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I said I wanna be happy !

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Sam 25 Fév - 14:36
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Le silence dans sa tête était étouffant. Opprimant. Elle regardait son frère et sa belle-sœur discuter comme s'ils étaient dans un autre monde. Peut-être qu'ils étaient dans un autre monde, en fait. Un monde où les sentiments étaient ce qu'ils étaient censés être. Ruri mangeait son riz du bout des lèvres, mais personne ne le remarqua. Parce qu'elle n'avait pas envie qu'on le remarque, sans doute, mais elle avait la gorge nouée et elle arrivait à peine à avaler quoi que ce soit. Elle fit tourner sa nourriture du bout de ses baguettes, se forçant à manger à chaque fois qu'un des deux tournait la tête vers elle. Elle ne voulait pas qu'ils sachent, ni l'un ni l'autre. Parce qu'elle savait ce qu'en penserait son frère. Et très, très probablement ce qu'en penserait Yuki. La même chose qu'elle, en fait. Pourquoi elle ne pouvait pas être comme tout le monde ?

Elle aurait cru que Misaki serait la première, la dernière et la seule. Elle avait fait tout ce qu'elle pouvait - elle était même allée jusqu'à se laisser draguer de très près par un garçon à une soirée, après tout. Mais non. Même avec toute la volonté du monde, toute l'auto-persuasion du monde, elle avait "perdu". Encore une fois. Ruri se leva sans un bruit avec son bol de riz encore à moitié plein et alla tout déposer dans la cuisine, sans réagir quand son frère sembla - enfin - s'inquiéter pour elle. Elle ferma la porte de sa chambre. S'allongea sur son lit. Fixa le plafond.
Son cœur n'avait pas le droit de lui refaire un coup pareil. Il n'avait pas le droit de se remettre à battre follement en croisant le regard d'une fille. Oui, elle avait des yeux verts magnifiques, et un sourire contagieux, et un rire qui résonnait encore dans ses entrailles mais... mais non. L'image de Misaki, son regard méprisant, étaient encore trop brûlants dans sa mémoire pour qu'elle puisse penser à autre chose. Toutes ces filles qui l'avaient évitée après la grande révélation de Misaki. Tous ces regards en coin, ce jugement au bord des lèvres, cette impression, pour la première fois, d'être anormale. Elle avait fini par s'habituer, comme à tout, mais la première sensation n'était jamais vraiment partie. Elle ne voulait pas revivre ça.

Elle se roula en boule sous sa couette quand elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle aurait adoré se consoler dans les bras de son frère, ou même de ses parents, mais elle connaissait trop leur opinion pour croire qu'ils l'écouteraient calmement. La rassureraient, peut-être. Elle n'avait pas envie que cet éclat passe dans leur regard, même l'espace d'un instant. Au final elle ne connaissait vraiment qu'une personne qui ne risquait pas de la mépriser, mais son frère ne la laisserait jamais sortir. Alors elle serra son oreiller contre elle et se recroquevilla dans son lit. Elle était dans cet état depuis ce matin.
21h30. La lumière rouge de son réveil clignotait sans qu'elle parvienne à trouver le sommeil. Elle était encore habillée, et son cœur serré finit par la convaincre de faire quelque chose d'inconscient. Peut-être stupide. Elle entendait Anders et Yuki qui discutaient tranquillement dans leur chambre, avec leur couple conventionnel et leur vie normale. Sa gorge se serra.

Presque sans s'en rendre compte, elle se glissa hors de sa chambre, attrapant ses chaussures et quittant l'appartement le plus silencieusement possible. Elle glissa ses chaussons d'intérieur dans son sac, mit ses chaussures, et dévala les escaliers jusqu'à la porte de l'immeuble. Puis elle hésita. Son frère lui avait dit et répété que le quartier était dangereux. Elle le croyait. Même si elle portait une tenue plus ou moins passe-partout qui lui permettrait peut-être de jouer les ninjas dans la rue, rien ne garantissait qu'elle n'aurait aucun problème. Le poing serré sur son sac, encore dans un état second, elle mit le pied dans la rue puis se mit à courir jusqu'à la gare. Tu es stupide, Ruri. Tu vas inquiéter tout le monde.
Mais elle avait peur, tellement peur et tellement mal. Quand elle monta dans le bus, recroquevillée dans le fond avec son sac serré contre elle, sa résistance finit par lâcher. La vue rendu floue par les larmes, elle se fit toute petite, ne réapparaissant que lorsqu'elle mit le pied dehors.

Il était tard. C'était une mauvaise idée, et elle voyait flou. Elle s'essuyait les yeux mais cela faisait trop de temps, des années, qu'elle n'avait pas pleuré et ses larmes semblaient intarissables. Tant pis. Ça changerait quoi, après tout ? Elle allait sûrement s'effondrer dès qu'elle ouvrirait la bouche. Elle posa la main sur la porte le temps de prendre une grande inspiration. Elle allait le déranger. Forcément, qu'elle allait le déranger. On ne débarquait pas chez les gens en pleine nuit comme ça ! Elle n'osa pas frapper. Elle avait peur de tomber sur quelqu'un d'autre. Elle n'aurait pas su quoi dire, et elle n'avait pas envie que n'importe qui la voie pleurer. Elle resta plantée là un bon moment, incapable de prendre la décision de rentrer chez elle, avant d'attraper son téléphone. De fouiller son répertoire. Et d'appeler. Au moins elle ne risquait pas de tomber sur quelqu'un d'autre... Sa voix était à moitié brisée quand elle réussit enfin à aligner deux mots. "Yoite... Tu... tu peux... ouvrir la porte ?..." C'est ça, comme s'il allait comprendre. Comment il pouvait comprendre quelle porte, hein ?
Les dents serrées pour retenir ses larmes - au cas où quelqu'un ouvrirait avant qu'il réalise de quoi elle parlait - elle frappa quand même à la porte. Il ferait le lien, non ? Il viendrait ouvrir en premier ?..


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Jeu 16 Mar - 19:19
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Le mois de Février avait beau être le plus court de l'année, c'était pourtant le plus long pour Yoite. Un mois d'examens, de stress intense pour ceux qui se donnaient à fond, de dépression pour les moins chanceux, de manque de temps pour les mal-organisés. Le petit japonais oscillait entre tout ça, il n'était pas à la traîne mais avait quand même un peu de retard sur certaines parties de ses révisions, manquant de motivation dès que le soleil pointait le bout de son nez ou qu'un pote dans le même état que lui, l'invitait à sortir.
Alors quand un examen se terminait enfin et qu'un lendemain s'annonçait sous le signe du repos, Yoite mettait un point d'honneur à rester de bonne humeur et à se relaxer avant de repartir en quête d'apprentissage. D'après ses notes, il y avait peu de chance qu'il ne passe pas en 3ième année mais il voulait en être sûr quand même, les études restaient un calvaire dont il voulait se débarrasser au plus vite même si la vie étudiante lui plaisait beaucoup.
Aussi, Yoite n'avait rien fait de sa journée, n'était pas sorti pour retrouver des amis ni pour se promener, n'avait pas passé son temps à se plaindre de ne pas savoir quoi faire, il était resté avec sa famille, à partager des moments comme ils le faisaient tous les ans, mélange de retrouvailles et de complicité si vite oubliées le reste de l'année. Sakura avait fièrement réalisé qu'elle allait entrer au lycée de Chisê l'année prochaine (faisant la joie de son père) et Kaji avait même réussi à prendre 2h de pause avant de retourner réviser ce qu'il connaissait déjà par cœur. Ils avaient mangé un repas tous ensemble, avaient même joué aux cartes mais Yoite avait passé le plus clair de son temps dans sa chambre, seul. Sur son PC, à regarder la télé, à lire, à faire une sieste, le principe même des vacances-repos qui arrivaient à grands pas.

La soirée avait fini par arriver et après un repas pris à la va-vite, l'I don't care s'était installé dans son lit devant le petit écran de son PC pour mater ses séries du moment, faisant totale abstraction des bruits alentours, laissant sa famille aller se coucher avant lui (car ce n'était pas une journée de repos pour tout le monde après tout). Vers 22h30 cependant, Yoite fut distrait par la lumière insistante de son téléphone qui lui signalait que quelqu'un était en train de l'appeler. Mettant pause à sa série, enlevant son casque, il se pencha pour saisir le vil envahisseur et esquissa un sourire en voyant l'origine de son désarroi : Ruri.
Sa petite mouette-sans-ailes ne pouvait décidément pas se passer de lui! C'est qu'ils en avaient parcouru du chemin tous les deux, un chemin parfois gênant mêlé de conneries et de détails qu'on aurait aimé garder pour soi un peu plus longtemps mais le principal était qu'ils étaient désormais amis, de très bons amis. Yoite adorait Ruri. Aussi, il décrocha avec bonne humeur :


"Hey Ruri! Tu t'ennuies, je parie!"

Mais son entrain ne dura pas plus de 2 secondes quand il entendit des sanglots et la voix de sa barbie préférée emplie de tristesse.
Repoussant son ordinateur d'une main et quittant son lit, Yoite tâtonna à l'aveugle le temps de trouver la lumière avant de tenter de faire la conversation à sa petite blonde préférée. Qu'est-ce qui lui arrivait? Est-ce que quelqu'un lui avait fait du mal? Elle avait dit quoi au juste? La porte, non? Quelle porte? Est-ce qu'elle était à l'académie? Non, à cette heure-là, c'était improbable qu'elle soit dehors ... ou alors ...
En caleçon, Yoite descendit 4 à 4 les marches de l'escalier et, connaissant sa maison par cœur, il se faufila dans le noir jusqu'à la porte d'entrée. Est-ce que c'était cette porte-là? Sa Ruri serait-elle en larmes juste derrière, attendant tristement qu'il ouvre? Sans perdre plus de temps, Yoite posa son téléphone sur le meuble à côté et déclencha les verrous. Même si ce n'était pas derrière cette porte qu'elle se trouvait, il se devait de vérifier et surtout de partir à sa recherche dans le pire des cas!

