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DISCORD(E)



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Monday, bloody monday

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Mar 19 Mai - 12:52
M • Université - 4ième année
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HnM
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[Fin d'année 2010...]

Lundi matin, 8h30.

- Anh ...

Quel magnifique soupir que venait de pousser Saki. Le réveil est trop dur, elle a encore passé sa soirée à jouer sur son ordinateur, jusque très tard, quelque chose comme 5h du matin. Du coup, elle a très peu dormi. Elle se plaint beaucoup mais finalement, tous les week-end, elle recommence. Elle ne peut pas s'en empêcher, elle aime cette ambiance assez particulière d'avoir l'ordi sur les genoux, dans son lit, pendant que ses colocataires dorment. Elle est tranquille. Et pendant quelques heures, elle est même puissante et prestigieuse, elle est la reine de son jeu, la reine de son monde. Là-bas au moins, tout est facile, elle est riche, elle est forte, elle est ... reconnue.

Mais déjà le jour se lève et la vie reprend son cours.

- Saki, t'es pas encore levée ? Tu vas vraiment être en retard si tu continues !

Une de ses colocs. Elle connait même pas son nom, elle s'en fout. Et puis pourquoi elle lui parle d'abord. Qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Elle lui répond par un grognement plus expressif qu'une longue séries d'explications.
La porte claque, le silence se fait. Trop tentant de se rendormir mais il faut pas, elle a déjà 1 ou 2 absences injustifiées à son actif, il serait dangereux d'en avoir une autre. Elle tenait à finir correctement ses études pour entrer à l'Université avec le niveau demandé. C'est le seul truc qui lui appartient vraiment alors autant ne pas le rater. Quand elle sera à la fac, tout sera différent. Elle pourra faire ce qu'elle voudra.

Un frisson parcourut ses cuisses nues et maigres lorsqu'elle retira la couverture. Elle fit quelques pas dans la chambre, et son regard se posa sur le lit de ses camarades, il était fait, c'était rangé, ça sentait presque la rose... et lorsqu'elle se tourna vers le sien, elle gloussa d'un rire nerveux, c'était un bordel monstre, y'en avait partout, des pompes, des fringues, son lit semblait avoir été victime d'une bombe nucléaire.  Elle adorait ça. Elle ramassa un t-shirt qu'elle jeta sur son lit pour finir le superbe tableau artistique.
Son pied rencontra une clé USB et elle jura des merde et des bondieu tandis qu'elle massait son pied. Elle chercha son pantalon en vain, dans le foutoir qui lui faisait office d'armoire.  Agacée, elle laissa tomber. Aujourd'hui, ce sera un jean, usé, mais confortable, un sweet noir avec une tête de mort dessus, et une casquette. Ses longs cheveux emmêlés allèrent se réfugier dans la capuche de son sweet, elle ne chercha même pas à les recoiffer, c'était pas son problème, elle avait l'intention de les couper mais pour l'instant, elle avait autre chose à foutre, donc ça attendra.
Elle se dirigea en mode zombie vers la salle de bain pour se brosser les dents, mollement. Son verre à dent côtoyait les produits de beauté et de maquillage des autres poufs qui étaient dans sa chambre. Elle s'amusa à écrire "Bouh" avec un rouge à lèvres sur la vitre en face d'elle. Elle se fera engueuler pour ça plus tard, mais en attendant, elle était contente, le rouge à lèvres était bien explosé.

Quasi 9h, elle sortit en prenant son sac. Elle savait pas ce qu'il y'avait dedans, et si elle avait tout ce qu'il lui fallait mais peu importe. Elle n'était pas débile, sa mémoire lui faisait rarement du tort. Elle savait qu'elle allait en histoire/géo et c'était sûrement ça qui la rendait si... joyeuse.
Elle apprécia de traverser la cours par le froid qu'il faisait, les couleurs étaient apaisantes et l'ensemble était désert, c'était chouette.
La bouffée de chaleur qui suivit quand elle arriva en haut des escaliers était moins drôle. Elle sentait sa peau qui devenait un peu rouge mais elle était tellement pâle d'habitude que ça la rendait juste... normale...

Finalement, elle n'était même pas en retard. Sa classe était là, comme d'habitude. Elle s'assit à sa table et retira sa casquette. Des groupes et encore des groupes. Du bruit, des rires, des discussions classiques, des moqueries... rien ne changeait. Au moins, aujourd'hui, personne n'avait cherché à l'emmerder. Ça changeait. La semaine dernière, elle avait eu le droit à un chewing-gum dans le bas de ses cheveux, ou même du papier toilette dans son sac, trempé bien sûr. Comme si ça ne suffisait pas, le prof lui avait demandé d'aller au tableau pour expliquer sa vision de la guerre 39/45. Elle y était allée mais elle n'avait pas parlé pas assez fort, elle n'avait pas regardé la classe. Elle était rouge comme une tomate et avait eu les larmes aux yeux quand elle était retournée s'asseoir. Le prof semblait n'avoir rien remarqué, ou alors il avait fait exprès de ne rien voir... comme tous...

Bientôt, ce serait différent. Tout changerait. Un jour peut-être, ils comprendront qu'elle est déjà cassée et que plus rien ne l'atteignait, du moins pas à ce niveau de blessures. Et si elle savait ce qui l'attendait comme souffrances dans sa vie, elle se serait sûrement déjà pendue. Heureusement pour elle, de bonnes choses l'attendaient aussi... Seulement, pour l'instant... elle était là... sans savoir...

Le cours était monotone, Saki sentait ses paupières devenir si lourdes qu'elle se livrait une véritable lutte contre elle-même pour ne pas céder à ce sommeil si salvateur qui l'appelait. Elle devrait attendre l'intercours pour récupérer un peu de son énergie.

Sa gomme sauta de sa table pour aller se faufiler sous la chaise de sa voisine du devant. Elle passa sa langue sur sa lèvre supérieure, sèche et réprima une grimace avant de se lever discrètement et d'aller la récupérer sous l'oeil noir du prof d'histoire. La fille lui jeta un regard mauvais et argumenta son attitude avec une phrase piquante que Saki ne comprit pas vu son niveau avancé de pré-coma mais elle entendit la classe rire, une fois de plus. Elle haussa les épaules et retourna s'asseoir, elle n'était plus à ça près.
Si seulement, elle pouvait écouter sa musique...

L'intercours arriva enfin. Tant mieux... Quelques personnes quittèrent la classe pour aller aux toilettes ou ailleurs, peu lui importait, enfin elle allait pouvoir dormir. La classe avait beau être bruyante, rien ne pourrait l'empêcher de plonger dans ce profond sommeil qui lui faisait de l'oeil.
Elle croisa ses bras sur sa table et plongea sa tête, enfouie sous sa capuche. C'était pas super confortable et elle aura sûrement mal au cou quand elle se réveillera, mais peu importe, elle préférait la douleur, c'était moins dur à supporter...
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Ven 22 Mai - 20:10
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HnM
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S • Université - 3ième année
"Je te jure que si je t'attrape, tu vas morfler!"

Un rire très contagieux et appréciable se diffusa dans le salon alors que Yoite se penchait pour regarder sous la table immense qui trônait en plein milieu. Il était tôt, sûrement pas plus de 7h30 mais l'ambiance de la résidence Unden donnait des airs d'un bel après-midi d'été, fenêtres ouvertes et cris d'enfants à volonté. En caleçon puisqu'il n'avait pas eut le temps de s'habiller, le jeune rebelle était en chasse! Sa chère et tendre princesse était venue lui sauter sur le ventre aux aurores, prétextant qu'aujourd'hui, elle voulait jouer avec son grand-frère, l'embêter avant qu'il ne parte en cours et profiter de l'absence de ses parents pour faire du bruit. Au départ, Yoite n'avait pas voulu, trop endormi pour se mettre à satisfaire les caprices de mademoiselle mais quand elle avait sorti un feutre noire de la petite trousse de crayons qu'elle trainait partout et qu'elle lui en avait barbouillé le visage ... elle avait su qu'elle devait courir vite. Aussi, ça faisait maintenant plus de 15 minutes que Yoite cherchait sa petite sœur adorée pour lui foutre une raclée comme il savait si bien le faire. Les frissons lui parcouraient le corps dans cette pièce qui avait toujours été trop froide mais qu'importe! Il l'entendait, il allait la trouver!
Et ce ne fut qu'à 7h57 que Yoite débusqua un petit peton qui dépassait de derrière le rideau de la cuisine. Sans crier gare, il l'enroula dedans, la tenant fermement dans ses bras alors qu'il l'entendait crier de joie d'avoir été enfin trouvée. Quand il la laissa enfin sortir le bout de son nez, elle était toute décoiffée, les joues rouges d'avoir tant rigolé. Elle semblait heureuse et le câlin qu'ils échangèrent ne pouvait pas se décrire. Ils remontèrent vers l'étage quelques minutes après et dans une scène qui valait quelques photos, Sakura aida son cher héros à se débarbouiller de tout ça, frottant comme si c'était une tâche sur un tapis coûteux. Il la recoiffa avec 2 magnifiques petites queues sur le haut du crâne et déposa un bisou sur son front avant de lui ordonner de partout illico pour l'école. Elle allait sûrement arriver juste, il ne fallait pas abuser.
Regagnant sa chambre, le jeune homme s'habilla enfin, appréciant le chaleur diffusée par son col roulé. Se penchant en avant, il s'ébouriffa les cheveux avant d'aller toquer à la porte de la chambre de son oncle :


"Hey le vieux, t'as pas l'impression d'avoir oublié quelque chose?"

