait responsable, après tout, c'était surtout elle qui n'avait pas réussi à gérer ses sentiments correctement. Mais, elle n'ira pas l'avouer tout haut. Rejetons la faute sur les autres, même si elle pensait le contraire. C'était simplement pour rendre l'ambiance plus légère après ce flots d'émotions. Yume avait enfin craqué alors que pendant des mois, elle se l'était interdit. Et qu'elle le veuille ou non, cela lui avait fait du bien.

Ses larmes l'avaient rendu encore un peu plus fatiguée, et ses traits tirés démontrait une certaine tension qu'elle n'arrivait pas à évacuer. Le mieux aurait sans doute été de se reposer. Seul problème, la rebelle n'avait pas envie de piquer un somme. Elle était bien en sa présence, plus calme... Alors, la miss voulait en profiter, sachant pertinemment que dès qu'elle passerait la porte, tout redeviendrait comme avant.
Relevant finalement la tête vers lui, Yume se surprit à penser qu'elle avait encore envie de se réfugier contre lui. A croire qu'elle n'en avait jamais assez de ses bras. Perturbant... Alors pour éviter d'y penser, elle s'empara de la clémentine qu'elle avait posé sur le bureau et se mit à l'éplucher, d'un geste nerveux, avant de l'engloutir rapidement, comme ci elle n'avait pas mangé pendant plusieurs jours. Ca devait sembler comique pour quelqu'un qui disait ne plus avoir d'appétit. Sans doute que Dorian ne l'aurait jamais cru en la voyant ainsi, si elle n'avait pas été aussi maigre.

Et son ventre cria famine. Posant une main dessus, cela faisait plusieurs mois qu'elle ne l'avait pas entendu, d'habitude cela avait été des gros noeud en voyant de la nourriture défiler devant elle, suivit d'une nausée qui l'avait rendu incapable d'avaler quoique ce soit.

-J'ai faim.


Au cas où que Dorian n'aurait pas entendu les cris de protestations de son ventre. Un sourire de bonne humeur. Peut être que cela sera moins difficile que prévu de reprendre de la graisse. Yume se demanda vaguement pourquoi maintenant, avant de laisser tomber. Pourquoi chercher la raison ? Maintenant elle pourrait se faire plaisir... Des Mcdo, des gâteau riche en lipides, du nutella, des fruits, du fromage, et surtout... de la viande. Et la rebelle était tellement heureuse, qu'elle en oublia sa gêne d'avoir pleurer dans ses bras. La seule chose dont elle avait envie de faire, était de sauter partout, en riant. Oui, il lui en fallait peu pour la rendre heureuse. Bon ok, tous ses problèmes n'étaient pas résolus, mais maintenant ce n'était plus qu'une question de temps, le début de la fin. Après tout, l'appétit, c'est la vie !

-J'ai faaaaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiimmmmmmmmmmmmm !!!!!!!!!!!!!!


Ca c'était au cas où, il aurait pas compris. Sautant dans les bras de l'infirmier et passant ses mains autour de son cou et ses jambes au niveau de sa taille, Yume avait bien envie de faire partager la bonne nouvelle. Et niveau câlins, au point où ils en étaient... N'empêche, elle devait paraître sacrément lunatique.

_________________
"Ce que nous voyons n'est pas forcément la réalité.
Mon ennemi est aussi en moi, il fait partie de moi.
A l'intérieur de moi-même il y a un anti-moi."
Haruki Murakami

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Dorian Fatalys
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HnM
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Lun 8 Juin - 12:18