Elle était là.
Le téléphone toujours à l'oreille mais le visage rempli de larmes, toute fragile et innocente comme si quelqu'un venait de lui briser le cœur. En ne pensant qu'à elle, se fichant d'être vu à moitié nu dans un quartier riche, Yoite fit un pas, puis un autre avant de la serrer dans ses bras, simplement. Elle pouvait raccrocher, ce soir Yoite allait rester avec elle.
L'accolade dura assez longtemps, comme si le petit japonais attendait qu'elle se calme et qu'elle reprenne des forces pour pouvoir expliquer la raison de sa venue. Mais les larmes de sa petite poulette semblaient intarissables, si bien que Yoite dût se reculer et lui saisir la main pour la traîner dans la maison. Toutes les lumières étant éteintes, il lui intima simplement de lui faire confiance et sans lui lâcher la main ne serait-ce qu'une seconde, il la guida jusqu'à sa chambre, évitant les bruits qui feraient sortir les autres membres de sa famille de leur chambre.
Une fois à l'intérieur, il referma la porte et enfin, il lui lâcha la main.


"Bah alors ... qu'est-ce qui te fait pleurer comme ça? Assis-toi, allez."

Et tout en sortant une boîte de mouchoirs, Yoite vint s'asseoir à ses côtés pour enfin tenter de mettre au clair la situation. Sa blondie-choo était toujours si joyeuse en temps normale que le choc n'en était que plus grand. Comme si elle avait gardé tout ça pour elle depuis trop longtemps et qu'elle craquait, d'un coup. Restait plus qu'à espérer que personne ne lui avait fait du mal car là, sa soudaine colère risquait de ne pas être belle à voir.

"Rassure-moi, t'as prévenu Anders que tu passais la soirée à l'extérieur, hein?"

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Sam 18 Mar - 14:45
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Tes larmes sont des perles...


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Lola n'arrivait toujours pas à croire qu'elle était enfin au Japon. Elle était arrivée il y'a 3 jours seulement mais elle ne se lassait pas de cette sensation d'être totalement perdue et en même temps totalement à sa place. Elle en prenait plein les yeux dès qu'elle posait son regard quelque part. Son appareil photo n'avait jamais autant servi.

Son bonheur était tel qu'elle n'arrivait même pas à dormir correctement. L'excitation d'avoir plein plein de choses à voir l'empêchait de garder les yeux fermés et comme elle tournait en rond dans la maison de sa tutrice, elle avait préféré sortir. Elle lui avait dit qu'elle allait juste se promener dans le quartier, pas très loin de la maison pour pas se perdre. Mais elle avait trop besoin de respirer cet air béni pour elle et de pouvoir regarder les gens. Elle ne se lassait pas de ces visages bridés autour d'elle.

C'est ainsi que ce soir de fin février, elle avait décidé d'aller marcher tranquillement dans les rues du Quartier Suwan, admirant l'architecture japonaise et saluant avec politesse chaque personne qui croisait son regard. Elle avait prit son appareil photo avec elle pour pouvoir immortaliser ces instants d'émotions intenses qu'elle n'aurait su retranscrire correctement dans son blog.
Ce fut un parfum qui attira son attention et lui fit tourner la tête. Elle accrocha instantanément à cette chevelure blonde magnifique qui passa pas très loin d'elle sans la remarquer. Lola resta bouche bée devant cette jeune fille ... tout simplement parce qu'elle pleurait.

Sur le moment, Lola détourna le regard, gênée de pénétrer dans ce moment de détresse d'une jeune fille qu'elle ne connaissait pas du tout mais subjuguée par la beauté de la jeune femme et la fragilité de son attitude, elle ne put s'empêcher de lui donner toute son attention.
Elle vit la belle blonde se rapprocher d'une maison, l'air hésitant. Elle profita de cet instant où toute son attention était accaparée par sa propre décision pour la photographier. Elle était tout simplement sublime.

Elle n'avait pas dans l'intention de profaner la vie privée des gens, son blog allait rester privé de toute façon, mais elle était incapable de trier toutes les informations qu'elle accumulait au cours d'une journée sans ces prises de vue.
La jeune femme qui semblait traverser une phase douloureuse resta plantée devant cette porte, attendant peut-être qu'on lui ouvre. Lola ne voulu pas nourrir son insatiable curiosité morbide en attendant de voir si elle allait se retrouver en face de la personne qu'elle était venue voir ou pas, alors elle préféra s'en aller.

Elle n'avait plus qu'un seul objectif, faire développer cette photo pour en voir le résultat. Elle trouvait dommage de se dire qu'elle n'allait sûrement jamais recroiser cette jeune femme, mais elle était au tout début de son voyage, elle saurait bientôt plus où donner de la tête ...


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Mar 28 Mar - 20:31
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Elle s'en voulait un peu. Il avait l'air tellement de bonne humeur en décrochant le téléphone qu'elle avait songé une seconde à raccrocher et à repartir, rentrer chez elle pour se rouler en boule sous sa couette. Mais les mots étaient sortis tous seuls avant qu'elle ait le temps de les retenir. Tant pis. C'était trop tard maintenant, elle l'avait inquiété et si elle repartait, ça ne ferait que le paniquer totalement. Alors elle avait frappé, et attendu, sans voir la fille qui passait par là pour prendre une photo.
Elle n'avait pas rangé son téléphone, comme si son corps agissait au ralenti. C'était peut-être le cas, en fait.  Elle était à peu près sûre qu'il lui parlait, de l'autre côté, mais elle n'arrivait pas à comprendre ce qu'il disait. Ses oreilles lui semblaient bouchées, ou anesthésiées. Alors elle attendait.

Son téléphone faillit lui échapper des mains quand il la prit dans ses bras, mais ses doigts restèrent crispés dessus, comme si elle était incapable de les desserrer. Elle aurait voulu arrêter de pleurer, aller mieux en un clin d’œil comme si un câlin était la seule chose dont elle avait besoin, mais la boule dans sa gorge refusait de se dissoudre. Alors elle resta là, immobile dans ses bras, incapable de retenir la moindre larme maintenant.
Elle le suivit à l'intérieur, des petits pas lents quasiment à l'opposé de sa façon enjouée de dévorer les kilomètres en temps normal. De toute façon, en temps normal, elle aurait aussi bafouillé et rougi rien qu'à l'idée d'aller dans la chambre d'un garçon, surtout un à moitié nu. Comme quoi rien n'allait comme il fallait aujourd'hui.

Elle s'essuya les yeux d'une main avant de s'asseoir, lâchant enfin son téléphone, les mains serrées sur ses genoux. Elle ne savait pas quoi dire... comment le dire. Ça lui semblait encore plus idiot d'être sortie, maintenant. Elle aurait aimé qu'il puisse lire dans ses pensées, pour que tout soit plus simple. Les mots se bousculaient dans sa tête. Les souvenirs. Mais aucun ne voulait ne serait-ce qu'effleurer le bout de ses lèvres.
Est-ce qu'il avait vécu la même chose ? Les regards méfiants, les moqueries, la méchanceté ? Il avait l'air tellement à l'aise avec le sujet qu'elle avait du mal à y croire. Et s'il trouvait ridicule qu'elle réagisse comme ça ? Et si...
Elle secoua la tête pour arrêter le flot de questions qui menaçait de la noyer et prit un mouchoir, bien décidée à faire cesser ses larmes.

"Je... je suis partie sans rien dire..." C'était déjà des mots. Pas ceux qu'elle voulait le plus exprimer, mais ça répondait au moins à une question. Et elle savait que si elle n'arrivait pas à ouvrir la bouche à un moment ou un autre, elle se murerait dans un silence dont elle ne pourrait plus sortir. "Je ne voulais pas qu'il sache..." réussit-elle à articuler entre deux sanglots.
Qu'il sache. Qu'il sache pour le présent ou pour le passé. Misaki était restée son secret, un souvenir brûlant dont elle n'avait pas su se débarrasser. C'était trop de choses à expliquer, trop de choses à dire. Elle ne savait même pas par où commencer. "Je suis tombée amoureuse d'une fille" ? Même si elle le connaissait assez pour savoir qu'il n'aurait pas cette réaction, elle ne pouvait s'empêcher de l'imaginer répondre un simple "et alors ?"

Ruri ramena ses genoux contre sa poitrine, les serrant contre elle comme si ça pouvait calmer ses sanglots. Ça ne marchait pas très bien. Est-ce qu'il allait prévenir son frère ? Il aurait des problèmes si on la trouvait ici, non ? Elle aussi, sûrement. Un sermon, sans doute. Ça ne l'atteignait même pas. Anders pouvait bien lui crier dessus autant qu'il voudrait, ça ne changerait rien. Elle était trop léthargique pour avoir des regrets.
Il fallait qu'elle parle. Elle avait l'impression que si elle fermait la bouche trop longtemps, elle allait étouffer. Si elle n'arrivait pas à formuler clairement... "C'est juste... il y a cette... fille et...". Et.
Et elle est belle. Et gentille. Et drôle. Et elle aurait aimé que ce soit un garçon. Avec les mêmes yeux, le même sourire, la même douceur dans la voix, mais un garçon. Tout aurait été plus simple.

Elle ouvrit la bouche pour essayer de formuler ce simple souhait – ce regret – mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Ce n'était pas si compliqué à dire, pourtant. Et il ne la regarderait pas comme Misaki et les autres l'avaient regardée. Elle le savait. Alors pourquoi est-ce qu'elle n'arrivait pas à prononcer un mot de plus ?


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Sam 8 Avr - 17:43
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Yoite détestait voir ses amis pleurer. Non pas qu'il les trouvait faibles, ridicules ou trop sensibles mais plutôt que ça lui déchirait le cœur car souvent, il ne savait ni quoi faire ni quoi dire pour les réconforter. Ruri, ça allait sûrement se finir de la même façon qu'avec les autres, Yoite allait tenter de comprendre son problème, de trouver les bons mots pour lui faire doucement retrouver le moral mais il peinait déjà à s'en sortir. En plus, l'image de positive attitude que la petite blondinette avait eut jusque-là venait de se briser en éclat et rien que ça, ça changeait toute sa perception de la chose. Il la savait forte, ne serait-ce que par rapport à ses problèmes de santé, mais là elle paraissait si faible, si terrassée par la peine qu'il aurait presque eut envie de simplement pleurer avec elle.
A la place, il l'entraîna dans sa chambre. Maintes fois il avait imaginé cette scène où Ruri ne saurait plus où se mettre tant elle aurait été gênée, voire traumatisée!, mais la réalité était tellement plus douloureuse. Tout semblait passer à la trappe, comme si plus rien ne comptait à ses yeux. Ce qu'il ne comprenait pas trop, c'était pourquoi est-ce qu'elle était venue le voir lui. Ok, ils étaient devenus de bons amis depuis un peu mais pas au point de se confier des choses vraiment personnelles ou de partager ce genre de moments douloureux.
Est-ce que Ruri n'avait plus personne? Est-ce qu'il était son dernier recours? Cette pensée l'effrayait.