Un fracas se fit entendre, sûrement le vieux en question qui était tombé de son lit. Quand la porte s'ouvrit quelques secondes après, la vision qu'eut le jeune rebelle lui donna un rire sincère mais moqueur. Son pauvre oncle donnait corps et âme pour s'occuper d'eux, à ses dépens à priori. Sa barbe datait de plusieurs jours, et les petits tas de poussière qui s'échappèrent à l'ouverture de la porte ne laissait aucun doute. L'homme s'esclaffa qu'il n'avait pas vu l'heure, que le petit déjeuner n'était pas prêt et que Sakura allait être en retard à l'école. Quelques secondes de panique et Yoite en prit plein son grade lui aussi, se faisant sermonne qu'il aurait dû le réveiller plus tôt, voire faire son boulot à sa place, etc ... Cheveux bleus ne rétorqua rien, le laissant paniquer encore un peu dans son coin avant de le forcer à réaliser qu'il n'était plus l'heure de stresser. Sakura était encore une enfant mais elle n'était plus une gamine et elle savait quand se réveiller, quand se préparer et quand partir. Qui plus est, elle avait toujours eut le sommeil court et était toujours la première levée ...

Descendant dans la cuisine, Yoite avala un bol de céréales en regardant un dessin animé débile qui lui fit pousser un soupir. La flemme de mettre autre chose allait le rendre de mauvaise humeur mais ça ... ça le faisait bien rire. Laissant ses affaires tel quel puisque la femme de ménage était là pour ça, il laissa quand même un mot pour celle-ci avec ordre de passer dans la chambre de son oncle, quitte à la forcer!
Attrapant son sac, il partit vers l'université sans réel entrain. Un cours à 9h du matin alors que le suivant n'était qu'à 14h, ça ça avait le don de le mettre dans tous ses états. Il aurait pu sécher, il l'avait déjà fait, malheureusement le nombre de ses "séchages" possibles avait été atteint et l'obligation qui en sortait le forçait à faire des efforts. Marchant à son rythme, il franchit les grilles avec quelques minutes d'avance et trouva sa classe sans peine aucune. Ses potes étaient déjà là, excepté Tanabe qui avait le don de toujours arriver en retard ...

9h47. Fin du cours. Le prof avait une réunion extraordinaire, c'était encore pire que tout. Cependant, alors que tout portait à croire que le jeune rebelle n'allait pas bouger son arrière-train, au pire aller aux toilettes, celui-ci se leva prestement sous le rire complice de ses camarades. La discussion qu'ils avaient eut pendant le cours l'avait remonté à bloc et là ... il était temps d'agir. Il avait envie de sortir du droit chemin encore aujourd'hui, de faire une vacherie et pour ça ... direction le lycée!
Quand il y arriva, il fonça droit vers une classe bien précise, comme s'il savait déjà ce qu'il voulait faire. Le sourire aux lèvres, il tentait malgré tout de ne pas trop attirer l'attention. Les étudiants n'étaient pas forcément les bienvenus dans les couloirs du lycée. Il allait faire vite et non pas parce qu'il était pressé. Se stoppant devant la porte déjà ouverte de la classe, il passa la tête sans une once d'hésitation à l'intérieur et fouilla les tronches encore endormies des yeux. Quelques regards s'attardèrent sur lui mais rien de bien long (ni d'important d'ailleurs). Incapable cependant de tout faire tout seul, il se décida à sortir le grand jeu :


"Ôsen! ... Ôsen, viens par là deux minutes. J'aimerais te parler."

Le silence soudain qui suivit sa demande le conforta dans ce qu'il avait entendu. Il avait tellement envie de rire à cet instant que garder son sérieux devenait un vrai défi. Ashley avait sûrement bien fait les choses ce jour-là, innocente victime, parfaite cible. Fixant les mouvements des yeux, Yoite attendait que ladite fille se lève, sans trop ce qu'il allait trouver. Sa chère ennemi ne lui avait pas décrit sa proie, juste ce qu'il s'était passé. Ça allait être drôle d'en remettre une couche, non?

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Ven 22 Mai - 23:26
M • Université - 4ième année
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Quelle désagréable sensation. Elle s'était sentie se faire happer par le sommeil d'un seul coup, brutalement mais de façon si apaisante qu'elle aurait tout donné pour profiter encore de cet instant. Mais elle n'en eut pas l'occasion.

Une voix grave la sortit de sa torpeur. Étonnée, elle releva brusquement la tête, déjà agacée d'avoir été réveillée. Elle ne savait pas si ça faisait longtemps ou pas qu'elle avait fermé les yeux mais le prof n'était toujours pas revenu en tout cas.
Elle essuya le mince filet de bave qui en avait déjà profité pour s'échapper de ses lèvres, avec la manche droite de son pull et d'un air d'ours mal léché, elle regarda discrètement autour d'elle. Ses bras étaient toujours croisés sur la table et pour la plupart des gens, elle n'avait pas réellement bougé. Elle regardait en mode ninja, espérant ainsi voir sans être vue.

Elle le remarqua tout de suite. Il ne passait pas inaperçu pour ainsi dire. Volontairement sûrement vu la couleur des cheveux et son genre de fringues "breloques". Il semblait plus vieux que la plupart des gens d'ici.
Si elle n'avait pas rêvé, il l'avait appelé. Elle ? Pourquoi ? Déjà ils se connaissaient pas, en plus il la regardait même pas. Plus transparente, tu meurs. Ça sentait le sale plan à plein nez. Saki se mordit la lèvre à l'intérieur de la bouche et reposa sa tête tout doucement entre ses bras. Elle n'avait pas l'intention de répondre à cette suspicieuse "demande", et encore moins l'intention de lui adresser la parole, aujourd'hui, comme jamais. Elle voulait juste dormir. Toute la journée.

Elle espérait juste qu'il repartirait comme il était venu. Tout le monde serait sain et sauf.
Mais là encore... faut pas rêver.

- Bey Ôseeeeen ! T'as pas entendu ?! brailla un double imbécile de sa classe tout en lui explosant l'épaule de sa main lourde et oppressante. Il t'appelle ! Vas-y !

Il n'avait pas mit longtemps à bouger son gros cul de sa chaise au fond de la classe pour quitter son troupeau d'amis tous plus bêtes les uns que les autres, et venir lui adresser la parole directement pour la première fois depuis des mois. Là pour faire le con ou l'emmerdeur, il se gênait pas pour faire comme s'il la connaissait.
Les rires et les chuchotements allaient bon train. Saki aurait tout donner pour être ailleurs à ce moment là. Toute l'attention était sur elle et elle sentait déjà au travers de son pull qu'elle était rouge écarlate avant même de relever la tête. Elle voulait pas y aller. Elle voulait s'enfuir.
Elle marmonna des jurons et des insultes à l'égard du pauvre mec qui l'avait ciblée. Il ne les comprit sans doute pas. Même elle parfois, elle s'étonnait du jargon qu'elle pouvait prononcer de toute façon.

Elle releva les yeux, et les posa une nouvelle fois sur l'inconnu aux cheveux bleus, violets, arc en ciel, trop laid. Il souriait. Il la regardait.
Elle sentit son coeur battre tellement fort dans sa poitrine que c'était presque douloureux. Il lui souriait d'un sourire qui voulait dire "viens là que j'te massacre." Mais c'était qui lui ? Et pourquoi elle ? Son estomac se noua en deux et elle sentit ses jambes trembler. Elle n'était pas capable d'y aller. Mais se serait pire s'il entrait dans la classe. Elle inspira un grand coup et leva les yeux au ciel comme pour maudire une soi-disant divinité qui lui pourrissait bien la vie depuis des années.

Sa chaise fit un bruit monstrueux alors qu'elle la faisait crisser pour la reculer tout en gardant la tête sur ses bras. Son regard brumeux et assombri ne quittait pas l'arc-en-ciel démoniaque là-bas, elle était terrorisée.
Elle se redressa enfin. Le silence se fit.
L'oppression qui régnait à ce moment là dans la salle était insupportable. Elle regarda vite fait par l'une des fenêtres donnant sur le couloir pour espérer apercevoir le prof qui revenait mais il ne vint pas. Comme d'habitude.

Alors que ses pas, fébriles, la menait vers lui, Saki repensa à quel point elle avait attendu cet intercours, à quel point, elle s'était sentie soulagée de voir la classe se vider et à quel point maintenant, elle aurait préféré avoir une troisième absence injustifiée. Elle avait encore fait un mauvais choix.
Sa capuche toujours sur la tête et les mains dans les poches de son pull, Saki avançait tête baissée. Le rouge aux joues, elle s'approcha de lui. Il était pile poil dans l’entrebâillement de la porte, si bien qu'elle était obligée de rester dans la classe si elle voulait lui parler, à moins de le pousser, mais elle en était incapable sans mourir d'une crise cardiaque dans la seconde. La distance qui les séparait était interminable. Sûrement parce qu'elle n'arrivait pas à savoir si elle préférait que ça aille vite et qu'on en parle plus, ou plutôt que ça n'avance pas et qu'elle y échappe...

Lorsqu'elle fut près de lui, Saki osa enfin lever la tête, quelques secondes, comme pour mettre un visage sur cette voix et peut-être reconnaître celui qui lui faisait vivre ce détestable instant.
Il était grand, il paraissait super grand en fait. Très mince, arrogant. Son visage était froid, supérieur, mais parfaitement dessiné. Il était beau, sûr de lui. Adulte, déjà ?
Elle rebaissa les yeux, elle savait très bien qu'il n'était pas là pour une bonne chose. Ce genre de mec là, puait l'embrouille à des kilomètres.

Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle, bougonne et d'une voix faiblarde. Elle aurait plutôt voulu dire "Casses-toi" mais c'était inutile.

Le suspens était à son comble. Elle était morte d'inquiétude et vraiment curieuse de savoir comment il la connaissait mais sa préoccupation était toute autre. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir lui dire... à elle, et à toutes ces oreilles qui écoutaient, avec bien plus d'attention, hélas, que pendant le cours d'histoire/géo...

