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 K4ruh0 - Turn it off and on again

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Karuho Chîsaru
M • Université - 2ième année
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MessageSujet: K4ruh0 - Turn it off and on again   Sam 20 Aoû - 5:52



Karuho Chîsaru

I’m just a robot with nothing inside... right ?




■ Fiche d'identité


Âge & date de naissance : 20 ans, 15 mars 1996
Nationalité : Japonaise
Orientation sexuelle : Hétéro

Année d'étude : Première année
Cursus choisi + spécialité : Génie électrique et informatique
Groupe : I’m Odd
Club(s) : Informatique, Cuisine


■ Physique


Il fut un temps où Karuho n’attirait pas énormément l’attention. Autrefois, elle était une japonaise comme les autres : cheveux noirs, yeux bridés et très foncés, mais aussi le visage arrondi et les lèvres fines qu’elle a encore aujourd’hui. Si elle a gardé sa chevelure abondante cachant son petit front, ce sont bien les seules parties de son apparence qui n’ont pas changé.

Exit les cheveux noirs, Karuho a depuis longtemps décoloré ses cheveux pour devenir d’une blondeur à couper le souffle. Blonde comme les blés, selon l’expression consacrée. Ses cheveux changent de forme selon les périodes et selon ses envies. Longs, courts, attachés ou en batailles, c’est bien la seule partie d’elle qui semble constamment vivante. Car il n’est pas facile de déceler une étincelle de vie sur son visage. Toujours impassible, il est très rare qu’elle esquisse un sourire et, quand elle le fait, il semble artificiel. Faux. Comme celui d’une machine mal animée.

Son regard a perdu son expressivité depuis qu’elle a fait le geste le plus risqué de son existence, en trouvant un tatoueur assez expérimenté pour lui teindre les yeux. En lieu et place de ses yeux humains, on peut faire faire aux yeux noir et jaunes terriblement inexpressifs de ce que serait une intelligence artificielle incarnée. Elle a renforcé son tatouage irréel par des lentilles fluorescentes qui s’illuminent dans l’obscurité, au point qu’elle paraît un peu effrayante de loin. Inutile d’espérer non plus reconnaître le japon dans la forme de ses yeux. Comme d’autres parties de son corps et de son visage, ils sont désormais loin de leur forme naturelle, débridés lors d’une opération de chirurgie esthétique il y a près d’un an.

Son nez a aussi fait les frais de son amour de l’artificiel. Elle l’a fait affiner et légèrement allonger, si bien qu’il ne ressemble plus du tout au nez légèrement épaté qu’elle avait dans son enfance. Autant dire que ceux qui l’ont connue jeune auront peut-être un peu de mal à la reconnaître aujourd’hui. Et les changements de son visage ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Car on ne vit pas dans la peau de Karuho Chîsaru et dans son esprit tordu sans en arriver à des extrémités qui en feraient frémir plus d’un. Ses yeux ne sont pas la seule partie de son corps à lui donner l’allure d’une machine. Son corps tout entier est couverts de tatouages très travaillés pour donner à sa peau l’apparence du métal. De ses pieds à son cou, et à part quelques parties de son corps trop fragiles pour être tatoués comme son entrecuisse et la pointe de ses seins, elle semble entièrement faite de plaques d’acier soudées et articulées, de vis et de boulons. C’est une fille qui ne passe clairement pas inaperçu.

Tatouages mis à part, elle n’est pas si exceptionnelle. Pas très grande du haut de son mètre soixante, même si elle paraît grande à côté de certaines filles de son entourage, elle n’a pas non plus de formes mémorables. Pas de fesses rebondies ni de poitrine opulente, même si elle se plaisait autrefois à photoshoper son image et que l’idée de faire agrandir sa poitrine lui a souvent traversé l’esprit. Elle est mince et a eu la chance de naître avec un métabolisme rapide qui l’empêche de grossir peu importe ce qu’elle mange. D’un autre côté, vu qu’elle mange très peu de choses sucrées ou grasses - pour ne pas dire qu'elle se nourrit comme une tortue -, le problème de son poids n’est pas près de se poser.