Tout s'enchaîna doucement, le silence de la maison endormie semblait résonner dans la tête de Yoite, alors que les larmes de sa mouette noyée envahissait ses pensées. Ruri semblait se calmer mais ses sanglots exprimaient un chagrin toujours présent, une vraie crise de larmes digne d'un bébé qui n'arrive pas à faire savoir ce qu'il veut. En soit, le message était plutôt clair "je vais pas bien" mais plus que ce constat, Yoite voulait savoir "pourquoi". Il ressentait le besoin de comprendre, il avait l'envie de connaître la vérité et espérait aussi ne pas avoir une part de responsabilité dans la détresse de son amie. En y repensant, il était presque persuadé qu'elle n'avait rien à lui reprocher mais parfois, il savait qu'il pouvait avoir des gestes ou des mots durs envers les autres sans forcément s'en rendre compte. Alors s'il devait faire amende honorable ce soir, il était prêt.
Se mordant la lèvre inférieure, Yoite baissa les yeux alors que Ruri avouait être venue le voir "en cachette". Était-ce bien? S'inquiétait-il des problèmes qu'il allait avoir si ça devait être découvert? Non, il réalisait doucement l'importance de ce qui se passait dans cette chambre, de la détresse de Ruri à ne pas vouloir mettre son frère au courant de son problème parce que ...? Parce qu'il n'allait pas la comprendre? Parce qu'il allait la juger? Parce qu'il l'avait prévenue peut-être? Qu'est-ce qu'elle pouvait bien cacher?!


"Cette ... fille? Quelle fille, Ruri? Est-ce qu'elle te harcèle? Faut pas avoir honte d'en parler, ton frère va pas t'engueuler au contraire."

Et mince, pas de chance.
Il y avait eut une chance sur deux qu'il comprenne le problème et ... Yoite avait mal interprété. On ne pouvait pas lui en vouloir, il n'avait pas la science infuse et pensait réellement qu'il n'y avait que ce genre de problèmes qui pouvait mettre Ruri dans un tel état. Elle craquait, elle avait atteint sa limite et avait besoin d'aide pour s'en sortir, pour trouver la force de lutter contre son bourreau et de réussir à en parler pour faire bouger les choses de manière officielle. Si c'était quelqu'un de l'académie, Yoite allait aller voir le directeur dès lundi matin pour tout cela cesse. Il s'en fichait des conséquences possibles pour lui, sa notoriété lui donnait assez de pouvoir pour lutter et son caractère ferait le reste. Pour Ruri, petite mouette sans défense, il pouvait bien prendre quelques risques.


"Raconte-moi, dis-moi depuis combien de temps ça dure, pourquoi est-ce que tu craques aujourd'hui, qu'est-ce qu'elle t'a fait ... Je peux me tourner si tu trouves plus simple de parler quand je te regarde pas."

Yoite comprenait très bien l'ampleur de sa demande, des effets négatifs sur Ruri à se remémorer tout ça mais il devait avoir suffisamment de détails pour pouvoir faire comprendre aux hauts dirigeants que c'était grave. Il ne voulait pas de preuve mais s'il avait assez de choses à dire, cette histoire allait être prise au sérieux rapidement et parce qu'il était aussi un donateur, sa parole avait plus de poids.

Contre toute attente, ses questions pouvaient permettre à Ruri de parler de son problème, de faire comprendre avec des mots différents de ceux à quoi Yoite s'attendait, que le souci n'avait pas à devenir une affaire d'état, que ça allait rester entre eux et qu'en effet, Anders ne pouvait peut-être pas comprendre.
Restait plus qu'à voir si sa petite blonde avait encore assez de force pour parler ou si elle préférait s'endormir, se réchauffer pour ce soir et revenir là-dessus au petit matin, une fois calmée. Yoite n'allait pas la forcer à quoi que ce soit et si, le lendemain, elle souhaitait simplement qu'il oublie, il le ferait. A contrecœur et sûrement qu'il allait prêter davantage d'attention à partir de là, mais il se tairait et respecterait sa décision.

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Mar 11 Avr - 0:28
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C’était la première fois de sa vie qu'elle ressentait le besoin de relâcher ce qu'elle avait sur le cœur. Bien sûr, elle avait déjà eu des moments d'affreuse solitude, avant, quand elle ne pouvait pas quitter sa chambre et qu'Anders s'éloignait d'elle, lui, son seul soutien. Mais aujourd'hui, c'était elle qui s'éloignait de lui. Qui partait chercher du soutien ailleurs. En cachette et au milieu de la nuit, en plus. Elle aurait pu aller voir n'importe qui d'autre. Elle avait beaucoup d'amies. Mais justement, c'était ça le problème. C'était des amiEs. Elle connaissait trop bien l'effet que ce genre de révélation pourrait avoir sur elles. Alors elle était venue ici. Parce qu'elle avait confiance, parce qu'elle se sentait bien plus proche de lui qu'elle n'aurait pu l'imaginer quand ils avaient fait connaissance la première fois.

Contre toute attente, le fait qu'il se trompe sur la raison de sa venue ne la plongea pas davantage dans le désespoir. Au contraire. En l'entendant prendre ainsi sa défense, la rassurer, elle sentit quelque chose se réparer au fond de son cœur. Même s'il n'avait pas compris ce qu'elle voulait dire – mais qui l'aurait compris – il avait l'air si... impliqué, prêt à la protéger envers et contre tout. Elle se sentait soutenue, comme autrefois avec son frère, comme elle ne l'avait plus ressenti depuis bien longtemps. Même s'il n'apparut qu'un quart de secondes, un léger sourire se dessina sur ses lèvres, bientôt rongé par l'idée qu'elle allait devoir le démentir. Expliquer avant qu'il s'imagine trop de détails, trop de choses.

Si seulement ça avait été si simple. Le harcèlement, c'était un problème que son frère aurait compris. Que ses parents auraient compris. Un problème qu'ils auraient résolu, dans le cas de son père probablement de façon plus colérique que raisonnable. Mais ça ne pouvait pas être si simple. "Ce n'est pas ça..." souffla-t-elle d'une voix frêle. Mais il lui avait réchauffé le cœur. Même si c'était peu, c'était suffisant pour que son courage refasse surface, prenne forme, donne naissance aux mots qui n'arrivaient pas à sortir un instant plus tôt. Elle avait envie qu'il la prenne dans ses bras pour la consoler, mais elle voulait par-dessus tout qu'il sache comment. Pourquoi. Il trouverait forcément quoi lui dire, pas vrai ?

"C'est juste qu'elle est... jolie. Plus que ça... enfin c'est..." Elle se recroquevilla sur elle-même. Elle ne craignait pas de jugement. Pas trop. Bien sûr, le problème n'était pas aussi grave que ce qu'il avait imaginé, pas vrai ? Peut-être qu'il serait soulagé. Peut-être qu'elle aurait dû lui dire directement... "La dernière fois... la dernière fois que je suis tombée amoureuse d'une fille elle..." elle avait chuchoté les derniers mots, comme si les prononcer à voix haute les rendait trop réels. Inévitables. Elle aurait aimé les enterrer et les oublier, comme toute l'année qu'ils représentaient, mais ils revenaient. Souvent. Plus souvent qu'elle ne l'aurait voulu.

Elle releva la tête, légèrement tremblante sans savoir si c'était le froid ou la résurgence de mauvais souvenirs. Ruri posa sa tête contre lui, à la recherche d'un peu de chaleur tandis qu'elle sentait les mots, les souvenirs qui se bousculaient sous son crâne et sur ses lèvres. Comme s'ils avaient attendu tout ce temps, patiemment, de pouvoir sortir. Et, essuyant ses yeux une dernière fois, elle parla. D'une voix tremblante et mal assurée, encore hachurée de sanglots.
"Elle l'a juste... raconté... déformé... elle m'a..." trahie. Finalement, Yoite n'avait pas touché si loin de la vérité. On lui avait fait du mal, plus qu'elle ne l'aurait cru, et elle avait tenu bon. Sans craquer un seul instant. Avant aujourd'hui.

"Je ne veux pas que ça recommence... je veux pas qu'on me regarde encore... comme ça." Le mépris, la méfiance, le jugement, la moquerie parfois. La critique, plus souvent. "Et je sais que... dans ma famille..." Dans sa famille, on la regarderait comme ça. Même l'espace d'une seconde. Peut-être même moins, peut-être plus. Elle connaissait la vision de ses parents, depuis assez longtemps pour avoir gardé le secret sur cette masse de cruauté qui s'était écroulée sur elle à l'époque. Elle n'avait personne d'autre à qui parler, personne d'autre à qui expliquer, personne d'autre qui pourrait comprendre.

Ruri sentit un nouveau sanglot lui serrer la poitrine et elle baissa la tête, posant son front sur ses genoux. C'était injuste. Elle s'était battue pour survivre, pour que tout aille bien, toujours, et tout ça la frappait au pire endroit, au cœur. À son amour pour sa famille, à qui elle ne pouvait confier un centième de sa peine.