Agressive la petiote. C’était le premier mot qui lui vint à l’esprit. Elle avait énervé Dorian avec son attitude tout sourire alors qu’elle avait plein de problèmes mais il semblerait qu’elle ait été encore plus énervée que lui. Fichtre voilà qu’il se faisait sermonner par une gamine incontrôlable. Les rôles étaient tout simplement inversés, rendant la scène presque comique et ne tirant à Dorian qu’un simple sourire sincère et profond. Elle avait raison, il ne devait pas s’énerver sur elle, ça ne changerait rien. Elle seule pouvait décider de la marche à suivre concernant ses problèmes et la pousser dans ses retranchements n’arrangerait jamais les choses, c’était évident. Du coup, il passa outre les insultes à peine masquées et les reproches vindicatifs de la demoiselle et suivit son conseil, il resta muet.
Cette passade le fit se rendre compte qu’elle le mettait à bout. Dorian n’était pas, et n’avait même jamais été quelqu’un qui s’énerve facilement. Si une situation s’avérait trop difficile à gérer, il s’en éloignait avant d’être trop impliqué. Pourtant, avec Yume, c’était l’effet inverse. Plus il discutait avec elle, plus il lui trouvait des soucis de plus en plus horribles et plus il se sentait obligé d’y palier. Il n’avait pas envie de la laisser tomber, et ça, c’était pas dans son caractère. Qui diable était cette adolescente qui arrivait là par hasard et qui remodelait l’infirmier à son image ? Sûrement involontairement, cette jeune femme avait le don de faire s’adapter les gens à sa présence et de les rendre dépendants d’elle. Elle entrait dans votre vie et n’en sortait seulement que lorsqu’elle l’avait décidé, pas avant. Une vraie drogue dure.
C’est lorsqu’il avait comprit ça que Dorian avait jeté l’éponge. Il désirait la fuir mais désirait encore plus que tout rester près d’elle. Elle apportait un trop plein de nouvelles choses dans sa vie mais si elle repartait avec maintenant, il se sentirait soudain beaucoup trop esseulé et perdu. Elle venait d’avoir un impact sur sa vie. Un de ces choix qui ne vous laissent pas rebrousser chemin. Devant Dorian, il y’avait eut deux directions. D’un côté Yume, et de l’autre, sa vie tranquille. En toutes connaissances de causes de part son métier, il avait instinctivement choisi Yume sans douter, préférant une vie chaotique voire imprévisible plutôt qu’un dessein tout tracé. Feu son Père ne serait sûrement pas très fier de lui, mais Dorian lui, ne voyait pas d’autres solutions que celle-ci. Il continuerait, se donnant corps à âme à ce but, jusqu’à ce qu’elle décide de s’en aller d’elle-même, emportant tout ce qu’elle avait apporté.

Le câlin qui avait suivi était pour lui comme une sorte de signature au bas d’un contrat. Par cette étreinte qui les unissait pendant quelques secondes, il se liait à elle et à son destin. Il promettait, comme pour un mariage de la choyer et de prendre soin d’elle jusqu’à ce qu’elle soit capable de voler de ses propres ailes. Il ne ferait pas marche arrière et finalement dans l’histoire, Yume n’avait même pas son mot à dire.
Pourtant lorsque Dorian sentit sa tête se poser doucement sur son épaule et sa main glisser presque tendrement dans son dos, il sut qu’il avait prit la bonne décision. Cette petite Yume était forte en gueule et arrogante, voire même vraiment insupportable, mais elle n’était comme ça que pour masquer un manque certain d’attention. Elle se sentait seule bien qu’entourée de plein de monde ; et ça, Dorian pouvait aisément le comprendre puisqu’il s’était créé lui-même un bouclier pour éviter toutes les personnes qui avaient un trop plein de sentiments à donner. Quoiqu’il en soit, Yume avait frappé à la bonne porte. Si toutes ces relations sociales avaient été un échec à présent, et si c’étaient ses proches qui lui avait fait du mal alors il ne deviendra pas proche d’elle, parce qu’il ne lui ferait pas de mal. Il mettait Yume en haut de sa pile de Dossiers, sachant pertinemment qu’elle était beaucoup plus qu’une simple patiente désormais à ses yeux. La considérant plutôt comme son but dans la vie. L’âme perdue qu’il devait sauver.
Lorsque l’étreinte prit fin et que Dorian scruta son visage, il y décela un sourire qui contrastait tant avec ses yeux perdus et noyés. Elle était tellement mignonne qu’il concevait mal le fait que quelqu’un puisse avoir envie de lui faire du mal. C’est vrai qu’elle était chiante et qu’elle grognait tout le temps en voulant toujours avoir le dernier mot, mais regardez-la, si fragile, si petite, si attendrissante… De nouveau lovée contre lui, Dorian ne put la repousser, il se sentait bien lui aussi près d’elle. Elle avait besoin de ça et lui, conscient que son corps était juste pour le moment un réceptacle de sa peine, se laissait faire. Il retint un léger soubresaut lorsqu’elle posa sa main sur sa peau, dans son dos. Il soupira. Plusieurs années qu’il n’avait pas de contact avec une autre peau que celle de son ex-femme. Une certaine frustration s’empara de lui, se sentant soudain bien misérable d’être ainsi chamboulé par la main d’une adolescente qui ne mesurait sûrement pas les conséquences de son geste. Il ne tiqua pas et attendit qu’elle se retire d’elle-même. Dorian n’était pas quelqu’un de patient mais il savait quand il fallait prendre son mal en patience, et là en l’occurrence, le mal était très agréable. Sûrement trop même.