Karuho n’a pas un style vestimentaire très original. Quand elle ne pose pas à moitié nue pour des magazines à sensation qui adorent la femme-machine qu’elle cherche à devenir, elle expose rarement plus que ses bras et une petite partie de ses jambes. Jupes plus ou moins longues, tee-shirts ou débardeurs, chaussures qui descendent rarement sous sa cheville, elle n’expose jamais son corps plus que nécessaire. Il n’est pas rare de la voir en short ou en jupe courte, cependant, mais jamais sans un collant, comme si l’éducation de son père à ce sujet avait survécu à toutes les phases de sa transformation. Autant dire que ceux ayant vu la totalité de ses tatouages sont rares, voire inexistants. Elle ne dit pas non à un jean ou à des manches longues non plus. Tout ce qu’il faut retenir, c’est qu’elle ne donne pas dans l’originalité et qu’elle prend toujours la tenue la plus simple possible. Parce qu’une machine ne cherche pas à attirer les regards. Ou peut-être juste parce qu’elle les attire déjà assez comme ça.

Karuho, c’est une fille qui a fait des efforts disproportionnés pour effacer tout ce qu’il y avait de naturel en elle. Pour devenir ce que son esprit désordonné a vu en elle il y a des années : une machine.



■ Caractère


Difficile de décrire Karuho dans son entièreté tant son esprit est complexe et difficile à cerner. Si l’on devait commencer quelque part pour décortiquer ses pensées, il faudrait remonter loin, à l’époque où elle était encore consciente d’être humaine. Karuho n’a pas toujours été une maniaque de l’artificiel incapable d’accepter son corps tel qu’il était. Avant, c’était une fille simple, souvent perdue dans ses pensées ou dans ses programmes, peut-être, mais simple. Elle avait le don de profiter de la moindre chose, de sourire d’un rien. Mais il est impossible de la comprendre sans savoir qu’elle possède ce qu’on appelle la mémoire absolue.

La mémoire absolue, ou mémoire photographique, n’est pas le souvenir parfait et précis du moindre moment de sa vie depuis sa naissance, mais simplement une faculté spectaculaire à retenir des choses dans leurs moindre détails, dans son cas visuels. Elle peut se souvenir de la forme de chacune de vos dents si vous lui souriez, de chaque teinte de couleur d’un coucher de soleil. Loin d’être un avantage, sa mémoire a plutôt été un handicap pour ses études, car elle a, en contrepartie, une mémoire auditive absolument ridicule. Impossible de prendre correctement des notes sans oublier le début de la phrase en quelques minutes, impossible de retenir un vocabulaire entendu ou un accent, ce qui la rend quasiment allergique à l’apprentissage d’une langue. Par contre, elle est incollable sur tout ce qui est visuel, un avantage non négligeable pour retenir tous les kanjis de la langue japonaise. Elle en connaît bien trois fois plus que chacun de ses compatriotes.

Karuho a un esprit logique indéniable. Si elle est loin d’être surdouée et a beaucoup de problèmes pour apprendre par cœur sans se fier à sa vue, elle cartonne en maths et en informatique, et de manière générale dans tout ce qui touche à des réflexions logiques et à leur application brute. Toutes les sciences et les mécaniques, tant qu’elle peut appliquer un schéma inaltérable, seront simples. Elle a aussi un talent inné, ou en tout cas bien travaillé, pour l’entretien, la fabrication et l’invention de machines et de technologies qui ne seraient pas à la portée de n’importe qui. C’est, en partie, ce qui a alimenté le rêve éveillé dans lequel elle vit depuis des années.