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Mar 25 Avr - 22:32
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Yoite aurait aimé voir ce petit sourire se dessiner sur les lèvres de Ruri, entendre ses pensées pour comprendre que même s'il n'avait pas misé sur le bon cheval, sa camarade accueillait l'effort chaleureusement et se sentait touchée jusqu'au plus profond de son être. Certains mots valaient mieux que des gestes ou des regards, ils pouvaient même sauver une personne.
Malheureusement pour lui, ce petit sourire resta invisible car le petit japonais restait fixé sur les mains de sa blonde préférée, petites mains fines et enfantines, à la peau pâle et donc les tremblements semblaient ne jamais vouloir s'arrêter. Il aurait aimé lui prendre la main, la faire penser à autre chose pour ce soir ne serait-ce que pour qu'elle se calme mais un tel geste pouvait être mal interprété. Il ne craignait pas des sentiments à son égard, son amie connaissait déjà ses préférences et ce depuis le début. Non, il craignait plutôt qu'elle ne se ferme comme une huître ou qu'elle s'énerve de ne pas être écoutée ou prise au sérieux. Il devait être patient.

Et alors qu'il attendait le début d'une confession douloureuse et éprouvante, Yoite ne pu qu'ouvrir grand les yeux en laissant passer un "ah"! de surprise. Il s'était trompé? Décidément, y avait que lui pour faire une telle gaffe dans un moment pareil. A croire qu'ils n'étaient pas aussi proches que ça tous les deux, qu'il avait mal interprété les signes et que bientôt, Ruri allait le taper sur le crâne d'être un aussi mauvais confident!
Mais il n'eut pas le temps de réfléchir à tout ça qu'enfin la vérité jaillissait de la bouche de sa mouette en sucre et Yoite retrouva son visage de tous les jours, cette expression douce qu'il n'avait que pour Ruri, ce regard de grand-frère improvisé, d'ami cette fois bien placé pour intervenir. Elle ne l'avait pas choisi au hasard, il n'avait pas été son dernier recours, il était LA personne de son entourage à qui elle pouvait tout dire ce soir.
D'abord sans bouger, Yoite la laissa poser sa tête contre lui, accueillant ce petit-être en détresse avec plaisir en comprenant l'importance de sa présence. Est-ce qu'elle voyait en lui la réponse à toutes ses questions? La solution à son problème? Si Yoi donnait l'impression de gérer son homosexualité depuis toujours, ça n'était qu'un tissu de mensonges. Même s'il pouvait affirmer qu'il n'avait pas eu une phase de déni comme quoi "non, je ne suis pas homosexuel", il n'avait pas pour autant été fier de ce penchant qu'il n'avait pas choisi. Le vivre seul, c'était délicat mais l'avouer aux autres, c'était pire ... Au Japon, peut-être même plus qu'ailleurs.

Quand le mot famille quitta les lèvres de Ruri, Yoite réalisa l'ampleur des dégâts que ça avait causé chez lui et qu'il était temps qu'il parle à son tour, qu'il s'explique en contrôlant ses mots mais sans rien lui cacher car ce qu'il ne disait pas aujourd'hui, quelqu'un d'autre finirait par lui l'avouer plus tard.
D'un geste délicat, il la fit se redresser quelques secondes, tira sur sa couette et se glissa derrière sa petite poulette cassée avant de, tous deux, les enrouler sous ce chauffage improvisé. Il ne faisait pas forcément froid dans la chambre de Yoite (il était presque à poil après tout), mais l'ambiance devait être rassurante, cocooning pour pouvoir mieux faire passer la pilule. C'était un peu comme si Ruri entrait dans le monde des grands, dans celui où on souffre en silence, où les regards tendres disparaissent. C'était maintenant que son vrai combat commençait mais cette fois, elle n'avait pas à être seule.


"Même si tu veux pas que ça recommence, tu pourras pas lutter Ruri. Si tu as cette attirance pour les filles aujourd'hui, tu l'auras toute ta vie, ça va pas disparaître simplement parce que tu n'en parles pas. Je sais que c'est dur, que ça fait peur et que c'est "pas normal" mais tu dois l'accepter."

Ça paraissait tellement facile comme ça, quand l'entourage semblait comprendre ce choix, ne pas trouver ça déplacé ou choquant mais c'était pas facile et même pour Yoite, certains de ses amis refusaient encore de venir dormir chez lui par "peur". Ils n'avaient pas peur de lui, ils avaient juste peur de ses préférences, comme si c'était contagieux ou comme s'ils risquaient d'être tentés par le diable simplement en s'approchant un peu trop près.
Ruri allait avoir des questions toute sa vie, des appréhensions sur chaque personne rencontrée, des doutes sur celles les plus proches, des peurs justes ou infondées, son quotidien prenait un autre tournant et même si c'était loin d'être le chemin le moins semé d'embûches, elle devait se battre et réaliser qu'elle n'était pas seule.


"Ma mère et mon frère n'ont jamais accepté mon homosexualité. Ma mère a quitté la maison, je l'ai pas vu depuis des années même si je sais où elle passe ses nuits. Mon frère est plus franc, plus rabaissant aussi. J'ai le droit à tous les surnoms débiles qu'il trouve comme "tarlouze", "tapette", "la folle" mais je reste son frère et je sais qu'il tient quand même à moi. Il n'arrive simplement pas à comprendre ..."

Ce n'était pas facile pour Yoite d'en parler car ... à part avec son oncle désormais décédé, il n'en n'avait parlé à personne. Personne. Ce n'étaient pas des choses à raconter autour d'une table dans une cafétéria, c'était un sujet délicat, sensible, tabou même. Mais là, c'était comme s'il ne craignait rien, comme s'il réalisait que la souffrance l'avait rendu plus fort, l'avait aidé à assumer. Il n'avait pas choisi d'être homosexuel juste pour emmerder sa famille, il aurait aimé être "normal" et avoir une vie beaucoup plus simple mais ça ne faisait pas pour autant de lui l'enfant du diable ou un fils indigne. Il restait lui-même.

Posant son visage sur l'épaule de Ruri, il colla sa joue à la sienne pour la réconforter avec autre chose que des mots négatifs. Elle avait dû se douter que cette soirée n'allait pas bien se terminer de toute façon, que cette prise de conscience n'était pas entourée de cœurs qui volent et de bisounours. Envers et contre tout, elle allait souffrir encore un peu ...


"Je ne connais pas ton frère et sa copine, et je ne peux pas te garantir qu'ils vont comprendre mais s'ils t'aiment, alors tu n'as rien à craindre. Il faut vivre avec ton monde Ruri et même si le Japon a encore beaucoup de préjugés là-dessus, je t'assure que c'est loin d'être la pire époque pour s'assumer. Tu peux refouler tes sentiments autant que tu veux, un jour ou l'autre tu vas craquer ..."

Tout comme l'un de ses amis qui s'était cru plus fort que les autres dans son cas. Il avait dit avoir ressenti ce petit coup de cœur pour un pote mais que ça devait pas être grand chose, et puis les regards avaient été de plus en plus longs, de moins en moins discrets jusqu'à ce qu'il passe en mode "attaque", détruisant au passage une amitié et réduisant à néant les infimes chances qui auraient pu naître au fil du temps. L'âge aidait aussi à voir d'un point de vue moins radical, à prendre du recul. Ruri était encore jeune et si cette pétasse de l'époque n'avait pu que se moquer d'elle, elle devait comprendre que tout le monde n'était pas comme ça.
L'enserrant de ses bras, il resta collé le plus possible contre elle, se réchauffant à vitesse grand V contre son corps et grâce à la couette. La crise semblait passer, ne restait que les séquelles d'un petit traumatisme naissant à prendre au sérieux.

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Jeu 4 Mai - 1:39
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Elle avait eu peur de voir s'afficher du soulagement sur son visage. D'y lire un "oh, ce n'était pas si grave" qui l'aurait complètement dévastée. Mais quand elle croisa son regard, un bref instant avant de poser sa tête contre lui, avant de commencer à ouvrir timidement les porte d'un cœur qu'elle avait trop longtemps laissé fermé, elle n'y lut que la douceur habituelle. Un regard auquel elle avait fini par s'habituer, qui lui aurait sûrement manqué si elle avait cessé de le voir du jour au lendemain. Elle avait besoin de lui, plus que jamais. De sa compréhension. De son expérience, même, peut-être. Ou seulement de lui, finalement.
Le mot famille fut celui qui bloqua tout le reste dans sa gorge. Elle ne pouvait pas en dire plus. Qu'aurait-elle pu dire, de toute façon ? Tout cela avait déjà eu tant de mal à sortir, à devenir des paroles au lieu d'une vague d'émotions incohérente. Elle se laissa envelopper sous la couette, se laissant aller contre lui comme s'il était la solution à tous ses problèmes. Mais il ne l'était pas, bien sûr. Il n'y avait pas de solution. Aucune chaleur ne pouvait atténuer ce qu'il était en train de lui expliquer.

Elle n'avait pas envie de l'entendre. Elle ferma les yeux, serrant les paupières de toutes ses forces comme si ça pouvait effacer le monde, tout faire disparaître. Elle ne voulait pas de la réalité qu'il dépeignait dans ses paroles. De la fatalité, de la peur, de l'anormalité. Ruri crispa les poings, secouant la tête plusieurs fois en dénégation. De tout ça. De la peine, inéluctable. De l'absolue vérité qu'elle entendait dans sa voix. Du frisson qui courait sur sa peau malgré les couvertures. Elle ne voulait pas de cette réalité, celle où elle devait accepter qu'on la regarde de travers et qu'on se méfie d'elle parce que quelqu'un, un jour, avait décidé que c'était anormal. Une maladie, même, aux yeux de son père. Une de plus...

Ça avait eu l'air si facile pour lui, quand il le lui avait dit la première fois, comme on dit à quelqu'un qu'on aime les fruits, ou n'importe quoi. Un goût comme un autre, sans conséquences. Ses révélations firent naître en elle des émotions contradictoires. L'angoisse lourde et oppressante qui venait peu à peu ronger sa peine pour la remplacer, celle de ne jamais revoir l'innocente tendresse dans le regard de son frère, de la voir pour toujours entachée d'une lueur de jugement, de mépris. Le soulagement, si infime, de ne pas être seule, accompagné d'une légère désillusion. Ça brisait l'image de perfection, d'acceptation totale qu'elle avait pu avoir. Pas un instant elle n'avait imaginé qu'il se soit senti, comme elle, rejeté par ceux qui l'entouraient. "Comment on s'y habitue ...?" murmura-t-elle, d'une voix si faible qu'elle eut elle-même de la peine à s'entendre.
Comment devenait-on aussi serein que lui ? Elle qui s'habituait si facilement, si rapidement, cela lui semblait tellement impossible. Oh, elle s'y était habituée, la première fois, mais ça n'avait rien fait disparaître. Si elle avait encore mal, à quoi bon ?