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NB : #8E8CAD
Spoiler:
 
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Ven 22 Mai - 23:36
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HnM
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L'appel avait été bieeen assez fort pour que toute la classe, sans exception aucune, l'entende. Aussi, quand il fit face à un silence volontaire de ladite Ôsen, il su qu'il avait déjà gagné cette manche. Elle ne souhaitait pas lui parler, pas le voir, pas même le regarder peut-être bien! C'était exactement ce qu'il avait voulu savoir en le disant si fort. Elle semblait encore bien traumatisée, pas du tout intégrée et prête à pleurer sûrement ... Et elle allait pleurer car les gens de sa classe ne semblaient guère être de son côté. D'ailleurs, Yoite n'avait pas pensé à ça en débarquant ici. Il avait pourtant pensé à pas mal de choses, à ce qu'il allait dire, faire et mimer mais pas à ce qu'il aurait fait si des amis de cette pauvre Ôsen lui avaient barré la route. Ouf!
Fixant de ses yeux colorés par les lentilles qu'il n'oubliait jamais, Yoite le vit enfin. Elle était au fond de la classe, seule et discrète. Enroulée dans un cocon sombre mais invisible comme si le monde entier lui avait tourné le dos. Ce débile qui venait de le frapper ne méritait pas non plus que Yoite lui fasse des sourires mais au moins maintenant, il savait qui elle était. Elle n'était pas très grande à priori et loin d'être grosse. Qu'est-ce qui avait bien pu pousser Ashley à la maltraiter dès le premier jour? Mauvais endroit au mauvais moment? A moins qu'elles ne soient d'anciennes camarades de classe qu'une vacherie (ou un mec) avait séparées? De toute façon, ça ne l'intéressait pas et surtout, ça n'allait en rien changer la raison de sa présence. L'excitation qu'il ressentait en pensant à son plan était si intense que sa conscience viendrait le travailler plus tard ...

Sans bouger, le sourire mesquin et les yeux fixes, Yoite la laissa se bouger doucement. Elle semblait avoir envie de sauter par la fenêtre tant la honte l'entourait mais malgré tout, elle avançait vers lui. D'un pas extrêmement lent et lourd mais elle venait. En effet, elle était petite, chétive, pâle mais pas moche. Mal entretenue surtout, délaissée. Sûrement était-elle un peu responsable de ce qui lui arrivait aujourd'hui. Une princesse comme Ashley n'allait jamais subir de brimades (ou les malheureux seraient pendus sur la place publique). Cette Ôsen ne semblait guère avoir compris les règles du jeu. Il fallait rentrer dans le rang mais savoir aussi comment en sortir sans que ce soit définitif. Ce n'était pas inné comme intuition? Yoite en avait bavé lui aussi, à sa façon, et c'était ce qui l'avait rendu plus fort (plus con?). Peut-être qu'il allait déclencher quelque chose de merveilleux chez cet ours mal léché!
Quand elle arriva enfin jusqu'à lui, il pu faire face à son visage quelques toutes petites secondes. Elle était maigre, ce n'était même plus mince. Son visage semblait pouvoir se briser rien qu'avec la caresse du vent. Elle manquait tellement de vie qu'il ne serait pas étonné de la voir sur le sol, au pied d'un immeuble, un jour ... N'appréciant pas plus que ça la douceur assurée de son visage, Yoite la laissa rebaisser la tête et prononcer la fameuse question. Il était temps de jouer. Il ne devait pas prendre de gants, c'était la raison pour laquelle il était là, mais il devait malgré tout bien gérer son truc. Les autres personnes, il ne les connaissait pas mais il pouvait déjà parier qu'ils attendaient tous une chute phénoménale pour en rire au moins toute la journée.


"Hey, prends pas cet air là, je suis pas là en ennemi ..."

Sa voix s'était faite beaucoup plus douce, le côté taquin avait entièrement disparu et la supériorité qu'il affichait tout à l'heure était bien dissimulée derrière son dos. Mais allait-elle seulement le croire? Sûrement que non, elle ne devait plus faire confiance à personne depuis des années lumière mais qu'importe. Yoite commençait tout juste à s'amuser, à entrer pas à pas dans ce rôle qu'ils avaient tous confectionné pendant le cours. C'était immonde, il le savait mais c'était l'école, point.

Baissant les bras qu'il avait laissé sur le chambranle de la porte, Yoite vint serrer ses mains l'une contre l'autre, les frottant pour donner un sens plus vrai à son cirque. Il savait qu'il n'avait pas beaucoup de temps et qu'un professeur ne le laisserait pas revenir 2 fois. C'était maintenant ou jamais, en sachant qu'en temps normal, il détestait ce genre de situations. Toussotant un peu, il esquissa un sourire professionnellement gêné et détourna les yeux en reprenant la parole :


"En fait, si je suis là ... c'est pour toi, je ... euh ... comment dire ... tu me plais, Ôsen."

Ça y est, il l'avait dit. Mon dieu qu'il avait envie de quitter cette peau d'acteur qu'il avait enfilé et dire la vérité sans gant! C'était impossible qu'il lui dise ça sérieusement un jour, elle n'avait rien d'attirant, pas de forme, rien de sexy, pas de caractère ... elle était morte. Et puis, surtout ELLE. Qu'est-ce qu'un gay ferait d'une fille qui va mourir dans la dizaine de jours qui vient? Fallait vraiment plus savoir quoi faire de sa vie pour en arriver là!
En attendant, le silence qui avait envahi la salle de classe après sa confession ne laissait plus aucun doute. L'effet était garanti, au point que même ces idiots commençaient à avoir des doutes. Soyez réalistes, ils n'allaient pas ensemble tous les deux! Mais puisque c'était le meilleur moment pour vraiment insinuer des bêtises dans le cerveau de ces lycéens encore frais et dispo du matin, il décida d'en remettre une couche en espérant ne pas trop en faire. Il voulait la voir rougir, la voir gênée même si elle n'y croyait pas. Ça restait une confession après tout et Yoite savait qu'il était loin d'être le plus moche de tous les Japonais.


"C'est un peu soudain ... je sais bien ... mais ça fait plusieurs jours que j'hésite à venir te voir ... Tu ... tu comprends?"

En son for intérieur, il se sentait un piètre acteur. Un Yoite amoureux, ça n'était encore jamais arrivé alors jouer ce rôle était assez dur pour lui mais il repensait à ces nombreux bonhommes qu'il avait gentiment traqué jusqu'à les avoir dans son lit. C'était pareil, en plus soft. Il n'avait pas l'intention de la violer sur une table, il voulait juste la ridiculiser et ça arrivait à grands pas. Bizarrement, malgré tout, l'excitation semblait maintenant se mêler au stress de la réponse de Saki. En vrai, ça devait être une vraie torture que de se confesser ...

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Ven 22 Mai - 23:39
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Qu... quoi !?

Le coeur de Saki avait raté un battement. Et même sûrement plus d'un d'ailleurs. Sur le coup, elle avait failli tomber à la renverse quand il avait osé dire qu'elle lui plaisait. Depuis quand était-elle devenue la cible d'aussi mauvaises blagues ? Elle avait gardé les mains dans les poches de son pull et la tête baissée. Pour la plupart des gens, elle n'avait eut aucune réaction et pourtant son corps avait failli. Elle tremblait de bas en haut, consciente qu'elle mettait toute la force qui lui restait dans ses genoux pour qu'ils la garde debout, tentant vainement de s'éviter l'humiliation de tomber aux pieds de cet horrible garçon qui était si blessant.
Elle était complètement perdue. Sa température faisait des yoyos et elle n'avait même plus assez d'énergie pour rougir. Elle devait au contraire être encore plus blanche que d'habitude... un cadavre.

Ses doigts étaient gelés, son sang était parti réapprovisionner son coeur qui avait failli partir en vrille. Elle n'osait pas relever la tête. Depuis combien de temps avait-il lancé sa bombe ? Elle n'en avait aucune idée. Le silence s'était installé dans sa tête et autour d'elle également. Elle était comme pétrifiée de stupeur et de terreur. Elle en avait subit des brimades... mais seulement physiques. Celle-ci était différente... terrorisante... Yoite l'empoisonnait avec de belles paroles.
Jamais Saki n'y aurait cru de toute façon, évidemment, mais ça ne comptait pas ici. Tout ce qui avait de l'importance, c'était ce que lui décidait. Il était venu dans le seul but de l'humilier, de la rendre plus misérable qu'elle n'était déjà. Pourquoi ? Aucune idée... Saki ne l'avait même jamais vu... sa réputation l'avait précédée... à son grand malheur. Elle ne fit pas le rapport avec Ashley, même si elle savait que cette garce était tout à fait capable de faire autant de mal, elle ne pensait pas avoir été si ... profondément détestée.

Son coeur continuait de battre à un rythme endiablé, elle n'arrivait pas à se calmer, parce qu'elle savait qu'elle devait répondre quelque chose ou agir. La classe ne se contenterait pas d'un petit retour vers son siège, même si le démon partait, elle était bonne pour passer une journée pourrie. Ça devait déjà faire le tour de l'école...
Ses yeux faisaient des allers-retours sur le sol de la classe, elle ne savait pas du tout quoi faire. Elle aurait tout donné pour être ailleurs, tout tout tout...

Totalement consciente qu'elle devait se sortir de ce mauvais pas mais qu'elle ne le ferait pas tête haute ni victorieuse, elle prit le si peu de courage qu'elle avait et elle releva la tête vers lui. Il la regardait avec des yeux anxieux, dubitatifs, comme s'il avait sincèrement pensé ce qu'il lui avait dit et qu'il attendait sa réponse avec impatience. Elle resta stupéfaite devant un tel jeu d'acteur. Il était... horrible.
Elle ne put empêcher son propre regard de s'embuer devant la difficulté de la tâche qu'elle devait s'auto-infliger pour se sortir de là. Elle en sera changée à tout jamais. Et comme si son propre corps n'était pas de son côté, le sang revint affluer vers ses joues comme pour rendre la situation encore plus ridicule. Et c'est ainsi que rouge et larmoyante, elle répondit, d'une voix fluette et faiblarde :

... non...