Elle est intimement persuadée d’être une intelligence artificielle qu’on aurait fait grandir dans un corps à moitié humain. Sa logique, sa mémoire imbattable, sa difficulté à ressentir et gérer des émotions fortes, l’absence de sa mère pendant la totalité de sa vie, tout a contribué à nourrir son délire. Ça n’a pas toujours été le cas, mais il sera difficile, impossible peut-être, de faire marche arrière. Karuho, c’est avant tout une ado qui a fait face à trop d’émotions d’un coup et a dû grandir trop vite. Celle qui n’a jamais trouvé comment les gérer, les réguler, les afficher aussi. Elle peut passer d’une inexpressivité totale à un sentiment brûlant et destructeur qui lui serrera le cœur et la fera sortir de ses gonds quelques secondes, quitter son masque que ce soit pour fondre en larmes, hurler après quelqu’un ou tomber amoureuse. Mais son expression placide reprendra sa place bien trop facilement, d’autant plus maintenant qu’elle s’est enfermée dans cette image.

Karuho est un vrai génie de l’informatique. Elle est obsédée par les ordinateurs au point de n’être jamais déconnectée. Elle s’est procuré un des quelques exemplaires de Google Glass disponibles et les a modifiées à sa façon pour en faire une fausse visière lumineuse bleue qui lui donne encore plus l’allure d’un robot. Elle a aussi une montre connectée et une oreillette reliée à ses lunettes ou à son téléphone. Autant dire qu’elle est connectée en permanence. Par extension, elle a aussi assez peur de l’eau – très peur, en vérité. Pas parce qu’elle pourrait se noyer, elle sait nager, mais juste parce que ça rentre dans son délire. Une machine et de l’eau, ça ne fait jamais bon ménage, et elle ne fait pas exception à la règle. Elle a une obsession visible pour les tatouages, mais aussi pour les piercings bien qu’elle n’en ai pas encore. Elle envisage quasiment en permanence de nouvelles manières de modifier son apparence et semble radicalement incapable de se satisfaire de son physique.

Elle n’est pas aussi froide et distante qu’elle le laisse paraître. Beaucoup de choses la touchent, de la misère humaine à des questions plus personnelle. La vérité, c’est qu’elle a gardé en elle, derrière l’illusion de son corps artificiel, l’envie profonde et indélébile de plaire à son père, d’attirer son regard plus longtemps qu’un bref instant. Chaque geste qu’elle fait et qui l’éloigne de l’humanité pour la rapprocher des machines, c’est uniquement pour que le regard de son père se pose à nouveau sur elle. C’est en tout cas ce que le psy qui a analysé sa situation après le tatouage qui lui a métallisé le ventre a fini par affirmer. Elle ne cherche pas à confirmer ou infirmer cette version des faits. Elle se contente de considérer ses émotions comme un "bug" et de les ignorer, même quand son cœur s’emballe ou que ses yeux se brouillent.



■ Histoire


L’histoire de Karuho est difficile à remonter, comme un puzzle dont elle aurait volontairement éparpillé les pièces. Entre la vérité, ce que lui raconte son père et la version qu’elle s’en fait, il existe très peu de parties de son passé qui sont stables et fiables. Elle est la fille d’un maniaque des machines, Takeshi Chîsaru, et de Yukiko Tanaka, une institutrice pour ce qu’elle en sait. Sa date de naissance officielle est le 15 mars 1996, mais cela fait partie des nombreuses choses qu’elle conteste. Malgré sa mémoire hors du commun, elle a très peu de souvenirs d’avant ses quatre ans, et elle se plaît à réécrire même involontairement tout ce que son père a pu lui raconter.