Ruri essuya un peu son visage du bord de sa manche pour ne pas lui noyer le visage quand il apparut contre sa joue. Elle aurait aimé qu'il lui dise que tout serait simple, que tout s'arrangerait - mais non, elle aurait tant détesté qu'il lui mente. Les sanglots avaient reflué, mais elle sentait encore des larmes lui brûler les yeux, couler sans se soucier qu'elle leur interdise. Une pensé cohérente parvint à traverser le brouillard de peine qui embrumait son esprit. Son père avait tout sacrifié pour la garder en vie. Elle revoyait les larmes de sa mère à chaque fois que la maladie l'avait rattrapée. Son frère, qui avait toujours été là pour l'accompagner. Aucun ne la comprendrait. Ils l'aimaient tous les trois, mais aucun ne comprendrait. Comme si elle persistait à les faire souffrir après tout ce qu'ils avaient fait.
L'idée de la déception dans les yeux de son père lui planta une autre pointe en plein cœur et elle se recroquevilla légèrement. C'était injuste. Elle ne voulait pas leur infliger tout ça. Mais il avait raison. Elle allait craquer. Elle avait déjà craqué. Sinon elle ne serait pas là.

Ruri se blottit contre lui, essuyant les larmes qui commençaient à s'apaiser un peu. Elle aurait voulu s'agripper à lui, lui demander de tout effacer. Remonter le temps pour oublier Misaki, tomber amoureuse d'un garçon, comme tout le monde. Mais elle ne pouvait rien y faire, pas plus que lui. Elle était déjà rassurée qu'il soit là, comme une preuve vivante qu'on pouvait s'en remettre, vivre avec. "Merci..." Il n'avait pas eu de paroles réconfortants, ou si peu, mais il avait chassé la solitude. Cette solitude qui, toute sa vie, avec fait pression dans les recoins de son esprit pour essayer de l'emprisonner. La peine était toujours là. L'angoisse. Mais lui aussi, il était là.
Tu n'es pas seule. "Je sais pas ce que j'aurais fait sans toi..."
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Ven 26 Mai - 13:23
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Ruri était encore si jeune. Yoite n'avait pas l'âge de la retraite mais il avait, en cet instant, l'impression si intense d'avoir tellement d'expérience, que ça rendait sa petite blonde tristounette encore plus frêle que d'habitude. Il croyait pouvoir ressentir sa peine en lui frôlant la peau, sentait son cœur se briser rien qu'en regardant les larmes couler sur ses joues et quand elle secoua la tête de droite à gauche alors qu'il tentait de lui faire comprendre la dure vérité, il se revit des années en arrière.
Ruri avait beau être triste, apeurée et blessée ce soir dans cette chambre, elle avait une chance qu'il n'avait pas eut à ce moment-là, la chance d'en parler à quelqu'un qui comprenait ce qu'elle pouvait ressentir, qui n'allait pas se mettre à rire devant cette confession brûlante ou partir en courant comme si une maladie incurable trottait dans l'air. Yoite, lui, n'avait eut personne pour se confier, il avait découvert cette envie des hommes dans les douches de la piscine du quartier, s'était mangé son premier râteau sans même comprendre pourquoi et avait finalement lâché sa bombe pour espérer que quelqu'un vienne lui dire qu'il n'avait rien à se reprocher et qu'il restait Yoite Unden malgré tout. C'est d'ailleurs à ce moment-là que sa période sombre avait commencé, rejeté des autres, renfermé sur lui-même par faute de soutien extérieur. Il avait dû prendre sur lui, se servir de la haine qu'il ressentait envers sa famille pour affirmer son caractère, changer de look pour tenter de cacher ses vraies pensées et ... sans s'y attendre, son oncle avait débarqué dans sa vie, effaçant une à une ses blessures, rattachant petit à petit les morceaux de son adolescence solitaire.
Que Ruri pleure, qu'elle secoue la tête si elle en avait envie, Yoite allait resté là près d'elle. Ce soir, demain, plus tard. Jamais il n'allait la laisser vivre ce qu'il avait vécu, la laisser s'enfermer dans un monde de déprime. Le plus gros du travail, elle avait devoir le faire elle-même, se trouver une confiance insoupçonnée au plus profond d'elle-même pour relever la tête, passer au-dessus des préjugés de la société et affronter du regard ceux qui ne pensaient pas comme elle. Elle en était capable, Yoi le savait.


"C'est aux autres de s'y habituer, pas à toi. Tu es comme tu es, et si ça ne leur plaît pas tu ne peux rien y faire. Ce n'est pas un choix que tu as fait, c'est une partie de toi sur laquelle tu dois travailler de ton côté pour réussir à l'accepter. Tu ne vas pas en plus faire des efforts pour les autres, laisse-les gérer leurs à priori."

Cela incluait aussi la famille, malheureusement.
Ruri approchait grandement de l'âge adulte, des responsabilités, des décisions majeures de sa vie future mais malgré tout ça, jamais elle n'allait trouver le pouvoir de changer le jugement des autres. Yoite n'avait pas voulu créer autant de tensions dans sa famille, il avait beaucoup souffert du regard de son père même si celui-ci avait mis beaucoup d'eau dans son vin aujourd'hui, il aurait aussi aimé passer du temps avec son frère, être complice avec lui mais la barrière qui les séparait était plus haute chaque jour. Kaji menait sa vie de son côté, ne souhaitant même pas lui présenter sa petite-amie. Ça avait été douloureux, ça l'était encore aujourd'hui mais parce qu'il n'était pas tout seul, parce qu'il grandissait lui aussi, il acceptait avec de plus en plus de facilité les préférences des autres, oubliant ce qui faisait mal pour se concentrer sur ce qui le rendait heureux.

Serrés l'un contre l'autre, Yoite écouta son caneton boiteux le remercier. Oui, c'était ça dans un sens, il méritait un "merci" pour la comprendre sans la juger mais il aurait aimé qu'elle n'en n'arrive pas là, qu'elle n'ait pas à traverser de telles aventures au cours de sa vie.
D'ailleurs, s'il devait faire le bilan, Yoi se trouvait assez surpris de la tournure des choses. Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble dernièrement et jamais il n'avait eut de doute sur son orientation sexuelle, persuadé qu'elle bavouillait devant les garçons comme les 3/4 des autres filles de l'académie. Avait-elle tout fait pour le cacher, même à lui? S'était-elle menti à elle-même comme pour tenter de faire disparaître ses sentiments? De toute façon, vu son état aujourd'hui, ses pensées "impures" n'étaient pas récentes et Ruri avait commencé son combat contre le monde depuis un bon moment.

Conscient que l'ambiance allait devenir gênante entre eux bientôt, que ce soit maintenant ou demain, Yoite décida de prendre quelque peu les devants sans rien imposer. Il était tard désormais et l'idée de laisser Ruri rentrer chez elle, triste, seule et peu vêtue lui semblait inimaginable. Bilan, elle allait rester ici, il allait la séquestrer au besoin!
Mais avant ...
Se reculant en douceur, il repoussa la couette et lança juste un petit "je reviens" avant de quitter la chambre sans se retourner. Pour une première fois chez lui, c'était triste au possible! Filant dans la salle de bain, il y resta quelques minutes sans faire trop de bruit et retourna dans sa chambre sans avoir allumé la moindre lumière. Ruri était toujours là, petite bête gentiment assise sur son lit, toute fragile et tremblante d'émotions. Venant poser sa main droite sur sa joue, effleurant son oreille de son index et son œil de son pouce, il remarqua son visage dévasté par les larmes, rouge à force d'essuyage intempestif et certainement gonflé d'ici peu. Yoite avait beau laisser émaner une confiance en lui inébranlable aujourd'hui, il avait aussi passer des nuits à pleurer seul dans son coin, priant pour que personne ne l'entende mais au réveil le lendemain, son visage exprimait sa peine, incapable de dissimuler la moindre de ses émotions. Il avait fini par faire des recherches à défaut de pouvoir arrêter de pleurer.


"Allonge-toi et ferme les yeux, y en n'a pas pour longtemps."

Attendant qu'elle s'exécute, peut-être intriguée par les mystères qu'il faisait aussi tard dans la nuit, Yoite posa délicatement un gant de toilette humide d'eau froide sur ses yeux, la coupant de toute vision et lui permettant peut-être de pleurer encore si elle le désirait.
Doucement, il s'allongea à côté d'elle et attrapa son poignet pour bien la rassurer. Si elle s'endormait ainsi, alors soit. Yoite n'aurait qu'à choper la couette partie un peu plus loin pour les couvrir tous les deux et attendre patiemment que sa blonde préférée ne se réveille et retrouve un semblant de sourire malgré les épreuves à venir. Si elle voulait encore parler, de ça ou d'autre chose, passer même toute la nuit à discuter, à rire, à grogner, à bouder aussi ... Yoite serait là. Il ne pouvait pas promettre qu'il ne finirait pas par s'endormir mais ça faisait aussi partie du jeu. Une nuit avec Ruri, un souvenir avec sa Ruri, un moment rien qu'à eux pour le meilleur et pour le pire.

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Dim 11 Juin - 3:34
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C'était aux autres de s'habituer. Du haut de ses seize ans, à peine, Ruri avait appris que les autres ne s'habituaient pas. Ou pas assez vite, pas aussi vite qu'elle. Ils avaient tant besoin que rien ne change, que tout corresponde à leurs attentes, en étaient si persuadés, que la moindre chose qui n'y entrait pas devait s'assimiler ou souffrir. Et Ruri avec une fille, ça n'entrait dans les attentes de personne. Ni dans les siennes, ni dans celles de sa famille, certainement pas dans celles de ses amis. Elle pouvait l'accepter... non... peut-être. Elle détestait cette part d'elle-même et elle aurait voulu l'enfermer avec les autres, loin derrière la porte qui avait barré la route à ses émotions. Pouvoir sourire, faire semblant. Ça n'était pas si compliqué. Ça ne l'avait jamais été avant aujourd'hui.