Une nouvelle fois, elle s’excusa. Dorian ne répondit rien, il comprenait. Il arbora juste un sourire presque paternel tout en plissant des yeux et en approchant sa main de sa tête, qu’il ne posa pas. Il aurait tant aimé la rassurer en lui disant que tout allait s’arranger mais il ne pouvait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Yume avait des tas de problèmes à résoudre et il était possible et concevable qu’ils n’arrivent pas à y faire face, même avec toute la bonne volonté du monde. Alors, il se mura dans un mutisme, il attendit simplement.
Lorsqu’elle recula enfin, elle arborait une bouille d’enfant honteuse. Elle était à croquer. On aurait dit qu’elle venait de se faire prendre en flagrant délit par sa mère après avoir chipé un bonbon dans la cuisine. Ce visage amusa franchement Dorian. Elle boudait, comme une enfant, lui rappelant qu’elle n’était pas plus âgée que la plupart des jeunes femmes qui passaient dans les couloirs à ce moment même. Ils n’étaient pas du même monde, c’était sûr. Pourtant, Dorian le voyait bien ce petit pont qui se créait entre eux deux. Rien que pour eux.

- Je vais prendre ça comme un compliment. dit-il en lui offrant un clin d’œil et une tête amusée.

Il se releva, lâchant cette position inconfortable qu’il avait prit pour se mettre à sa hauteur. Il faudra qu’elle mange beaucoup de soupe si elle voulait atteindre une taille plus que respectable. C’était le comble ici, Dorian même pour un égyptien était plutôt grand mais ici, il avait toujours l’impression d’être plus qu’un géant. C’était assez déroutant mais il utilisait ce don de la nature pour se sentir plus fort et supérieur. On ne le changera pas.
D’ailleurs, en parlant de soupe, Dorian resta vraiment con lorsqu’il vit Yume engloutir la clémentine comme si de rien était. En lui, une vague immense de soulagement pointa le bout de son nez avant de se déchaîner dans ses entrailles lorsqu’elle lui avoua qu’elle avait faim. Impossible, ça ne faisait pas 2h qu’ils étaient ensemble qu’ils avaient déjà résolu un problème ? Ainsi donc, ce n’était pas la nourriture le souci mais bien un dommage collatéral à tout ce qui lui arrivait à côté. Si seulement Dorian avait été là à ses débuts, peut-être qu’elle n’aurait pas été dans cet état. Enfin, il était trop tard pour parler du passé. Si Yume avait faim, tout s’arrangeait. Elle semblait beaucoup plus guillerette malgré le visage fatigué qu’elle affichait. Même Dorian ressentait un besoin de dormir à cet instant ; tout ce flot d’émotions qu’elle laissait courir en lui le mettait sur les rotules. Il était loin d’être habitué à ce que ce soit lui le patient.
Il allait lui annoncer qu’il allait chercher un café lorsqu’elle brailla une nouvelle fois qu’elle avait faim.

Oui, j’ai… oh !

Il n’avait pas eut le temps de terminer son exclamation pour l’informer qu’il avait entendu, lorsqu’elle lui sauta dans les bras. Elle était maigre mais lorsque vous vous prenez 50 kilos sur les bras quand vous vous y attendez pas, vous êtes vite déséquilibré. Pour se retenir Dorian eut le réflexe humain de joindre ses mains l’une à l’autre sous les cuisses de Yume, dans le seul but de la porter. Il se laissa aller à un rire des plus spontanés, tellement la situation devenait cocasse. Décidément, ils ne pouvaient plus se passer l’un de l’autre. Si un de ses collègues ou le Directeur pointait le bout de son nez dan son bureau, il serait bien mal en point pour justifier cette position.
N’ayant pas une force physique à toute épreuve, Dorian tituba doucement, et tourna maladroitement la tête sur le côté pour tenter de se repérer dans la pièce. Le sofa n’était pas loin derrière eux et il recula doucement avec Yume dans les bras pour s’asseoir finalement et la retrouver sur ses genoux.
Il avait bien comprit qu’elle aimait l’humour et qu’elle n’aimait pas les situations sérieuses, les tournant toujours à la dérision, même lorsqu’elles étaient graves. Elle avait besoin d’ironie et de railleries pour réussir à faire face à tout ce qui lui tombait dessus et garder la tête hors de l’eau, alors il soupira un peu trop franchement pour que ça fasse vrai et lança, diabolique :

- Finalement, t’as peut-être pas besoin de reprendre du poids… T’es bien assez lourde comme ça.