Reconstruction de données mémorielles, 0% — Painted a perfect picture of where I came from

Sa mère est morte dans un accident de voiture quand elle avait deux ans. D’après son père, c’était une femme adorable et généreuse et, même si elle ne se souvient pas d’elle, Karuho préfère ne pas en douter. L’accident eut lieu un jour que Yukiko partait en vacances avec sa sœur Tsugumi, emmenant Karuho avec elle pour laisser à Takeshi du temps pour travailler sur ses machines. En cours de route, la voiture des deux jeunes femmes fut percutée par un camion, tuant Yukiko sur le coup et laissant Tsugumi en état instable, entre la vie et la mort. La petite fille, assise à l’arrière, échappa miraculeusement au sort de sa mère, le camion n’ayant percuté que l’avant de la voiture. Ce furent les pompiers qui ramenèrent la bambine à son père. Seule. Lui qui était un père légèrement distrait devint un homme surattentif, délaissant ses machines pour accorder toute son attention à cette enfant qu’il avait failli perdre et pour compenser la perte de sa femme. Sa tante ne survécut pas à ses blessures, et Karuho devint bientôt la miraculée de l’histoire.

Karuho n’y croit pas. N’y croit plus, pour dire vrai. Elle avait toujours trouvé incroyable d’être la seule à s’en être sortie, mais son délire a donné de nouvelles couleurs à cette histoire. Pour elle, pas de miracle : la vraie Karuho est morte dans l’accident avec sa mère et sa tante. Elle ne serait qu’une copie, une reproduction mi-humaine mi-artificielle, une IA intégrée dans un corps cloné ou une machine semblable à celui de la petite fille qui est vraiment née le 15 mars. 20 ans ? Elle estime en avoir uniquement 18. A ses yeux, le génie de son père est suffisant pour créer un clone avec des parties mécaniques et elle est persuadée que sa détresse était suffisante pour qu’il oublie tout sens moral. Quant au temps qu’il a passé à s’occuper d’elle après l’accident, il s’agissait seulement de sa passion habituelle pour les machines et de s’assurer que toutes ses fonctions étaient opérationnelles.
Comment expliquer, sinon, qu’il ait cessé de montrer de l’intérêt pour elle au bout de quelques années ?


Reconstruction de données mémorielles, 15% — I laugh myself to sleep, it's my lullaby

Karuho a commencé à démontrer des facultés impressionnante dès son premier jour d’école, deux ans après l’accident. Entrée en retard à cause du traumatisme de son père qui ne voulait plus se séparer d’elle, elle n’a eu aucun mal à égaler et même surpasser ses camarades dans tous les jeux de logiques et de construction. Et si elle n’a jamais sauté de classe, c’est simplement parce que sa mémoire n’était pas encore bien fonctionnelle et qu’elle ne retenait presque rien. Chiffres, mots et autres choses que l’on apprend en maternelle lui était difficilement accessibles tant tout était oral, tant on espérait qu’elle apprenne des mots qui n’étaient pas encore écrits. Elle a apprit à lire plus tôt que la majorité de ses camarades, principalement parce qu’il était devenu évident qu’elle avait des difficultés avec sa mémoire auditive.
Selon elle, cela correspond au moment où son père a "corrigé son programme". Qui voudrait d’une fille incapable de retenir quoi que ce soit ? A six ans, sa mémoire photographique a fait son premier exploit. Elle a réécrit à la perfection et de mémoire la lecture qu’on lui avait demandé la veille, avec un détail affolant sur le dessin de chaque symbole syllabaire, de chaque kanji simple. Le texte reproduit sur sa feuille ressemblait à s’y méprendre à celui lu dans le livre, jusqu’à la calligraphie propre à l’imprimerie. Mais sa mémoire auditive lui jouait toujours des tours et elle fut résolument incapable d’apprendre la moindre comptine, la moindre poésie, ou de retenir les différences entre les accents. Au début, c’était plus simple. Il lui suffisait de lire le tableau pour retenir la totalité de son cours. Si elle parlait anglais avec un accent à couper au couteau qui écorchait les oreilles de ses professeurs, elle avait toujours le niveau à l’écrit et apprenait par cœur avec une facilité déconcertante tant qu’elle avait un visuel.