Elle savait déjà que sa réponse n'était pas celle qu'il fallait dire. En disant "non", elle informait sa classe qu'elle croyait en sa déclaration mais qu'elle la refusait. Elle allait se faire charrier toute l'année. Elle n'y croyait pas, pas une seconde mais faire une phrase plus longue que "non" était au-dessus de ses forces. Et elle répondait surtout à sa dernière question en l'occurrence.
Elle avait envie de fondre en larmes. Son corps était à deux doigts de lâcher lui-aussi. Ses genoux tremblaient si fort qu'elle avait mal aux cuisses et aux pieds. S'évanouir aurait presque été une solution de secours mais ça ne venait pas...

Je te hais, je vous hais tous... je hais cette école... j'en peux plus...

Les larmes coulèrent sur ses joues alors qu'elle rebaissait la tête pour les masquer. Elle ne tenait plus... Son pied droit recula de quelques centimètres, elle flancha légèrement mais se rattrapa maladroitement à une table déclenchant une nouvelle fois, un bruit beaucoup trop excessif pour la force qu'elle avait employé. L'autre pied recula, encore puis encore... Elle s'éloignait de lui, tout en restant en face de lui, elle ne voulait pas se retourner, elle n'était pas prête.

Elle aurait voulu s'enfuir mais il lui barrait le passage.

Elle aurait voulu lui dire qu'il était vraiment idiot d'avoir osé faire ça et d'avoir surtout pensé qu'elle y croirait.

Elle aurait voulu le pousser, hurler, et tout casser.

Je me vengerais... je t'empoisonnerais moi aussi... je te tuerais...

Son esprit se renfermait encore plus pour lui donner une maigre issue de secours. Elle ne pouvait agir que dans son subconscient et quelques secondes plus tard, l'inconnu aux cheveux décolorés était déjà mort une dizaines de fois.
Son accoutrement d'aujourd'hui et cette attitude d'asociale avait été la seule solution qu'elle avait trouvé pour éviter le contact avec les autres personnes mais là encore, elle déclenchait des aversions. Etait-elle née pour être en constant conflit avec ses semblables ? Pourquoi les sales cons et les salopes ne s'en prenaient toujours qu'à elle ? Pourquoi ne pouvait-elle pas inverser les rôles ?...
Tant de questions qui restaient sans réponses...

Elle toucha sa table du doigt... tremblant comme une feuille d'automne sur un trottoir gelé. Le col de son pull était trempé d'eau salée et elle fut légèrement soulagée de sentir son pied atteindre celui de sa chaise. Elle s'assit machinalement sans avoir à affronter le regard cribleur de ces imbéciles maladivement curieux et reposa la tête dans ses bras. Elle aurait peut-être mieux fait de ne pas y aller tout à l'heure... mais le mal était fait.
Il ne restait plus désormais à Saki que d'espérer qu'il finisse son jeu d'acteur en mimant une scène d'homme attristé par le rejet et qu'il s'en aille tête haute. C'était là le plus beau rôle de sa vie.
Le dictateur d'un pays qui lâche une bombe sur un champ d'innocents et qui s'en va l'air de rien, volontairement inconscient du mal qu'il à provoqué... Dans le coeur de Saki,  il ne restait plus, à cet instant, qu'un champ de friches et de petits éclats d'obus qui se faufilent dans son sang pour polluer son corps entier...

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Ven 22 Mai - 23:47
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La bombe, car oui le mot avait été finalement très bien choisi, était lancée depuis maintenant quelques secondes et après le gros silence sûrement inattendu des autres élèves, quelques murmures commençaient à se faire entendre. Les rumeurs iraient sûrement bon train toute la journée désormais, les commentaires personnels poussant déjà la porte des lèvres des plus curieux. Ça raisonnait dans sa tête, non pas comme le tambourinage d'un marteau-piqueur mais bien comme une mélodie, une douce mélodie de victoire avant même d'avoir fini de jouer. Ôsen n'avait pas eut de chance d'être dans sa classe à cet instant car Yoite aurait très bien pu faire son cinéma à l'extérieur. Il se fichait des autres, lui il voulait juste régler des comptes (égoïstes) avec ELLE, et seulement elle. C'était ça d'être un mec plutôt rebelle et fier de lui-même, il se croyait plus fort que tout, plus fort qu'une fille déjà maltraitée à peine arrivée. Mais oui, il était plus fort qu'elle et ce, même sans tout ça. C'était même lâche comme humiliation mais Yoite s'en fichait. Sa réputation ici n'était pas à faire même s'il venait d'arriver. Nan, il allait la faire de lui-même en annonçant fièrement qu'il était gay, se fichant des autres. Il avait toujours été ainsi et n'avait plus l'intention de changer. Il s'aimait, que voulez-vous ...
Le visage toujours attentif aux moindres mouvements de sa victime, il sentit comme une pointe d'hésitation dans ses gestes. Sûrement devait-elle avoir envie de fuir le plus loin possible d'ici mais il lui barrait le passage sans même que ce soit volontaire. Quant à ses camarades de classe ... Yoite comptait sur eux pour bien achever le travail une fois qu'il serait reparti. C'était ça de ne pas avoir d'amis, on avait par contre forcément des ennemis ... Et quand il leva la tête, il su qu'il faisait désormais partie de cette catégorie. Elle avait les larmes aux yeux, c'était même plus qu'une victoire. Ôsen était faible et désemparée. En temps normal, le jeune homme serait passé à côté d'une telle souffrance sans la regarder. Il n'aimait pas protéger les autres mais il n'aimait pas non plus s'attaquer à des gens qui étaient déjà dans un gouffre. Perso la Ôsen là, il la connaissait pas et c'était trop tard maintenant mais s'il avait su qu'une telle confession - qui aurait pu la flatter au fond - la traumatiserait ainsi,il aurait peut-être - peut-être!- choisi une autre méthode.
La laissant rougir comme si ça complétait avec perfection le rôle qu'elle devait à son tour prendre pour entrer dans le jeu, il esquissa un infime sourire à sa réponse. "Non", évidemment. Il n'était pas surprit de cette réponse mais plutôt ravi de voir qu'elle lui avait quand même répondu. Certes, le jeu aurait été sublime s'il elle lui avait dit "ouiiii" mais fallait pas trop espérer non plus !
Dans un mouvement qui semblait être au ralenti tant il était lent, Yoite la vit doucement reculer. Ce qu'il avait pensé juste avant se confirmait, elle n'avait plus envie de rien à priori. Sa faiblesse transpirait par tous les pores de sa peau, les mots ne sortaient guère de sa bouche et même si elle avait voulu le frapper, sûrement aurait-ce eut l'effet d'une caresse de papillon. Aucun moyen de défense, elle était à la merci de tous ici. Seule, faible et dangereusement sur le pente descendante. C'est à cet instant seulement que Yoite pensa qu'il jouait peut-être avec le feu. Et si elle se suicidait juste après son passage? Il se sentirait coupable, c'était certain. La vérité éclaterait sûrement au grand jour comme quoi tout ça n'était que mascarade pour faire passer le temps mais qui serait le vrai responsable au fond? Lui car il aurait précipité sa chute ou la personne qui avait commencé en premier et dont on ignorait tous le nom ici?
Baissant les yeux un instant, pris de remords de voir sa vie soudainement changée pour un acte qui n'en valait pas la peine, une voix masculine et assurée le fit revenir à lui. Au loin, au détour d'un couloir, il vit ce qui semblait être un professeur. Ça pouvait ne pas être le leur mais il y avait fort à parier que c'était pourtant le cas. Il n'avait plus que quelques minutes devant lui pour bien achever son travail. Le jeune homme avait déjà oublié ses remords, l'excitation d'être pris sur le fait par un adulte venait tout juste de relancer la course! Et il avança.

Juste devant devant sa table. C'était là que Yoite se tenait, les regards autour de lui l'avaient suivi tout le long de son avancée. Il savait qu'il était en terre hostile près de Ôsen mais ses camarades de jeu qui avaient maintenant tous vu son vrai sourire au moment de son entrée ne doutaient plus. Ils avaient tous compris la raison de sa présence et certains regardaient même la scène avec l'expression "siroter un cocktail" sur le visage. Ils n'en n'avaient rien à foutre d'elle, c'était une cible de choix.
Se penchant en avant, bougeant son bras jusqu'à pouvoir poser sa main dans le dos d'Ôsen - geste qu'il considéra comme fatal ici - il lui murmura doucement et rien qu'à elle :


"S'il te plaît, prends le temps de réfléchir Ôsen, ce sera pas tous les jours qu'un beau gosse te dira "je t'aime" ... Tu as entendu ... je t'aime ... Ôsen, je t'aime."

Ces mots qu'il répétait avec une neutralité exemplaire n'avaient aucun sens pour lui. Il ne les avait jamais dit sérieusement mais les prononçait assez souvent. C'était sa façon à lui d'être plus fort que tout ça. Non vraiment, il n'aimait personne de cette façon, pas encore. Ça viendrait peut-être, sûrement mais pourquoi s'attacher la corde au cou maintenant? Il avait encore tellement de temps. En attendant, la tournure de sa phrase dévoilait légèrement ses vraies penses mais qu'à cela ne tienne, ce n'était plus vraiment un secret. Les autres cherchaient à savoir ce qu'il avait bien pu lui dire et ça le faisait marrer.
A l'entendre, le prof était encore assez loin, discutant avec un autre collègue. L'un des deux était forcément le bon. Le jeune homme devait préparer sa sortie, c'était inutile de jouer avec le feu, il ne souhaitait pas avoir des ennuis qui pourraient remonter jusqu'à son oncle. Il ne faisait rien de mal ... si?