Mais avant aujourd'hui, elle n'avait jamais eu à l'admettre. Elle l'avait caché, oublié même, à force de ne pas parler de garçons avec les autres. C'était resté là, caché au fond de son cœur, prêt à resurgir comme si ça avait attendu que tout aille bien pour lui rappeler qu'on ne pouvait contenir la vérité éternellement. Et c'était ça qu'elle devait accepter. C'était ce mot qu'il avait choisi. Pas s'adapter, ni s'habituer. Accepter. Quelque chose de bien plus difficile. Accepter qu'elle ne regarderait jamais un garçon comme les autres filles de sa classe et qu'elle ne pourrait pas en parler avec elles. Que ses parents... et son frère... qu'elle serait seule...

Presque seule. Elle se raccrochait à Yoite, à sa présence, à sa compréhension, comme à une bouée de sauvetage. Qui l'avait sauvée de la noyade pour la seconde fois. Quand il se leva, elle se roula en boule en attendant qu'il revienne. Un jour, peut-être, elle le vivrait mieux. Mais ce soir, elle avait besoin de lui. Il était la seule certitude qu'il lui restait dans la tempête qui s'était emparée de son cœur et de ses émotions. Quand il revint pour essuyer ses larmes, elle sentit la boule dans sa gorge diminuer un peu. Une force inconsciente calmait ses larmes pour lui - pour qu'il n'ait plus à en essuyer de nouvelles, qu'il n'ait plus à s'inquiéter. Tant qu'il était avec elle, elle irait mieux. Mais elle savait qu'elle devrait trouver la force de supporter tout cela sans sa présence. Qu'elle ne pouvait pas rester ici éternellement. Plus tard... Elle aurait tout le temps d'y penser plus tard...

Ruri fit ce qu'il lui demandait sans réfléchir, sans chercher à comprendre. Lorsqu'ils étaient rencontrés, il lui avait demandé d'avoir confiance en lui, une confiance absolue qu'elle n'avait bien sûr pas à l'époque, mais qui commençait à se frayer un chemin aujourd'hui. Il serait toujours là pour la rattraper. Elle lui aurait confié sa vie sans hésitation. Après tout, ne venait-elle pas de lui confier bien plus ?
Son gant humide sur les yeux, elle tourna la main pour pouvoir s'accrocher à son poignet, comme une certitude qu'il était à ses côtés. "Yoite ?" Ses forces diminuaient, elle le sentait. La peine avait consumé son énergie, mais un doute la gardait éveillée. Et si la peine ne partait jamais ? Si elle ressentait ça toute sa vie, à chaque regard vers sa famille, vers une fille, vers n'importe qui pouvant connaître son secret ? Si Yoite commençait à la voir différemment ? Ses larmes n'avaient jamais rien apporté de bon... "Je pourrais retrouver le sourire, hein ? Et tu continueras de sourire avec moi ?" Elle ne voulait pas pleurer encore mais, plus que tout, elle refusait qu'il ressente cette tristesse en sa présence. Elle voulait qu'ils soient heureux, qu'ils puissent rire ensemble, que sa prochaine visite ne soit pas si douloureuse. Elle voulait des souvenirs impérissables qui remplaceraient les autres, feraient taire la tristesse.
Mais malgré tout, elle n'aurait effacé ce moment pour rien au monde.
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Dim 9 Juil - 14:36
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Il était clair que, jusque-là, leurs rencontres s'apparentaient davantage à des délires, des échanges incongrus, des tests mesquins et embarrassants bien plus qu'à des confessions douloureuses et des heures passées sur un lit à pleurer. Yoite avait bien senti ce vent de changement entre eux, cette distance se raccourcir un peu plus chaque jour, son intérêt grandir pour la petite Russe alors qu'il la regardait toujours tenter d'échapper à la noyade au fil des leçons. Changée? Non, il ne pouvait pas dire qu'elle avait changé, ils avaient juste laissé le temps faire son travail, accepté les défauts et qualités de l'un et de l'autre jusqu'à se découvrir un certain attachement qui faisaient d'eux des amis aujourd'hui. Pas les inséparables, pas les meilleurs amis du monde mais de très bons amis quand même. Ruri était devenue spéciale à ses yeux.

Cela dit, jamais il ne l'avait invité chez lui. Pourquoi? Parce qu'il n'avait pas pour habitude de traîner avec des filles, parce qu'il ne savait pas réellement s'il pouvait se comporter avec elles comme il le faisait avec eux. Il n'avait pas peur, il était juste un peu mal à l'aise, se demandant s'il devait se forcer à paraître "mieux" et comme ça ne l'arrangeait pas du tout de faire des efforts pour ces dames, il préférait éviter qu'elles ne débarquent chez lui.
Pourtant, Ruri ne lui avait jamais rien imposé et elle connaissait parfaitement son caractère et ses mauvais côtés. Il était pervers, tactile et mesquin, limite obsédé mais il connaissait les barrières à ne pas franchir. Et elle? Est-ce qu'elle se rapprochait de lui parce qu'elle ne craignait pas qu'il lui saute dessus? La balance avait-elle penché plus fortement parce qu'il ne dévorait que les mecs? C'était délicat et finalement pas vraiment utile de lui demander ça maintenant. Ils étaient amis, point.

Désormais tous les deux allongés sur le lit, le gant de toilette sur les yeux de sa petite blonde préférée, Yoite la fixait dans la pénombre, ressentant sa présence sans réellement la voir. Il laissa sa main s'accrocher à son poignet, appréciant sa soudaine chaleur et ce besoin, viscéral, d'être sûre qu'il n'allait pas s'éloigner. Il aurait été le roi des cons de la renvoyer chez elle, de lui dire "ça ira mieux demain" en pensant seulement à se reposer. Non, ça n'allait pas aller mieux, les jours, semaines et mois suivants allaient être durs, longs et principalement négatifs mais elle devait passer par-là. C'était certainement plus simple de le faire aujourd'hui que de repousser et de se retrouver dans cette même situation 15 ans plus tard, des enfants en bas âge dans les pattes. Le but d'une vie, ce n'était pas de se conformer à l'image idéale de la société, c'était bien d'être soi-même et tant pis si les gens n'appréciaient pas.
Seulement voilà, Ruri n'avait pas encore la force de se ficher de tout ça, de passer au-dessus des autres pour se sentir heureuse et comblée. Yoite non plus n'avait pas une vie simple tous les jours, il ne lui avait pas raconté qu'il s'était tabasser y a quelques mois de ça par des mecs homophobes, ou des railleries de certains passants quand il se promenait en ville. Lui, il assumait et leur répondait souvent avec des gestes salaces mais quelqu'un de moins "fort" pouvait finir par déprimer.


"Un sourire forcé finira par te rendre encore plus triste mais si tu souhaites vraiment être heureuse et épanouie, alors tu y arriveras. Que je sois là ou pas d'ailleurs."

Ainsi, il espérait lui faire comprendre que les aléas de la vie pouvaient débarquer à tous moments et radicalement tout changer. Qui pouvait savoir? Peut-être que demain, ils n'allaient plus se revoir? Yoite pouvait passer sous un bus comme déménager à l'étranger ... Y avait peu de probabilité mais rien n'était impossible.
Dans l'immédiat, il ne prévoyait pas de s'en aller, encore moins de s'éloigner mais il n'était pas spécialement réputé pour être le plus fiable des amis. Il était fidèle mais pas empathique. La détresse des autres, il gérait mal et préférait faire sa vie tranquille sans rien demander à personne. Lui, quand il allait mal il n'en parlait pas, même quand les autres finissaient par s'en rendre compte et venaient le voir. Il n'aimait pas s'apitoyer et si Ruri finissait par faire une dépression, il savait déjà qu'il ne lui serait d'aucune aide. La vie, c'était un vrai combat intérieur.


"C'est sûrement pas ce que tu as envie d'entendre en ce moment, mais tu devrais rencontrer des filles comme toi, tu te sentirais moins seule. Loin de moi l'idée de faire de toi la chaudasse du coin mais tu prends sûrement ça trop au sérieux. T'es jeune, tu sais."

En gros, profite de la vie tant que tu le peux.
L'humain semblait être fait pour s'inquiéter des choses pourtant futiles. On se souvenait tous avoir stressés pour des examens qui, au final, n'étaient rien du tout quelques années plus tard. Bien sûr, l'orientation sexuelle était un sujet bien plus important car c'était "pour la vie" et ce qui rendait le tout si dérangeant, c'étaient les autres. Si tout le monde était né bisexuel, Ruri ne serait jamais venue pleurer dans ses bras et Yoite n'aurait pas un passé aussi sombre qui le faisait encore souffrir de temps en temps.
En attendant, ils étaient bien tous les deux là, proches mais pas trop, partageant une chaleur humaine juste nécessaire et dévoilant sans honte ce qui aurait pu rester éternellement caché dans d'autres circonstances.

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Jeu 3 Aoû - 19:18
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Ses yeux peinaient à rester ouvert, et seule la pointe d'inquiétude dans son cœur l'empêchait de sombrer. Les doigts serrés sur le poignet de Yoite, elle attendait la réponse providentielle qui lui permettrait de mettre la souffrance derrière elle, de rouvrir la porte au fond de son esprit pour y jeter cette douleur-ci, avec les autres, loin de ses préoccupations. Ce n'était probablement pas une solution intelligente, ni vouée à durer sur le long terme – elle savait que la barrière finirait par céder, un jour, si elle ne trouvait plus rien pour la contrebalancer. Elle s'était fissurée aujourd'hui, réparée tant bien que mal par une compréhension qu'elle pensait ne pas pouvoir trouver ailleurs. Si leur amitié était indéfinissable à ses yeux, oscillant d'un jour à l'autre entre une relation presque plus proche que celle qu'elle avait avec son frère et une distance qu'elle n'avait pas avec d'autres de ses amis, elle s'était tournée vers lui sans hésitation. Même si leur relation n'avait jamais laissé entendre qu'il saurait trouver les mots pour la réconforter sans tomber dans une pitié extrême qu'elle ne supportait plus. La réconforter sans lui cacher quoi que ce soit non plus. Son honnêteté, même si elle avait été douloureuse par moment, commençait à agir comme un baume sur ses blessures mentales.