La primaire fut une période agréable pour l’enfant joueuse qu’elle était. Même si son côté première de la classe rebutait facilement au premier abord, sa maladresse dans certaines matières la rendait plus accessible. Elle se fit quelques amis qu’elle a perdu de vue depuis mais qui restent, dans sa mémoire, des souvenirs heureux indélébiles. Délaissée par son père après sa première année de primaire, elle s’est réfugiée dans ces amitiés éphémères qui disparaîtraient dès qu’elle changerait d’école.

Il y avait Yukio, le petit garçon timide qui préférait jouer dans le bac à sable de la cour plutôt que de parler aux autres et à qui elle fournissait seau et pelle pour fabriquer de beaux châteaux de sable. Elle se souvient de chaque tâche de rousseur sur son visage et de ses yeux légèrement moins bridés que ceux de ses camarades, signes de ses origines européenne. Elle se souvient de chaque château qu’ils ont construit, de la plus petite tour crénelée faite avec un seau à la forteresse s’étendant sur la totalité du bac à sable. Elle se souvient de ses rares sourires, des anniversaires amusants auxquels elle a assistés, tout en aventures et en jeu d’exploration dans le jardin de ses parents.

Il y avait Shiori, la fillette effrontée qui osait toujours tout, contredisait toujours tout le monde et se faisait punir en permanence. Celle que Karuho et ses amis passaient leur temps à délivrer des terribles punitions qu’on lui infligeait, comme de rester dans la cour intérieure en été quand tout le monde allait courir dehors ou de nettoyer la salle de classe seule. Jamais elle n’oubliera toutes les aventures folles dans lesquelles elle a pu les entraîner tous, les arbres qu’elles ont escaladés malgré l’interdiction, leurs fuites toujours interrompues de l’enceinte de l’école.

Il y avait aussi Rin, sa voisine de classe sur laquelle elle copiait tout le temps lors des contrôles de langue où elle n’avait pas les ressources. C’était celle qui participait à sa place quand elle en avait assez d’entendre des "comme par hasard Karuho a la réponse". Rin, c’était la petite intello qui participait à toutes leurs aventures comme si elle jouait dans un film ou était le personnage d’un livre, la passionnée de lecture et de jeux qui n’était jamais dans le monde réel. Sa meilleure amie, toute époque confondue.

Il y en avait d’autre, aussi. Une dizaine d’autres qui l’ont moins marquée mais dont elle se souvient malgré tout et qu’elle pourrait reconnaître et nommer sur chaque image, chaque dessin, chaque photo. Des anniversaires, des jeux, des cours, des années partagées qu’elle n’oubliera sans doute jamais.

La primaire, ce fut l’occasion pour elle de tester ses limites, de découvrir le potentiel de son esprit logique et de sa mémoire visuelle infaillible, mais aussi l’occasion de découvrir les bases des émotions humaines quand elle pensait encore l’être.


Reconstruction de données mémorielles, 40% — When it's you and me, we don't need no one

La suite de ses études se fit légèrement plus laborieuse. Prendre des notes, retenir ce que disait son prof en ayant de moins en moins de support visuel sur lequel s’appuyer, c’était un peu hors de sa portée. Elle en vint à copier sur ses voisins de classes, à envoyer sms sur sms à Rin malgré son forfait limité pour avoir des cours écrits noir sur blanc devant ses yeux, même si son amie avait changé d’école. Elle passa de première de la classe à élève normale, avec des notes moyennes et des difficultés atypiques. Seuls les cours de géographie et de japonais lui sauvaient la mise, entre les cartes et les kanjis à apprendre qu’elle reproduisait avec une exactitude effrayante. Les maths aussi, puis plus tard la physique, développèrent son esprit logique et son talent pour l’application de formule à un point largement supérieur. Mais tout ce qui touchait un tant soit peu à l’oral ou au fait de retenir des mots prononcés par un professeur, c’était niet.