Il la recula pour apercevoir son visage et haussa un sourcil tout en la fixant dans les yeux. Elle semblait vraiment différente de la Yume déprimée qui était entrée ici, et c’était pas pour lui déplaire.
Conscient du poids actuel de Yume, Dorian adapta sa force pour la soulever et la poser sur le sofa, elle n’avait pas son mot à dire. Les étreintes entre élève et infirmier ne devaient pas non plus devenir une habitude. Il resta cependant assis près d’elle et se frotta le visage, cette journée était éreintante. Il se releva et se dirigea vers la porte de son cabinet.

- Je vais aller me chercher un café, sinon je vais m’endormir. D’ailleurs…, il se rapprocha à nouveau d’elle et lui posa un doigt sur le front pour la pousser légèrement, … tu as une tête de mort vivante, tu ferais mieux de dormir un peu. Je reviens tout de suite.

Et il esquissa un sourire des plus ironiques lui faisant comprendre qu’elle devait cesser de courir partout. C’était très bien qu’elle ait faim, mais elle devait également se reposer, sinon elle ne tiendrait pas le choc. Il se redressa et sortit du bureau. Il fit quelques pas, plutôt allègres, tout en se dirigeant vers la machine à café. Il se sentait tellement bien à ce moment là qu’il salua poliment toutes les personnes qu’il croisa, insinuant sûrement des tas de questions en elle vu qu’il était du genre hautain et méprisant habituellement. Il se retrouva bien vite devant la machine à café et opta pour un jus corsé et serré en espérant qu’il ne termine pas sur sa chemise celui-là. Ah ah, sacré Yoite. Il prit également une tisane aux fruits rouges pour son invitée et même une sorte de brioche à la framboise, à l’aspect un peu douteux mais qui aiderait Yume à calmer les élans de son estomac maltraité.
Lorsqu’il revint dans son bureau, elle était toujours là. Il lui envoya un sourire naturel et déposa la tisane et la brioche près d’elle, lui laissant le choix d’en faire ce qu’elle voulait, avant de retourner s’asseoir à son bureau. Il reprit son attitude sérieuse et professionnelle et cessa tout bruit. Il avait un dossier à tenir à jour, une certaine Yume Namida.

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Yume Namida
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MessageSujet: Re: Manger ça évite les ennuis   Lun 8 Juin - 12:23

Monsieur Fatalys riait... Encore mieux, il savait rire. Ce qui étonna franchement la demoiselle qui s'était heurtée jusque là, à un murs de glace. Fallait déboucher le champomy et faire péter les gâteaux... Non seulement, en deux temps trois mouvements, elle se retrouvait avec une faim où elle pourrait manger un éléphant, mais en plus, elle avait réussit à faire rire l'infirmier. Ils étaient une équipe de choc ! A eux deux, ils pourront sauver le monde de la famine, de la peste, et il n'y aurait plus de dépressifs sur terre. La vie est belle, et le monde tournait rond dans sa petite tête. Enfin, aussi rond que possible pour elle. Donc on va dire... en ovale à la limite du losange avec les petits piques de folies. Et la cerise sur le cake, Dorian faisait de l'humour. Vilain humour, mais humour quand même, ce qui plaisait d'autant plus à l'adolescente qui n'avait éclatée de joie depuis des lustres. Lui lançant un regard faussement noir, la demoiselle répondit du tact au tact :

-Nan, je voulais vous faire une prise de catch et vous faire tomber au sol. Mais, j'ai pas réussi, donc faut que je mange.

Oui, elle avait la pêche, malgré sa fatigue. La seule chose qu'elle voulait maintenant c'était de courir dans tous les sens, sauter, faire du sport, n'importe quoi qui puisse la crever suffisamment pour qu'elle n'ait plus assez d'énergie niveau moral pour qu'elle puisse rester tranquille ne serait ce que 10 minutes. Comme ça, on dirait qu'elle était hyperactive, mais rassurez-vous, c'était bel et bien le cas, même si elle pouvait faire une grasse matinée jusqu'à 15h le week-end, c'était seulement parce qu'elle revenait de soirée vers les 10h du matin.