Poussant encore plus loin, en sachant très bien qu'il augmentait ainsi ses risques, il glissa son autre main entre les bras et le visage de Saki, posant ainsi ses doigts sur une joue franchement humide et d'un geste presque paternel, il lui releva délicatement le visage. Elle faisait réellement peine à voir, le pauvre prof allait rien comprendre. En attendant, c'était l'heure de la retraite, le prochain cours allait commencer et lui, il avait des choses à raconter à ses chers amis. Le jeu était fini :


"Ne pleure pas autant ... on dirait une fille. C'est ton côté masculin que j'aime chez toi Ôsen, sois fier d'être un mec." ajouta-t-il en priant pour que quelqu'un vienne parfaire sa remarque. Évidemment, ça ne manqua pas.
- Aahahah mais c'est une fille! Oué, on dirait pas mais je t'assure ... c'est une fille!

Quand Yoite tourna la tête pour regarder ce mec un peu plus courageux que les autres, il lui adressa un sourire si grossier et révélateur que tout le monde eut envie de se cacher la bouche avec ses mains. Ils venaient de prendre conscience que tout n'était que mascarade depuis le début, tout son plan était dévoilé, les filles avaient de grands yeux ronds, les mecs poussaient même un rire nerveux. C'était l'heure et il termina en retirant vite sa main du visage de Saki :

"Une fille?! ... Nan mais sérieux Ôsen, on n'a pas idée de s'habiller comme ça quand on est une fille! T'as pas honte?! De quoi j'ai l'air moi maintenant?! Raah tu me dégoûtes ... Tu sais quoi, j'attends tes excuses ... maintenant."

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Ven 22 Mai - 23:53
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Comment tu réagirais, toi dans cette situation ?

On s'est tous déjà posé la question pour un contexte quelconque. Et franchement, ça paraît toujours plus facile de dire qu'on ferait ci ou ça, on sortirait la réplique parfaite, celle qui empoisonne et achève sans possibilité de retour, celle qui amène en retour ovation et respect au point de ne plus jamais remettre en doute la capacité à relever un défi. Mais en réalité, rien ne se passe jamais comme prévu. Le corps semble désorienté, perdu, déstabilisé... à tel point qu'au lieu d'une remarque cinglante, ce sont des bégaiements, des balbuties qui sortent et finalement, le ridicule est bien plus présent que l'ovation. Tout le monde est passé par là, tout le monde a déjà ressassé une situation dans sa tête jusqu'à trouver ce qu'il aurait fallu dire ou faire, mais on ne change pas le passé. Et on est à peine remis de la précédente mise sous tension qu'une nouvelle arrive alors qu'on est toujours pas préparés.

C'était ce qui arrivait à Saki. Elle venait à peine de se remettre de l'humiliation publique dans le hall de l'Académie par Ashley, qu'une autre venait jeter de l'huile sur le feu. Elle avait eut du répondant, elle avait essayé de tenir bon mais les larmes étaient venues, son corps avait lâché prise et l'hautaine bourgeoise avait gagné, assouvissant ainsi encore plus sa supériorité déjà trop grande.

A peine requinquée par Valentine et son thé à la pomme, Saki avait reprit le dessus, elle avait décidé de se donner une autre chance de vaincre. La prochaine fois serait la bonne... mais en toute honnêteté, elle était tombée sur bien pire que la Reine A, bien plus fort qu'avant. Là, il n'y avait qu'une seule issue : la défaite.

Elle entendit les pas de son bourreau fouler le sol de la classe. La tête dans les bras, elle respirait de façon saccadée, ne sachant plus où donner de la tête pour espérer trouver "un coin de ciel bleu". Elle avait besoin de respirer, besoin de faire le point et surtout besoin de partir, d'en finir avec tout ça, elle ne supportait plus autant d'injustice, autant de pression, surtout sans raison.

Je t'aime...
Elle eut un hoquet et son corps entier cessa de bouger pendant un instant.
Les mots furent aussi douloureux que des poignards dans son dos. Jamais elle ne les avait entendu, et dans cette situation là, c'était tout simplement horrible. Les larmes coulaient, son cou était trempé, tout comme le haut de son pull et personne ne l'aidait. Pas un seul de ses camarades n'avait eu la décence de faire arrêter tout ça, ou même d'essayer d'intervenir, pas une seule fille n'avait éprouvé de pitié pour elle au point de lui demander de partir. Personne.
Certes, Saki n'avait jamais été une fille agréable, mais à ce point là ?
Comment aurait réagi Ethan s'il avait été là ? L'aurait-il aidé, ou aurait-il regardé la scène passivement lui aussi ? Pourquoi est-ce qu'elle pensait à lui, elle n'en avait aucune idée... Il fallait bien se raccrocher à quelque chose...

Son corps cessa de trembler, comme s'il en avait marre, comme s'il avait atteint ses limites. Les larmes s'espaçaient, créant de pâles tracés sur ses joues. Son chagrin se transformait en rage. Une rage contenue, une rage dissimulée, qu'elle ne se connaissait même pas. L'intérieur de son ventre commença à bouillonner, au point qu'elle en esquissa une grimace de douleur. Personne n'en sut rien évidemment.

Elle tressaillit sincèrement quand elle sentit une main se glisser vers sa joue pour lui relever le visage. Elle avait les yeux qui sortaient des orbites de surprise devant tant d'aplomb et de cran de la part de Yoite. Même entre les gens qui s'apprécient, le contact charnel était difficile alors entre deux personnes qui ne s'aiment pas, c'était une véritable guerre ouverte, une provocation pure et simple.

Ce qu'il dit à ce moment, Saki l'entendit mais ni son corps, ni son visage ne purent réagir. Une sorte de carapace s'était formée autour de son cœur et bien qu'elle semblait tenir encore debout, elle n'avait plus la force -physique ou mentale- d'encaisser. Elle ressemblait bien plus à une coquille vide actuellement qu'à autre chose. Elle était blasée, achevée, K.O.
Un dialogue de sourds s'installa entre Yoite et le reste de la classe. Il semblerait qu'il avait atteint son but. Il avait lancé son ultime bombe dans la pièce et l'effet était sans appel. Il avait prit Saki pour un mec.

Un son s'étrangla dans sa gorge quand il lui demanda des excuses. Elle s'habillait mal et avait des cheveux en bataille, mais jamais elle n'avait ressemblé à un garçon. Jamais elle ne s'était comportée comme une brute, ou comme un macho, ou même comme un mec bien, jamais elle n'avait pensé semer le doute sur son sexe.
Ses pupilles tremblèrent comme si elle dormait les yeux ouverts. En réalité, elle ne savait même plus où regarder, rien ne lui permettait de se raccrocher à la réalité.
Elle devait se sortir de là, elle devait cesser ce petit jeu, Yoite avait bien rigoler, la classe aussi, mais c'était fini maintenant, Saki devait stopper ce petit jeu malsain.

Elle utilisa inconsciemment cette rage contenue dans son bas-ventre pour puiser un peu de courage et trouver la force suffisante pour se relever de sa table, serrant les poings et les dents à se faire grincer la mâchoire. Au moment pile où elle allait articuler des insultes qui aurait pu faire rougir le plus violent des machos ici présent, le professeur revint dans la classe, faisant taire au passage cette petite boule de rage qui s'insinuait en elle.

- Qu'est-ce que vous faites là, vous ? Le cours va reprendre, veuillez sortir s'il vous plait ! Osen, assis-toi correctement, et vous autres, à vos places !

Là encore, elle se prenait une remarque.
La foule se dissipa légèrement pour reprendre leur place. La vie reprenait son cours, ou plutôt le cours reprenait vie. Yoite n'était pas encore parti, il avait ce petit sourire sur le visage, narquois, insensible et vainqueur.

Elle fronça les sourcils et lui lança un regard aussi noir que possible. Elle ne tint pas compte du professeur ni de son insistante fixette sur elle, et plongea ses yeux dans ceux de Yoite.
Elle ne prononça pas un mot, parce qu'elle en était absolument incapable mais beaucoup d'émotions passèrent dans la prunelle de ses yeux. A lui de les déchiffrer.
Elle fit un pas de côté, puis un autre, bousculant légèrement le nain aux cheveux bleus qui sembla rire d'être ainsi ébranlé mais elle n'en sera jamais sûre. Elle laissa ses affaires telles quelles sur le bureau, peu importe si elles étaient volées ou cassées, elle n'en avait plus rien à faire.

- Osen mais qu'est-ce qui vous prend ? Asseyez-vous ! Osen !

Elle passa entre les autres tables sans accorder désormais d'attention à autre chose qu'à la porte de sortie qu'elle ouvrit à la volée. Le professeur l'avait refermée en rentrant. Elle coulissa contre le mur dans un bruit chaotique et avec un visage déformée par une rage et une impuissance constante, Saki sentit enfin une vague de soulagement gonfler sa poitrine et redonner du punch à ses jambes. Elle partait, elle quittait cet enfer, elle s'enfuyait de ce loup aux féroces canines. Ses pas s'accélérèrent, jusqu'à courir, encore et encore, tout droit, toujours plus loin, plus haut, plus bas, passant porte après porte, escalier après escalier, elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle allait, elle s'enfuyait seulement, espérant creuser ainsi une distance définitive entre elle et son mystérieux bourreau...

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Ven 22 Mai - 23:57
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Yoite allait loin, il en était conscient mais il s'amusait aussi beaucoup. Certes, cette Saki ne lui avait rien fait mais disons qu'elle n'avait juste pas de bol. Au fond, s'il avait découvert que depuis Ashley elle s'était fait des amis qui risquaient de la protéger contre lui, il n'aurait pas prit autant de risque mais renfermée comme elle l'était, elle ne donnait absolument pas envie qu'on l'aide. Un cas désespéré? Peut-être pas, c'était à voir avec le temps mais à l'heure actuelle, elle était faible et Yoite adorait sa position de supériorité.
Entrer dans une classe qui n'est pas la vôtre - en sachant qu'on ne vient pas pour une bonne raison - puis aller jusqu'à la personne qui vous fuit le plus au monde pour enfin la toucher alors qu'elle est à la limite du vomissement tellement elle est en colère, Yoite ne connaissait pas ça. Il savait qu'il le faisait découvrir ( ou redécouvrir?) à Saki mais lui, il ne savait pas ce que c'était. Et il s'en fichait. Qui serait assez fou pour lui faire subir ça en sachant qu'il ne se laisserait pas faire de la sorte, qu'il préférerait foncer dans le tas quitte à perdre la partie? Il n'était pas faible dans ce sens, il était juste pas assez fort mais moralement, bien qu'un peu lâche sur les bords, il répondait toujours présent. On n'humilie pas un Unden sans que vengeance s'en suive un jour, même 10 ans plus tard. Pour ça, sa mère l'avait bien éduqué.