Sa réponse lui tira un sourire, rendu pâle par la fatigue. Les sourires forcés avait composé la plus grande partie de son enfance, devenant sincères à force d'être omniprésents, et elle se sentait capable de les conserver sans être plus triste pour autant, même si elle commençait par sourire pour lui, pour qu'il ne lui vienne pas à l'esprit d'avoir pitié d'elle. Bien sûr, elle ne réclamait pas sa présence à chaque instant pour sourire, même si elle lui était nécessaire, essentielle même, ce soir. Elle était juste contente d'entendre qu'elle n'avait besoin que de sa propre volonté pour retrouver une joie de vivre que, au début de la soirée, elle se pensait proche de perdre. Elle lui avait demandé de sourire avec elle, parce que l'opinion qu'il avait d'elle, contrairement à celle de beaucoup d'autres, avait de l'importance à ses yeux. Elle ne pouvait pas se contenter de vouloir qu'il se souvienne d'elle – elle voulait qu'il se souvienne d'elle en bien, comme l'amie souriante et déterminée qu'elle était en temps normal, et pas comme celle qu'elle avait été ce soir. Faible, triste et incertaine. Elle commençait juste à réaliser que ce n'était pas l'image qu'elle voulait qu'il ait d'elle.

Elle n'avait pas besoin de quelqu'un pour pleurer sur son sort, ni ce soir, où elle avait surtout cherché de la compréhension et des conseils, même si sa compassion ne lui avait pas fait de mal, ni aucun autre jour. Elle avait besoin qu'on l'aide – qu'il l'aide – à rester forte. Pour qu'un jour, elle puisse le faire toute seule.
Et accepter.
Ruri n'y était pas encore prête, loin de là, et si ça n'avait tenu qu'à elle, elle aurait sans doute recommencé à l'enfouir loin au fond de sa tête en ignorant purement et simplement la jolie fille en question. Mais même avec ça, elle savait que ça reviendrait, plus tard, peut-être encore plus douloureux que les fois précédentes. Il avait raison à ce sujet. Son seul choix était de l'accepter. De l'accepter ou de vivre sans jamais aimer personne ou exprimer ses sentiments, une deuxième solution qui lui semblait finalement bien plus facile à imaginer et à vivre. L'amour c'était incertain, encombrant et souvent douloureux, bien plus instable et compliqué que la simple amitié.

Rencontrer d'autres filles comme elle... C'était une idée qui se tenait, une réaction logique même. Évidemment, tomber amoureuse de quelqu'un qui ne serait par défaut pas intéressé était inutile. Mais est-ce qu'elle en avait vraiment envie ? Il y avait une distance monstre entre admettre qu'elle ne ressentirait jamais plus que de l'affection amicale pour un garçon et se lancer dans quelque chose avec une fille. Un gouffre encore plus grand qu'entre reconnaître sa différence et l'accepter. Aimer en silence et ne jamais rien concrétiser était plus simple sur tous les points. Solitude mise à part...
"J'en ai pas vraiment envie..." C'était juste ça. Ne pas entraîner quelqu'un dans sa vie compliquée d'une part, ne pas risquer un rejet d'autre part. Elle n'y voyait pas d'intérêt. Ou bien elle n'avait juste pas envie de rencontrer quelqu'un qui pouvait lui retourner ce genre de sentiments. "Mais tu dois avoir raison, j'y pense trop.". Surtout pour une fille comme elle qui avait tendance à vivre dans l'instant. Il y a moins de deux ans, elle était persuadée de mourir avec ses dix-sept ans. Ça ne lui ressemblait pas de s'inquiéter pour un avenir qu'elle n'avait jamais été certaine d'avoir.

Son fil de pensées fut interrompu par le bâillement qui lui échappa et elle posa sa tête un peu plus confortablement contre lui. "Désolée... je suis un peu fatiguée..." Elle était plus proche d'être totalement épuisée. L'émotion avait puisé dans ses réserves et le tourbillon de ses pensées avait sapé ses dernières forces. Les yeux fermés, elle ne dormait pas encore mais une partie de son esprit flottait déjà à moitié dans le sommeil. Ses doigts serrés sur le poignet de Yoite se relâchèrent doucement.
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Ven 8 Sep - 19:27
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Le temps avait tellement passé depuis leur rencontre, depuis cet instant où cette petite tête blonde cachée sous un bonnet de bain avait tenté de nager en s'imaginant que la volonté pouvait suffire. Yoite s'était moqué, s'était désintéressé de ce cas perdu et l'avait même taquiné pendant les heures de club en se disant qu'elle allait abandonner d'une minute à l'autre et que ça servait donc à rien qu'il perde son temps ... mais Ruri lui avait prouvé son erreur, elle était restée au club de natation et avait doucement progressé jusqu'à finalement apprendre à se débrouiller dans l'eau. Les efforts physiques l'épuisaient toujours aussi vite et sa technique manquait de grâce mais le petit poisson noyé qu'elle était avait pris son envol.
Comment pouvait-on ressentir autant de souffrance actuellement pour ce petit être autrefois insignifiant? Yoite savait qu'il avait créé un lien avec Ruri avec le temps, qu'il avait commencé à l'apprécier pour de bon au fil de leurs conversations et échanges mais c'était ce soir qu'il prenait pleinement conscience de l'importance qu'elle avait pour lui. Il haïssait de la voir dans cet état, sa peine était particulièrement contagieuse et le petit japonais avait le cœur désormais serré. Il se savait impuissant dans cette situation car mauvais conseiller en amour et histoires d'ados mais il ne connaissait le sujet que trop bien et osait dire ce que d'autres auraient caché par politesse. Les frayeurs, les regards, les jugements, la possible solitude, le rejet ... Tout ça n'était pas que des "peut-être" et Ruri devait en prendre conscience. Elle entrait dans le monde des adultes de la pire manière qui soit mais comme elle avait du courage et beaucoup de persistance, Yoite restait persuadé qu'elle pouvait faire face. Un jour.

Ce jour qui était encore bien loin, et surtout pas ... ce soir.
Quand Yoite lui "proposa" de se laisser aller en prenant simplement la vie du bon côté sans chercher à tout voir avec le sérieux d'une femme mature et posée, la réponse de son amie le fit sourire. Pas envie, hein? Forcément si elle s'imaginait qu'il fallait le faire tout de suite, alors lui non plus n'en n'avait pas envie! Non, il lui disait dans les jours, semaines à venir. Ruri ne pouvait pas rester comme ça, à déprimer sur une fille qui n'était peut-être même pas de ce bord! Elle devait reprendre le dessus et cesser de croire qu'elle venait de mettre un pied dans la tombe. Ce n'était pas des problèmes de santé, ou la mort d'un proche ... c'était quelque chose de privé, de douloureux certes mais de surmontable et de secondaire. Il ne tenait qu'à elle d'en faire quelque chose de public, elle pouvait aussi jouer la comédie jusqu'à réussir à accepter, ou assumer avec ce regard assuré qu'elle avait de temps en temps. Ruri avait le choix.
Le petit rebelle se contenta de hocher la tête, son but n'était pas de la forcer, juste de la soutenir du mieux qu'il pouvait. Et quand elle lui fit comprendre qu'elle s'endormait, il lui montra son accord d'un simple "Mmh." qui lui assurait qu'elle pouvait se laisser aller, qu'elle était en sécurité ici et qu'accessoirement, il fatiguait aussi. Techniquement, ils étaient bien mal placés dans le lit mais tant pis. Ruri était blottie contre lui, son poignet prit en otage et Yoite ne souhaitait pas la déranger. Il la laissa fermer les yeux, calmer sa respiration jusqu'à ce que celle-ci soit régulière et apaisante, il la fixa de ses yeux sans méchanceté se demandant comment allait se passer le réveil du lendemain. Pas de panique, pas de crise mais peut-être ... une gêne? Un rire nerveux? Franchement, Ruri pouvait bien vouloir tout oublier si ça l'arrangeait, Yoite n'était pas contraignant mais il était sûr de lui quand il disait qu'un jour ou l'autre, il allait falloir se pencher sérieusement sur le problème.
Se blottissant à son tour contre la blondinette, Yoite s'endormit lui aussi en très peu de temps.

* * *

Alors que le jour était levé depuis pas mal de temps déjà, Yoite se tourna dans son lit en ayant comme l'impression que quelque chose n'était pas comme d'habitude. Déjà, il avait un peu froid et quand finalement il fit face à sa grosse peluche banane en ouvrant les yeux, il eut un sursaut qui le fit se redresser en position assise en moins de deux. Pas de doute, il était dans sa chambre mais pourquoi est-ce qu'il avait dormi de travers?
Ce n'est qu'en se posant cette question que tout lui revint en mémoire et délicatement il tourna la tête vers cette boule de chaleur lovée contre lui qu'il avait peut-être dérangé en sursautant. Ruri avait dormi avec lui, ils avaient partagé un instant unique quoiqu'assez négatif mais ça lui faisait plaisir qu'elle soit là. Est-ce qu'elle allait mieux? Est-ce qu'elle avait bien dormi? Ses yeux ne paraissaient pas plus gonflés que ça, c'était bon signe!
Se rallongeant doucement, remettant la couette sur eux deux, Yoite vint se glisser contre son mouton en remuant suffisamment pour la réveiller mais en douceur.


"Ruriiiii, je voudrais voir ta tête au réveil! Et l'expression paniquée sur ton visage quand tu vas réaliser où tu es."

Ambiance détendue ou du moins, tentative.
Ruri n'était pas venue le voir alcoolisée alors elle aussi, elle allait se souvenir de tout mais un autre jour venait de commencer et tous les deux, si cette confession devait entacher leur amitié, ils pouvaient choisir de l'ignorer quelque temps. Yoite n'était pas pour mais il était du côté de Ruri et si elle préférait retrouver le sourire, même faux, pour finalement avoir la patate ... alors soit. Chacun sa façon de faire, après tout.
D'ailleurs, Yoite se demanda comment il allait expliquer à sa famille qu'une fille qu'ils ne connaissaient pas avait dormi chez eux, avec lui ... Kaji allait sûrement le traiter de pédophile, cet abruti. Valait mieux que la petite blondinette n'assiste pas à cette scène, il était peut-être temps qu'il pense à un vrai "chez lui", un endroit où il n'aurait pas à se justifier et où Ruri, entre autre, pourrait débarquer sans craindre d'être harcelée de questions le lendemain. Un jour.