Lançant un « hey » de protestation lorsque Dorian la posa sur le canapé plus que spontanée, Yume comprit rapidement que ça ne servait à rien d'insister, se rappelant qu'il était infirmier à Chisê, et non un pote. Oui, malgré la dizaine d'années qu'il devait avoir, la rebelle le considérait difficilement comme un adulte respectable, même si elle le vouvoyait. La cause ? Ben, il lui avait fait un câlin, et quand on accepte de lui faire une étreinte c'était pas un peu comme demander à avoir une sangsue collée à sa peau. Sans doute que ce bel enténébré n'en avait pas eu conscience sur le moment. Cependant, il allait vite de comprendre avec elle. La douce joie d'avoir une gamine collé à ses basques en recherche constante de câlins... Le bon côté, c'était que maintenant elle n'ira plus à reculons à l'infirmerie, mais au contraire, en sautillant. C'est une énigme cette fille... La rebelle pouvait s'attacher à une personne en échangeant simplement deux mots, mais aussi tout le contraire, alors que certain réfléchissait un peu plus. Sans doute le genre de Dorian, apparemment. Mais au moins, elle avait réussi à passer le cap avec lui, Yume avait deviné qu'il l'appréciait. A quel point ? Cette dernière n'en savait rien. Néanmoins, elle avait tout le temps de découvrir, puisqu'elle serait suivit régulièrement par son infirmier préféré. En même temps, c'était le seul qu'elle connaissait, donc c'était pas dur.

Il lui annonça qu'il allait se chercher un café... Il la laissa en plan ?! C'était un pauv' type en fait... Ou pas, il resta chou à ses yeux. Enfin, tout est relatif. Une personne normale ne dirait pas que Dorian Fatalys est chou. Au moins, elle avait comprit le message subliminal « tu me fatigues ». En gros, c'était ça qu'il voulait dire. Il était de plus en plus sympa, dis donc.

-J'ai pas envie de dormir. C'est chiant...


Mais apparemment, elle avait plus le droit de protester. Dommage, Yume adorait râler, c'était son passe temps préféré. Cependant, c'était jamais sérieux. Quoi, il fallait une patience à tout épreuve avec elle ? Mais, non, suffisait de bien s'y prendre. Et au grand damne de la demoiselle, l'infirmier comprenait peu à peu son mode de fonctionnement. C'était la merde, comme elle allait pouvoir le surprendre dans ce cas ? Et pire, comment jouer les adorables capricieuses ? Il lui coupait l'herbe sous les pieds. Ca se faisait pas...
Et pourtant, bien qu'elle clamait haut et fort qu'elle n'était pas fatiguée, un bâillement à s'en décrocher la mâchoire pointa le bout de son nez dès qu'il passa la porte. La rebelle en profita pour s'allonger sur le divan, en ayant de plus en plus de mal à garder les yeux ouvert. Dorian avait intérêt à se dépêcher, sinon il allait se retrouver avec la belle au bois dormant en version moderne et japonaise.
L'adolescente avait l'impression d'attendre trois plombes avant de le voir passer le pas de la porte. Elle se redressa vivement, histoire de montrer qu'elle était pleine d'énergie. Cependant, il se contenta de lui poser une tisane et une brioche. Quelque chose lui disait, que ça voulait dire : pas un mot du mange et tu bois. Pas cool. M'enfin, elle s'exécuta, mangeant le truc au framboise un peu trop sec et attendant que sa tisane refroidisse, le tout sans dire le moindre mot. Étonnant ? Pas vraiment étant donné la concentration dont Dorian faisait preuve, Yume ne voulait pas le déranger. D'ailleurs, elle finit elle même par s'ennuyer, s'endormant sans même s'en rendre compte.
On aura beau dire ce qu'on veut de l'infirmier, il avait fait l'exploit de contrôler un tant soit peu une rebelle au mauvais caractère...  

| CLOS |

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"Ce que nous voyons n'est pas forcément la réalité.
Mon ennemi est aussi en moi, il fait partie de moi.
A l'intérieur de moi-même il y a un anti-moi."
Haruki Murakami

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