Alors qu'il savourait doucement sa victoire, proche du départ pour retrouver ses potes et leur raconter ses déboires, Yoite fut surprit de déceler un mouvement chez sa victime. Aussi, quand il tourna les yeux vers elle, son visage n'affichait rien d'autre qu'une prise de cet acte comme une menace. Qu'essayait-elle de faire au juste? Reprendre le dessus? N'avait-elle pas encore compris que c'était trop tard, là? Yoite détestait perdre mais il adorait voir les autres en pleine détresse, tenter un dernier sursaut de force. C'était vain et plus qu'humiliant même si ça avait pour effet de déclencher toujours - ou presque - un silence attentif.
Se redressant à son tour, se tenant ainsi bien droit face à elle même s'il n'était pas très grand, Yoite la fixait du regard. Sur le coup, elle semblait forte mais jusqu'à quand? Tout le monde la regardait, attendant patiemment qu'elle dise quelque chose qui rallierait peut-être quelques péquenauds à sa cause. Malheureusement, elle n'en n'eut pas le temps. Le prof gâcha son courage en entrant comme s'il était chez lui, la remettant aussitôt  à sa place et remarquant de même qu'un intrus s'était glissé dans les rangs.
Affichant son plus beau sourire, Yoite répondit juste
"J'étais sur le point de partir". Après tout, il ne voulait pas d'ennuis qu'il savait perdus d'avance. Glissant une main dans sa poche, le jeune rebelle commença à avancer mais il fut bousculé par une petite tornade en puissance. Ôsen. Elle fuyait, la queue entre les jambes. Évidemment, il ricana. Haussant les épaules, il se tourna vers la classe pour balancer un ultime "Ça doit vouloir dire non" qui eut pour effet de déclencher un nouveau rire avant que le prof ne vienne le chercher par le T-shirt. Ça, il adorait aussi. Les adultes qui les prenaient toujours pour des enfants. Se laissant trainer, il fut mis à la porte sans plus de cérémonie et remit correctement son haut avant de repartir "tranquilou" vers ses amis.

[Devant le lycée, fin de la journée]

Levant un pied vers l'arrière au niveau du genou, Yoite le posa contre le mur alors qu'il poussait un soupir. Il détestait attendre quand l'heure prévue était dépassée. Il n'était pas un homme de patience, il était actif et généralement débordé. Refuser une invitation à sortir pour tenir la promesse qu'il avait faite à son pote encore lycéen, ça ça le rendait fou! Et qu'il soit en plus en retard ... imaginez!
Plusieurs élèves étaient déjà partis, marchant à un rythme qu'il n'avait jamais aimé. Les uniformes n'étaient pas moches mais tout le monde pareil, c'était si dégradant. Avec ses cheveux, le lycée n'avait pas été simple pour lui et voir des tignasses noires sur presque toutes les têtes l'agaçait légèrement. Au moins, à l'université, il faisait ce qu'il voulait. Certains l'avaient jugé, d'autres le jugeaient encore mais il devenait de plus en plus adulte et ce genre de petites moqueries ne l'atteignaient guère plus. Il se savait beau, désirable et entouré. Il avait les moyens de se défendre, lui.
En pensant à ça, il se remémora sa matinée et ricana tout seul dans son coin. Ses potes n'avaient ps particulièrement apprécié ce qu'il avait fait, encore moins le fait qu'il ait été aussi loin mais qu'à cela ne tienne. Lui, ça l'avait mis de bonne humeur pour la journée! Seulement voilà ... il est toujours plus facile d'être de mauvaise humeur et son pote ne se montrait pas dans les 10 minutes qui suivaient, le nain bleu ne lui ferait pas davantage honneur de sa présence et risquait de lui envoyer une soufflante au prochain meeting!

Mais quelle ne fut pas sa surprise de reconnaître parmi tous les asiats regroupés au même endroit sa chère Saki qui montrait enfin le bout de son nez! Incroyable, elle était encore là, à avancer comme si elle avait retrouvé un semblant de force. La faiblesse de tout à l'heure semblait l'avoir quitté mais à bien la regarder, ses épaules la trahissaient. Elles étaient toutes recourbées vers l'intérieur, signe d'une dépression proche et puis ses mouvement de tête! La pauvre semblait envahie par le sentiment d'être poursuivie ou montrée du doigt par quiconque passait pas trop loin d'elle. Craignait-elle que les actes de Yoite aient déjà fait le tour de l'école? Il était sûr de son coup, mais tout de même ...
Enlevant sa jambe du mur, il se mit face à la sortie. Elle n'allait pas pouvoir rester indéfiniment dans ce lycée et lui, il avait finalement tout son temps. Ce qu'il allait faire? Allons, il n'y avait pas encore réfléchi mais y avait toujours moyen de trouver, non? De toute façon, rien que le fait de se tenir droit devant la sortie allait suffire à la déstabiliser. Le reste suivrait ...

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Sam 23 Mai - 0:10
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Les heures qui avaient suivies la confrontation avaient été horribles pour Saki. Elle s'était d'abord réfugiée aux toilettes des filles du deuxième étage, claquant la porte derrière sans la verrouiller et elle avait aussitôt vomit dans la cuvette. Elle était restée là, prostrée, pendant sûrement plus d'une heure, assise parterre, les cheveux dans les yeux et les mains tremblantes. Cette situation lui rappelait inexorablement ce qu'elle avait vécu en primaire. Ces brimades qui l'avaient marquée assez profondément pour changer son existence et pourtant aujourd'hui encore, elle se retrouvait là, à se cacher des autres et à maudire sa propre vie. Quelle attitude fallait-il adopter alors pour correspondre à la normalité sans pour autant se faire détester ou aduler ? Saki n'en avait aucune idée.

Laissant couler des larmes de douleur le long de ses joues, après avoir vomi, elle releva la tête et resta assise les yeux dans le vague pendant plusieurs minutes. Elle n'avait plus envie de bouger, de toute façon, elle n'allait pas retourner en cours, elle ne voyait pas l'intérêt. Elle détestait cette classe plus que tout au monde. Elle joignit ses deux mains comme pour cesser de les faire trembler et après quelques instants, elle se releva comme elle pu, malgré la gravité qui l'attirait tellement sur ce sol crasseux des toilettes. Elle sortit doucement, blafarde et avec un brouillard devant les yeux. La porte grinça comme pour refléter la noirceur de ses idées. Il n'y avait personne dans les toilettes, logique, elle aurait dû être en cours aussi.

Elle était persuadée que le prof ne s'était pas formalisé de son escapade, il avait même sûrement reprit son cours alors qu'il aurait dû lui courir après, la rattraper, lui parler, tenter de comprendre, mais non, il n'était pas là pour ça, c'était pas son rôle. Et c'était le rôle de qui, alors ? Valentine ? Il ne comprendrait jamais qu'on puisse se laisser autant marcher sur les pieds sans rien dire, il n'avait pas vécu sa vie comme elle l'avait vécue, et en fait, personne ne pouvait comprendre à part elle-même.

Elle s'approcha du lavabo et posa aussi ses mains dessus, comme pour se soutenir. Elle redressa la tête et plongea son regard dans ses propres yeux au travers du miroir. L'image qu'il lui renvoyait la heurta. Elle avait une mine affreuse. Ses yeux étaient gonflés et rougis d'avoir trop pleuré et ses cheveux semblaient avoir été ébouriffés volontairement.
Elle soupira et détourna le regard ; elle avait même la flemme de s'arranger. De toute façon, elle comptait rester ici un bon moment.

Elle se dirigea vers la fenêtre des toilettes, assez grande pour qu'on puisse passer au travers. Elle l'ouvrit et son regard accrocha quelque chose, des formes qui se mouvaient au loin. Sûrement d'autres adolescents, qui faisaient du sport, elle les enviaient d'être dehors, on pouvait respirer plus facilement. Elle les entendait chahuter d'ici. Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration, elle avait besoin d'espace.
Elle se retourna et partit des toilettes sans refermer ni fenêtre, ni porte, c'était pas son problème d'entretenir la propreté d'une Académie qui ne voulait pas d'elle.

Passant dans le couloir vide de toutes âmes, Saki longeait les classes, sans se soucier d'être aperçue par un membre du Personnel. Elle entendait les profs réciter leur cours, elle se sentait mieux dehors que dedans. Les classes l’oppressaient, elle aurait voulu apprendre en plein air.
Ses pieds traînaient, raclant le sol dans un bruit agaçant, elle avait pas spécialement la force ni l'envie de faire mieux. Elle descendit au premier étage, puis au rez-de-chaussée et passa devant l'accueil sans se faire remarquer, comme si elle était aussi invisible pour eux que pour tant d'autres personnes ici.

Elle sortit dans la cour, qu'elle longea aussi sans faire attention à ce qui l'entourait. Son regard fixé vers l'horizon, elle tentait d'atteindre un point qui ne cessait de reculer. Elle traversa la pelouse, longea un grillage, puis descendit une petite bute pour finalement se laisser tomber dans l'herbe près du terrain de sport, près des jeunes de tout à l'heure qui chahutaient et vivaient tranquillement. Elle s'allongea, bras et jambes écartées, regard porté vers le ciel bleu. Elle ferma les yeux, se laissant bercer par les bruits extérieurs et la brise fraîche qui venait faire flotter délicatement ses mèches de cheveux. Elle était bien ici, seule.