A force de temps, elle s’est résolue à étudier dans des livres et à squatter les bibliothèques, où elle a rencontré son premier petit ami, Misao. Elle s’asseyait régulièrement à la même table que lui et de jour en jour et de semaine en semaine, ils en vinrent à discuter, puis à déjeuner ensemble, à se rapprocher jusqu’à ce qu’un jour, leurs lèvres dérapent, s’assemblent, dans une image gravée à jamais sous ses paupières. Son histoire avec Misao dura deux ans qui ne la laissèrent pas indemne. D’émotion forte en émotion forte, de découverte en découverte, elle vit en lui le chemin parfait vers ce qu’elle n’avait fait qu’effleurer jusque là : la normalité. Elle délaissa son apprentissage intensif pour passer plus de temps avec lui, se contentant de ses notes moyennes et remplissant sa mémoire infinie d’image de lui, encore et encore. Ses deux années s’écoulèrent avec une douceur qui lui était jusque là inconnue, une tendresse qui effaça momentanément l’absence de son père. Remarqua-t-il que sa fille rentrait plus tard, ou ne rentrait pas ? Ou parfois, rarement, ne rentrait pas seule et amenait avec elle ce garçon du collège voisin, rencontré dans une bibliothèque du quartier ? Elle estime que non. Elle sait que non. La vérité, c’est que c’était l’une des rares périodes de sa vie où elle se fichait totalement de son père.

Et puis, aussi soudainement que ça avait commencé, tout s’arrêta. Sa deuxième année de collège se termina sur le déménagement de Misao dans une ville loin de Tokyo, où elle ne mettrait sans doute jamais les pieds, et les quelques appels qu’ils se passèrent ne comblèrent pas leur envie de s’embrasser, de se serrer dans les bras l’un de l’autre ou de simplement s’effleurer. Leur relation à distance tint quelques mois de plus, et ce fut fini. Elle consacra l’année suivante à reconstruire son cœur meurtri par la fin de cette expérience, mais elle se réfugia souvent dans ses souvenirs parfaits, rendant la guérison plus difficile. Pendant toutes ses années de collège, elle refusa les avances plus ou moins nombreuses des garçons qui la trouvaient mignonne et elle resta seule, avec une seule hâte : entrer au lycée.


Reconstruction de données mémorielles, 50% — I'm the best damn thing that your eyes have ever seen

Au lycée, Karuho a pu faire table rase de ses anciennes connaissances et les cacher dans un recoin de sa mémoire. Si elle a plus ou moins gardé contact avec Rin, elle a surtout obtenu son premier ordinateur personnel, et pas des moindres, grâce à la promotion de son père qui lui a permis d’augmenter considérablement ses revenus. De fille normale assez douée à l’école, elle est devenue la fille riche à qui tout le monde demande des faveurs. Sortir en ville, boire un verre entre ami, passer un peu de temps sur son pc, elle était la personne à avoir avec soi pour être sûr d’avoir les moyens de ses ambitions. Et, bien sûr, on l’invitait à toutes les soirées, à tous les anniversaires, parce qu’elle offrait les meilleurs cadeaux et amenait les meilleures boissons. Aussi bizarre que ça puisse paraître, elle ne s’en formalisa jamais. Ça ne la dérangeait pas d’être, aux yeux de pas mal de monde, une source d’argent comme une autre, parce qu’elle savait que certains l’appréciaient vraiment pour ce qu’elle était.

Elle s’est un peu enfermée dans son image d’adolescente riche qui a tout ce qu’elle veut, cachant ses émotions pour gagner en popularité. Elle était inaccessible, ou en tout cas elle le paraissait, mais ceux qui passaient ces soirées avec elle savent qu’elle ne l’était pas réellement. Ses aventures de courte durée et ses histoires d’un soir se sont toutes étalées sur ses deux premières années de lycée et ses résultats scolaires peinaient à suivre, lui attirant parfois, rarement, des remontrances de son père. Une marque d’attention comme une autre qu’elle appréciait à sa juste valeur. Mais à part quelques amis intéressants, le lycée ne l’a pas beaucoup marquée. Soirée, sortie, shopping, cours, soirée... Ses journées étaient si répétitives qu’elle ne savait plus si elle vivait dans la réalité ou dans une succession de souvenirs identiques. Comme un programme. Deux petits amis, un certain nombre d’aventures malgré son jeune âge, une réputation tranchée entre la fille facile et la diva inaccessible.