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Sam 21 Oct - 23:05
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S'il te plaît...
Quelques petits mots...

Ruri parle en #FFA6AD ou en #8491CA (russe)
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Ruri Macarevich & Yoite Unden
Sitôt happée par la fatigue, elle avait dormi d'une traite, d'un sommeil de plomb et sans rêves à peine perturbé par les mauvais souvenirs qui essayaient de s'y inviter. La présence de Yoite contre elle les avait chassés, empêchés de se changer en cauchemars. Elle avait pu recharger ses réserves d'énergie et de bonne humeur en paix, se remettre de ses émotions un peu trop violentes.
Ça ne l'empêcha pas d'être totalement dans les vapes au réveil, encore écrasée par le poids d'un sommeil trop lourd auquel elle n'était pas habituée. Elle sentit un mouvement brusque qu'elle ne parvint pas à identifier et se replia sur elle-même sans se réveiller, encore trop endormie pour chercher à comprendre.

Ruri aurait probablement continué à dormir dormir pendant des jours si elle n'avait pas senti quelque chose - quelqu'un surtout - se glisser contre elle. Son embrumé lui rappela son dernier réveil du genre, quand son frère l'avait trouvée endormie en travers d'un lit pas loin d'un garçon totalement inconnu. Ca aurait très bien pu être la veille comme l'année précédente, sa notion tu temps flottait encore trop loin de son esprit. Mais la voix qui lui parla doucement n'était pas un cri énervé de son frère, ni quelque chose d'encore plus inquiétant. Il lui fallut un moment pour reconnaître à qui elle appartenait. "Qu'est-ce..."
Puis la situation la frappa d'un coup, et elle ouvrit les yeux, sursautant presque. Elle était dans un lit - pas le sien - avec Yoite, point assez rassurant malgré tout. Ca voulait dire quand même qu'elle avait dormi chez lui, probablement même avec lui, et c'était.... gênant. Un niveau de proximité qu'elle n'avait jamais atteint avec un seul de ses amis, pas même avec son frère, ça lui semblait impensable. Incompréhensible. Pourquoi...
Oh, oui. La mémoire lui revient et sa gêne ne fit qu'augmenter, revenant jusqu'à ses joues.

Ruri se redressa difficilement, luttant contre la fatigue et contre les picotements douloureux qui remontaient dans ses muscles mécontents de sa position de la nuit. Sans s'asseoir complètement, elle s'appuya juste contre un petit oreiller adossé au mur pour ne pas se retrouver totalement allongée. Ses neurones se remettaient lentement au travail mais aucun n'arrivait pour l'instant à répondre à une question simple : et maintenant ? Elle ne savait pas du tout quoi faire, quoi dire. En débarquant ici hier soir, elle n'avait pas un seul instant pensé au lendemain. Même ses émotions n'étaient pas claires, son sourire naturel hésitait à apparaître comme s'il avait été vexé d'être chassé la veille. Elle ne chercha pas à le forcer ; sa bonne humeur finirait bien par revenir d'elle-même.

Quand elle réussit à aligner plus de trois pensées cohérentes, elle se rendit compte que 1) Yoite ne lui avait pas dit un mot à propos de la veille et donc qu'elle pouvait très bien refaire l'autruche si elle voulait, 2) les autres membres de sa famille étaient sûrement réveillés donc elle risquait de les croiser et de devoir expliquer sa présence et 3) elle n'avait pas prévenu son frère et il devait être en train de sévèrement paniquer. Ca faisait beaucoup trop d'information à traiter au réveil, et elle n'avait jamais eu le sens des priorités.

"Comment tu vas expliquer ça à ta famille ? Ils doivent pas avoir l'habitude de te voir dormir avec une fille." Son sourire était un pâle reflet de son habituel, son humour un peu en décalage avec sa manie habituelle d'éviter tous les sujets du genre "dormir" entre gros guillemets, et une légère note d'angoisse perçait dans sa voix, pas entièrement dissimulé par son ton blagueur. Elle lui faisait assez confiance pour savoir qu'il n'allait pas aller raconter leur soirée dans les détails à tout le monde, mais elle avait aussi peur que leur relation en ait été altérée. Elle ne voulait pas laisser de la pitié s'y installer mais elle sentait que l’insouciance dans laquelle elle baignait jusque là en avait souffert. Etait-ce un bien ou un mal ? Elle n'en savait rien pour l'instant, et elle préférait dissimuler ses doutes derrière un peu d'humour. De toute manière c'était la seule chose qui lui venait à l'esprit dans la brume de ses émotions, dans son hésitation entre tout enterrer dans sa mémoire ou accepter ses révélations nocturnes.
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Mer 15 Nov - 15:22
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A partir du moment où Yoite ouvrait les yeux sans l'aide du réveil, sa bonne humeur était totale. Son corps lui disait qu'il avait suffisamment dormi, qu'il pouvait se lever du bon pied et faire tout ce qu'il avait à faire pour aujourd'hui. C'était devenu assez rare malgré tout qu'il fasse des grasses matinées sans qu'un seul bruit ou une seule personne ne vienne interrompre ses doux songes. Il se levait souvent tard mais il se couchait aussi à pas d'heures ce qui rendait son sommeil plutôt perturbé. C'était pour des raisons aussi futiles qu'il avait prit l'habitude de dormir dans des hôtels parfois, juste pour être tranquille le matin ...
Bougeant sans cesse contre la petite blondinette, Yoite savait qu'il allait forcément la réveiller, la déranger aussi et peut-être l'agacer mais ça faisait parti du jeu. Ils avaient partagé une nuit ensemble et même si ça ne l'avait pas gêné outre mesure, ça allait certainement rester un événement rare dans leur amitié donc il devait en profiter. Bilan : il voulait voir la tête de Ruri à son réveil, son humeur quand quelqu'un la poussait à se réveiller plus tôt que prévu, sa coiffure après avoir dormi en travers d'un lit, sa voix encore engourdie, sa démarche pas encore aussi joyeuse et motivée que d'habitude. Yoite la connaissait toujours sous son meilleur jour, pleine d'entrain, de volonté, de bonne humeur et de sourires mais elle était comme tout le monde et si hier elle lui avait montré bien plus qu'un jour sans, il voulait aussi se raccrocher à de simples jours d'ennui, de flemme, de mauvaise humeur. Ils étaient amis, ils devaient tout partager!

Quand enfin elle ouvrit les yeux, Yoite eut envie de rire. Elle eut un instant de blanc à le fixer en se demandant ce qu'il faisait dans son lit, si elle était bien dans SON lit, quelle heure il était peut-être ... et puis, ses joues se teintèrent de rouge et Yoite éclata de rire. Il avait beau être homosexuel, il adorait faire rougir ces dames. Pour lui laisser un peu de paix, il se recula et se mit assis dans le lit. Il la regarda émerger avec un mal fou, la prenant même en pitié deux secondes rien qu'en imaginant être à sa place. Elle donnait l'impression d'avoir encore envie de dormir pendant au moins 100 ans et il regrettait de l'avoir réveillé ... Mais NON! Il était plus que l'heure de se réveiller, du bruit résonnait dans la maison, Ruri devait reprendre le cours de sa propre vie.


"Tu devrais dire "jamais" plutôt. T'es la seule nana à avoir fouler le sol de cette chambre et avoir ... souillé mes draps! T'en avais rêvé, avoue!"

Peu importait le mal que Ruri avait à émerger, lui se sentait très bien! Il blaguait, il était très motivé et quitta la douceur de son matelas d'un petit saut pour aller chercher son jean qui traînait près de la fenêtre. Il irait prendre sa douche plus tard, pour le moment il devait s'habiller et préparer la fuite de son petit poisson noyé. Elle ne le dérangeait absolument pas mais il était le grand frère d'une petite sœur lui aussi et franchement, le pauvre frère de Ruri devait s'être arraché les cheveux depuis tout ce temps! Il allait s'imaginer le pire des scénarios et valait mieux qu'elle rentre vite le rassurer avant que ça ne dégénère.
Enfilant son jean à la hâte, il revint vers la petite blondinette et se pencha vers elle :


"Au choix, on la joue à l'aise jusqu'au bout et tu manges avec nous ou alors, je t'aide à fuir sans discrétion et je porterai à moi seul le poids de la curiosité des autres. Une petite préférence?"

Yoite s'en fichait lui.
Les relations avec sa famille étaient tellement bizarres qu'une fille à table avec eux pour manger ne choquerait pas plus que ça mais Ruri devait s'attendre à toutes sortes de questions et peut-être aussi à une engueulade en direct puisque Kaji n'avait aucune manière. Cela dit, si Yoite n'avait pas élevé la voix jusque-là puisque les personnes invitées avaient été des mecs et leur fierté passait avant tout, il savait qu'il serait capable de sortir de ses gonds si on s'en prenait à Ruri. C'était dur d'avoir une vie privée ici!

Se redressant, il retira l'oreiller derrière sa tête afin de la forcer à se lever. Tant pis si mademoiselle devenait grognon, le temps qu'ils passaient dans cette chambre devait rester merveilleux et rare et ce petit moment leur suffirait à en parler pendant des semaines. Il le balança loin du lit et enfila rapidement un t-shirt. Il prévint alors sa petite poulette qu'il allait vite se laver les dents avant qu'elle ne prenne sa décision. Si elle décidait de rentrer chez elle au plus vite pour rassurer son frère, Yoite irait se proposer de la raccompagner. Pas de pitié, juste un besoin d'être sûr qu'elle allait bien et il se ferait une joie de la taquiner sur tout le trajet afin qu'elle retrouve le sourire et qu'elle ait même l'envie qu'il dégage tant il était chiant!
Peut-être qu'un jour, ils reprendraient le temps de parler de tout ça mais il n'y avait pas d'urgence. Le sujet n'allait pas disparaître de toute façon et si Ruri préférait remonter la pente moralement avant de se pencher à nouveau sur des sujets fâcheux, ce serait parfait! Il l'aimait positif son petit écureuil à plumes!

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