Un petit choc contre son flan droit la sortit de sa torpeur. Elle ouvrit les yeux et se redressa doucement pour éviter les vertiges dû à son état. C'était un ballon. Elle le prit dans ses mains. Le contact de sa peau sur la matière rugueuse du ballon de basket lui arracha un sourire de satisfaction, elle était mauvaise en sport et n'avait jamais eu l'occasion d'avoir le ballon en mains. Elle appréciait de découvrir de nouvelles choses...

- Oh excuse-moi, tu l'as pas pris en pleine tête, j'espère !

Saki posa les yeux sur le garçon athlétique qui venait de lui parler. Aucun sourire. Elle ne tarda pas à détourner le regard, il était trop éblouissant. Il avait des cheveux blonds, et un sourire Colgate. Presque trop beau pour être vrai. Elle tenta de faire cesser cet entretien imprévu en faisant rouler le but de sa venue jusqu'à lui. Si elle le lui rendait, il partirait. Elle chassa son image et son intervention de sa mémoire et se rallongea dans la pelouse comme si de rien était. Elle ne le voyait plus, mais elle le sentit partir, et elle esquissa un sourire. Elle avait entendu sa dernière phrase.

- Bonne nuit, Mademoiselle !

Ce garçon, aussi inconnu soit-il, l'avait aidé. Il lui avait parlé, gentiment, normalement et l'avait même "traité" de Mademoiselle. Personne n'avait jamais été aussi galant, en tout cas, pas quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
Elle ne se rappelait déjà plus de son visage, mais sa voix la fit rêver et s'envoler pendant les autres heures qui terminèrent la journée.

Ce ne fut que quand la brise se fit un peu plus fraîche que Saki se décida à se bouger. Elle se redressa, réprima quelques frissons et se releva sans épousseter ses fringues pleines d'herbe et sans recoiffer ses cheveux qui avaient adopté la forme qu'elle leur avait donné dans la pelouse.
Les jeunes du terrain de basket étaient déjà partis, depuis longtemps. Elle avait sûrement dormi vu qu'elle s'était couchée tard. Heureusement qu'elle était à l'ombre sinon elle aurait prit un magnifique coup de soleil sur la figure qui lui aurait encore valu des moqueries justifiées, cette fois.

Elle reprit sa route à l'envers cette fois, consciente qu'elle devait récupérer ses affaires dans la salle de classe avant de rentrer dans sa chambre. Elle rentrerait bien chez ses parents ce soir, tiens.

Elle remonta au deuxième étage des salles de classe et retourna près de la salle d'histoire-géographie. Elle était vide, et il y'avait un petit mot sur le tableau. Elle s'approcha, vérifiant qu'il n'y avait vraiment personne et se mit à le lire, curieuse. Mademoiselle Ôsen, vos affaires sont dans le bureau des surveillants. Veillez à venir les chercher quand vous vous déciderez à revenir de notre escapade.
Elle fit une moue de contradiction et se mordit l'intérieur de la joue. Elle avait un peu plus de cran quand elle était toute seule et que personne n'était là pour la juger, alors elle prit une craie qui était restée près du tableau et traça des traits de toute ses forces, de long en large du tableau. Courant pour casser la craie plus vite. Elle barbouilla le tableau et finit par jeter la craie par la fenêtre comme pour expier un poids qui la rendait trop lourde. Elle arracha le mot et sortit de la salle. Elle n'avait pas l'intention d'aller chercher ses affaires. Elles attendront.

Elle baissa la tête pour marcher dans le couloir, évitant de croiser le regard de n'importe quel autre élève. Il était l'heure de partir. Devant elle, deux chemins. Celui du dortoir, sa chambre. Celui de la sortie Nord, vers le portail et la maison de ses parents, vers un peu de paix. Elle opta pour celui-là. Elle n'avait pas envie de se prendre une remarque de la part de ses colocataires quand elles verraient qu'elle avait barbouillé le miroir de rouge à lèvres.

Les gens marchaient vite, ils la dépassaient, la bousculaient, parfois en s'excusant, parfois non. Elle s'en fichait, c'était pas personnel et bientôt, elle passerait le portail et elle s'enfuira le temps d'une soirée. Elle en avait besoin...

Le choc fut violent. Pareil à une décharge électrique qui lui paralyse les membres et les organes. Saki se figea en plein milieu de la cour lorsqu'elle l'aperçut, droit comme un poteau en plein milieu de la sortie. Il la fixait.
Ses orbites ressemblaient à des hublots tellement elle était choquée de le voir là, semblable à un démon vengeur, revenu pour la hanter et lui pourrir encore la vie. Son corps se remit à trembler en même temps que ses poings se serrèrent. Elle ne savait pas quoi faire. Elle avait envie de s'enfuir en courant de l'autre côté mais il s'avançait déjà vers elle. Elle ne pouvait pas bouger, sa respiration se saccadait, l'empêchant d'oxygéner correctement son cerveau et donc de réfléchir.

Elle tenta malgré tout de repenser au sourire Colgate et à l'après-midi qu'elle avait passé dans la pelouse pour tenir le choc mais les yeux jaunes de Yoite la déstabilisait trop.
Une nouvelle couche de peur s'empara d'elle et elle sentit ses yeux devenir humides alors que la cour se vidait de toute aide... ou entrave.

Il était là, près d'elle. Peut-être qu'elle pouvait espérer passer à côté de lui sans qu'il ne tente rien. Mais fallait-il encore oser bouger ses jambes. Et s'il la retenait, que ferait-elle ?
Elle tenta le tout pour le tout et tout en détachant son regard du sien et en mordant jusqu'au sang l'intérieur de sa lèvre, Saki essaya de passer à côté de lui sans le toucher, faisant semblant de ne pas être atteinte par son attitude.

Un pas après l'autre, elle avança. L'espoir se fit de plus en plus grand quand elle dépassa son épaule, plus haute que la sienne. Il la laissait passer. Elle ferma si fort des yeux comme pour s'empêcher de rêver et soudain... tout s'arrêta.
Le piège s'était refermée sur elle alors qu'elle avait été à moins de 100m d'être hors de sa portée.

Il tenait son avant-bras.

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Sam 23 Mai - 0:15
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Yoite avait vu juste, tout à l'heure. Il ne connaissait pas bien cette pauvre fille en détresse qu'il s'amusait à torturer depuis ce matin mais il commençait un peu à comprendre comment elle fonctionnait. Fuir la salle de classe au lieu de gueuler pour sa survie, c'était comme battre en retraite face à l'ennemi. Elle était faible, trouillarde. La fuite était toujours une option mais chez Yoite, elle se situait généralement en dernier. Certes, ça avait été son salut à cette Ôsen car elle se serait fait charrier tout l'après-midi par ses camarades de classe mais ... bah ce n'était plus son problème. Franchement, Yoite s'en foutait, il avait déjà tourné la page, il pensait plutôt à la soirée qu'il allait passer. Il n'était pas un mec compliqué au fond, il appréciait les bonnes choses et la rigolade. Se moquer d'une faible n'était qu'un passe-temps comme un autre, surtout qu'il avait risqué gros puisqu'il n'avait pas tâté le terrain avant. Elle aurait pu avoir des amis! Sur ce coup-là, il avait été chanceux.
Et là, il l'était encore. Nettement plus qu'elle à priori. Saki l'avait vu se tenir au niveau du portail, oui il la regardait mais sincèrement, elle avait juste pas eu de bol. Dans sa tête, son petit jeu était terminé, il avait eut ce qu'il voulait et ne pensait déjà plus à elle. Mais sa réaction face à sa présence imprévue lui donnait envie de rire tellement fort qu'elle venait encore de déclencher chez lui une nouvelle pulsion sadique. Désolé Ôsen, mais là ... tu viens de t'embarquer dans quelque chose de malsain.

Ne souhaitant pas qu'elle tourne encore les talons, et malgré tout bien conscient que rentrer dans le lycée ne lui était pas spécialement autorisé, Yoite s'avança vers elle. Sa démarche n'était pas rapide, elle était calculée. Il faisait monter la pression, ne quittant pas son jouet des yeux. Le sourire qu'il affichait en prime le rendait sûrement encore plus cruel mais il s'en fichait. Et si, par malchance, elle devait fuir, il ne lui courrait pas après. Il avait d'autres choses à faire et ce jeu du chat et de la souris n'était plus de son âge. Le jeune rebelle était fainéant, il ne maltraitait que ce qui était à portée de main!
Arrivé à sa hauteur, alors que les 3/4 quarts des élèves étaient déjà partis quelques mètres plus loin que le portail, Yoite ne décrocha pas un mot. Il était justement en train de penser à autre chose. A se maudire lui-même, en fait. Pourquoi? Tout simplement parce qu'il la dépassait à peine. Il était trop petit, nom de dieu! Comment pouvait-il effrayer quelqu'un avec si peu de centimètres! Personnellement, il s'en fichait d'être petit, les asiatiques n'avaient pas la réputation mondiale d'être des géants, mais là, du coup, il avait un peu de mal à se glisser complètement dans la peau du personnage. Tant pis, ça allait faire l'affaire!
Clignant des yeux pour revenir à la situation actuelle, il réalisa que Saki tentait l'attaque frontale. C'était courageux mais ses pas mal assurés la trahissaient. Elle faisait peine à voir, ses yeux semblaient rougis par les pleurs de la journée? Le jeune homme haussa les épaules. Il s'en fichait tellement. Ce n'était pas dans ses habitudes de s'apitoyer sur le sort des autres, il avait déjà beaucoup à faire avec sa propre famille. Aussi, il reprit le contrôle.
Un simple contact. Son emprise sur le bras de la petite nippone n'était pas forte, juste éphémère mais bien là. Yoite devait la terrorisée pour qu'elle n'essaye même pas de crier ou de fuir. Il y avait encore du monde, certes moins, mais encore assez pour qu'une bonne âme vienne au moins se mêler de leur histoire. Mais non, elle restait là à attendre la châtiment, ne cherchant même plus à dissimuler ses tremblements. C'était presque trop facile.