Reconstruction de données mémorielles, 60% — You were everything that I wanted

« Est-ce que vous pourriez vous concentrer, s’il vous plaît ? »
« Je vous assure que vous vous trompez ! Il n’est pas celui que vous croyez, il... »
« Mademoiselle Chîsaru ! Il s’agit d’une enquête policière et nous avons besoin de votre coopération. Vous voulez nous exposer votre version des faits ? Alors calmez-vous ! »
Karuho baissa la tête et laissa le silence s’installer, lentement. Quand toute la pièce fut muette, elle prit une grande inspiration.
« C’est lui qui est venu me voir. Il s’est présenté comme Tetsu Makoto, un chercheur en technologie qui participait à ce informatique qui cherche constamment à exposer de nouveaux talents. Il avait entendu parler de ma modification des google glass et d’autres choses que j’avais bidouillées et exposées dans mon lycée pour les besoins de mon club. Il voulait m’offrir une place, exposer mon talent si vous voulez. J’avais un an pour inventer quelque chose d’exceptionnel à présenter au congrès de l’année prochaine. Celui qui a lieu dans trois semaines. »
Elle appuya sa remarque d’un regard significatif qui ne fit ni chaud ni froid au lieutenant en face d’elle. Karuho soupira.
« Bref, après deux semaines à réfléchir il m’a présentée aux membres du congrès comme étant l’apprentie qu’il allait soutenir. C’est une espèce de mise en avant préliminaire de mes capacités, si vous voulez. Visiblement, j’ai été assez convaincante pour que Tetsu me garde à ses côtés. »

L’expérience avait été de celles que n’importe qui aurait pu garder en mémoire. De grands génies de l’industrie technologiques, tous réunis et elle, assise à côté d’un homme qui croyait en ses capacités au point de la leur présenter. Se lever, noter quelques formules sur un tableau pour exposer ses projets sans trop les dévoiler, espérer réaliser une invention majeure du siècle pour enfin s’attirer l’admiration de son père. Elle avait quitté la réunion galvanisée, pleine d’espoir, et elle avait accepté de participer au congrès sans hésiter. Après les cours, elle se rendait chez Tetsu pour travailler sur son projet et d’autres bidouillages annexes qu’elle faisait par simple passion. Parfois ils ne travaillaient pas du tout, jouaient à des jeux vidéos ou regardaient des films. Les choses se sont faites naturellement. Elle avait 17 ans, lui 25, mais ça n’avait pas d’importance tant que personne n’était au courant.