"Alors Ôsen, tu ne me dis même pas au revoir? T'es vraiment malpolie comme fille ..."

Et se reculant puisqu'il ne bougeait plus, il lui lâcha le bras - emprise qui semblait avoir rempli son rôle de le faire cesser de bouger - et il vint se placer devant elle. Avec seulement quelques centimètres d'écart en taille tous les deux, Yoite pouvait la regarder droit dans les yeux sans même baisser ou lever la tête. Le fait de la voir debout là, c'était amusant, le contexte était différent. Elle faisait un peu moins pâle grâce au soleil qui tapait sur son visage mais elle semblait encore si loin d'être une fille. Si terne.
Posant ses mains sur ses propres hanches, Yoite se pencha un peu en avant et recommença :


"Tu dois être fatiguée d'avoir autant pleuré. Tu veux qu'on aille ...
- Yoite !

Se redressant sans même prendre le temps de finir sa phrase, Yoite tourna la tête vers la droite pour comprendre ce qui l'avait interrompu. Et là, il vit son fameux pote en retard arriver en trottinant. Les mains toujours sur les hanches, il tiqua dans un bruit de bouche habituel et attendit que celui-ci arrive à sa hauteur pour reprendre la parole :

"T'es en retard! Tu pourrais au moins prévenir, tu sais que j'ai pas trop le droit d'être là."
- Ouais, je sais mais le prof m'a retenu. Bref ! On y va ? ... Euh ... c'est qui ?

Fronçant les sourcils, Yoite se retourna en suivant le regard de son pote. Quand il tomba sur Saki, il crut halluciner. Quoi, cette pouf était encore là? Décidément, elle ne savait pas saisir sa chance, elle. Il l'avait même oublié! Ricanant aussitôt devant tant de bêtises, le sourire qu'il afficha ensuite n'annonçait rien de bon. Une idée venait de lui traverser l'esprit, aussi saugrenue que celle de ce matin à venir la charrier en classe. Il n'était pas reste côté taquineries, ses amis le lui avait souvent dit mais là, c'était pas amusant ... n'est-ce pas Saki?
Retournant vers elle, il glissa sa main dans la poche arrière de son jean bleu foncé et en sortit son téléphone portable. Ce n'était pas le dernier cri, le jeune rebelle n'était pas un pro-technologie. Celui-ci avait déjà quelques années à son actif mais l'option qui l'intéressait était quand même dessus. Le tendant à son pote, qui ne comprenait pas grand chose à la situation mais qui ne disait rien, il lui ordonna de les prendre en photo tous les deux, en signe de leur amitié nouvelle. Glissant son bras sur l'épaule de Saki, sachant pertinemment que ce geste allait la répugner du plus profond de son être, il vint coller sa joue contre la sienne, pratiquement, et dans un murmure qu'elle était la seule à entendre, il se permit même d'ajouter :


"Souris Ôsen ou je te jure que tu le regretteras."

Et avant que le petit bruit du l'appareil ne se fasse entendre, Yoite lui, décocha son plus beau sourire. Il avait toujours adoré les photos donc ce n'était pas une épreuve pour lui. Quant au fait d'être à côté de Saki, ce n'était pas non plus un châtiment. Elle avait beau être pâle et aussi terne qu'un zombi, elle restait une fille et ce rapprochement soudain de leurs deux corps n'était pas désagréable. Ils étaient humains, finalement.

Une fois la photo terminée, Yoite récupéra son téléphone sans même regarder le résultat. Il ne savait pas ce qu'il comptait faire de cette photo mais il était certain qu'il lui trouverait un but très prochainement!
Retrouvant son caractère habituel, soit celui du mec enjoué et de bonne compagnie, il reporta toute son attention sur son pote et ensemble, ils quittèrent le lycée. Yoite ne se retourna pas, elle ne faisait déjà plus partie de sa vie. Son cerveau était concentré sur son ami et sur ce qu'ils allaient faire tous les deux en cette soirée encore ensoleillée. Les projets en groupe, c'était toujours bienvenue avec Yoite, il adorait les sorties nocturnes. Après tout, sa journée avait été dure, maltraiter les gens ça use, il méritait bien une consolation ...

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Sam 23 Mai - 0:26
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Saki avait l'impression d'être simple spectatrice dans un cauchemar qui ne lui appartenait pas. Une scène se déroulait sous ses yeux et elle ne pouvait rien faire d'autre que de la contempler. Yoite était l'acteur principal et de loin et elle, elle n'était qu'une petite fille assise dans une salle de cinéma, consciente qu'elle aurait aimé aider cette adolescente en détresse mais avec la certitude qu'elle aurait plutôt préféré se tirer par la sortie de secours comme pour fuir le problème à sa façon. Sauf que cette fois, l'issue de son problème était différente. Elle ne pouvait pas simplement détourner le regard ou changer de chaîne, elle se devait d'affronter ce qui se trouvait devant elle, au risque d'y laisser des plumes.

L'ironie du nain aux yeux jaunes était détestable. S'il se croyait beau avec ces lentilles et cette horrible couleur de cheveux, il se mettait un doigt dans l'oeil jusqu'au cerveau. Il attirait l'attention, ça c'était sûr et c'était sûrement ce qu'il voulait d'ailleurs. Si Saki avait eut les cheveux verts ou roses, est-ce qu'il serait là à l'embêter aussi aujourd'hui ?
Elle ne pipa mot, elle n'avait ni l'envie, ni la force, elle souhaitait juste partir, consciente que la même rengaine reviendrait sûrement le lendemain mais demain est un autre jour et d'ici là, tout pouvait changer.

Elle crut voir en un étranger inopiné, son sauveur, vu qu'il venait d'interrompre leur "conversation" forcée mais visiblement, il ne semblait pas tout intéressé par la situation et était même un ami du nain. De mieux en mieux. Elle se vit déjà aux prises avec un démon supplémentaire mais il n'en fut rien. L'homme se contenta de l'ignorer, la méprisant avec sa question toute simpliste mais si humiliante. Ce genre de boutades, Saki s'en sortait facilement, elle avait l'habitude, mais Yoite n'en faisait qu'à sa tête, chamboulant en elle, les infimes remparts qu'elle avait mit si longtemps à construire.
Il semblait étonné qu'elle soit restée là alors qu'elle était persuadée que si elle avait tentée de s'en aller, il l'aurait rattrapée ou bousculée. Elle ne savait pas sur quel pied danser avec lui. Elle aurait vraiment préféré affronter les railleries de ses colocataires du pensionnat plutôt que cet imbécile heureux. Toutes ces emmerdes juste pour pouvoir rentrer chez elle... Encore un choix judicieux.

Ses yeux ressemblèrent bientôt à des loupes lorsqu'elle vit Yoite sortir un appareil photo de son sac. Il n'allait quand même pas oser faire un truc pareil. Y'a des limites à l'humiliation. Il se rapprocha d'elle, faisant langoureusement glisser son bras par-dessus ses épaules, la faisant réprimer un haut le cœur d'être si proche de ce pourri. Lorsqu'il colla sa joue contre la sienne, ce fut le déclic...

Brusquement ses forces revinrent, libérant en elle une rage trop longtemps contenue. Elle s'écarta violemment du petit poucet en usant de ses bras pour le pousser aussi loin d'elle que possible. Elle hurla qu'il n'était qu'un enfoiré, un salaud et sur ses joues, aucune larme ne coulait.
Sa colère ne se démontait pas, elle était même de plus en plus dévastatrice, dévorant la petite lycéenne du plus profond de son être, la transformant en une personne dont elle ignorait l'existence.
Dévastée et ravagée, elle se jeta sur Yoite de tout son poids, bien que léger. Ils tombèrent à terre tous les deux et l'air abasourdi de son ennemi juré lui confirma qu'il ne s'y attendait pas du tout et qu'il se retrouvait donc partiellement en état de faiblesse. Elle en profita pour lui administrer tous les coups de poings, de main, de bras et de genoux dont elle était capable à l'heure actuelle. Elle se déchaînait sur lui qui se protégeait du mieux qu'il pouvait avec ses bras. Elle ne tarda d'ailleurs pas à enfoncer ses canines dans la chair maigrelette du pauvre nain...


*Clic*
Le déclic retentit, emmenant avec lui, un portrait amer de la douce Saki. Yeux fermés et grimace de dégoût sur le visage, la photo ne saurait mentir sur son ressentiment.
Le rêve avait été agréable, libérateur, mais le retour à la réalité était trop cruel. Elle le vit s'en aller, sans plus de politesse, sans plus de manières, comme ça, juste comme ça.
Son corps tout entier restait là, inerte, debout, sec comme une branche d'arbre foudroyée en pleine nuit.
Visage impassible, elle avança en traînant des pieds, à la vitesse d'une tortue, jusqu'à franchir son but précédemment défini : la ligne de peinture qui lui octroyait sa liberté tant espérée.

Elle tourna à droite, et se posa contre le mur. Elle se laissa glisser contre lui, sans douceur, jusqu'à ce que ses fesses atteignent le sol parcellé de petits cailloux pointus. Ses mains vinrent obstruer ses yeux, tentant vainement de masquer aussi les souvenirs qui la hantait. Les larmes coulèrent de nouveau sur sa joue, effaçant partiellement l'impression encore trop présente de la joue de Yoite contre la sienne.

Le vent ébouriffa ses cheveux. Des passants regardèrent cette lycéenne débraillée, assise devant cette école si renommée, en train de pleurer comme une enfant mais pas une main ne vint l'aider à se relever.
La seule compagnie qui vint la rejoindre ce soir là ... ce fut la nuit. Tu es laide, laide, laide, bonne qu'à remplir des seaux... Tu es laide, laide, laide, heureusement qu'il y a de l'eau...

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