« Je me rappelle de la forme de chacune de ses dents quand il sourit, de la fossette qui se dessine à droite de sa joue, de chaque petit éclat qui brille dans ses yeux quand il les pose sur moi. Je pourrait re-situer chacune des petites marques sur sa peau, chacun de ses grains de beauté, redessiner ses lèvres dans la plus parfaite des imitations. C’est un amour sincère que nous partageons, vous ne pouvez pas comprendre. Vous ne pouvez pas lire dans son regard comme je l’ai fait, vous ne pouvez pas comprendre la logique qui relie nos âmes. »
« Vous n’êtes pas la première à affirmer ceci, mademoiselle. Et si nous ne faisons rien, vous ne serez pas non plus la dernière. »
« Vous ne pouvez pas comprendre, » répéta-t-elle, « personne ne peut comprendre. Chacune des sensations qu’il m’a transmises est gravée dans ma mémoire, dans ma peau. Je peux revivre à l’infini le moindre de ses baisers et le moindre de ses effleurements. Chaque caresse, chaque contact. Et je peux vous assurer que c’était réel. Vous ne savez rien de lui, absolument rien. »
« Nous le connaissons depuis bien longtemps. »
« Vous le connaissez ? Vous avez vu les marques sur son corps, ces formules mathématiques gravées dans sa peau qui descendent de ses pectoraux jusqu’à son bassin ? Je les ai senties sous mes doigts, ce sont des cicatrices comme on n’en voit jamais, qu’on ne peut pas oublier. »
« D’où viennent-elles ? » demanda l’inspecteur en griffonnant quelque chose sur son carnet.
« Ne pose pas de questions sur des choses qui ne t’aurais pas inquiétés à l’époque où elles se sont produites . »
« Pardon ? »
« C’est ce qu’il m’a dit, quand je lui ai posé la question. »
« De son enfance, donc... » souffla l’homme en continuant d’écrire.
« Qu’est-ce que vous écrivez ?.. »
« Toute nouvelle information sur cet homme est bonne à prendre. »
Karuho soupira.
« Ce n’est pas lui que vous cherchez. Il ne me ferait jamais de mal. »
« Cela fait cinq ans que nous le pourchassons, mademoiselle. Il est méticuleux, prudent, nous n’avons jamais pu avoir plus que des suspicions à son sujet. Mais chaque année il trouve un nouveau génie de l’informatique à former et chaque année, quand arrive le congrès, sa merveille disparaît. Rien ne l’accuse, lui-même prétend haut et fort qu’ils ont pris la fuite ou qu’il n’a plus eu de nouvelles du jour au lendemain. Sans aveux et sans preuves, nous n’avons jamais pu l’arrêter. Chaque année, nous entendons un gamin ou une gamine comme vous qui nous affirme qu’il les aime et qu’il ne leur fera jamais de mal. Et chaque année, nous ne retrouvons d’eux que des cadavres. Quand on les retrouve. »
Karuho frémit. Le ton sérieux et presque menaçant de l’inspecteur fit vaciller ses certitudes. Mais elle revit le regard tendre que Tetsu portait sur elle, elle ressentit la chaleur de ses mains, de ses doigts à elle qui effleuraient doucement les cicatrices sur son torse, et elle secoua la tête.
« C’est une coïncidence. »
« Je ne vous laisserai pas risquer votre vie sous prétexte que vous vous croyez en sécurité, mademoiselle Chîsaru. Vous ne devez plus vous approcher de Tetsu Makoto. Il est dangereux, c’est de la folie de continuer à le voir. Nous allons vous placer sous surveillance policière, il pourrait s’en prendre à vous. »
« Vous ne pouvez pas m’empêcher de le voir ! Je... je vous prouverai qu’il n’y est pour rien ! »
« Vous ne mettrez pas votre vie en danger ! Je n’ai pas envie de perdre quelqu’un d’autre entre les mains de ce psychopathe ! »
« IL EST INNOCENT ! Donnez-moi un micro, un gilet pare-balles ou ce que vous voulez, protégez-moi avec tout ce que vous pouvez si vous voulez. Vous voulez des preuves, des aveux ? Très bien, s’il est coupable, j’en aurai pour vous. »
« C’est beaucoup trop dangereux. »
« Plus dangereux que de me laisser le voir sans protection ? Vous savez que je le ferai. »
L’inspecteur la regarda d’un air menaçant mais elle conserva son expression déterminée. Il eut l’intime conviction que même avec une étroite surveillance, elle trouverait le moyen de leur échapper et d’aller voir Tetsu Makoto.
« Je vais en discuter avec mes supérieurs. »

Deux jours plus tard, Karuho se trouvait face à l’appartement de Tetsu, le cœur serré par l’angoisse, un gilet pare-balles caché sous son pull et un micro dans les cheveux, dissimulé dans la petite barrette qu’elle portait régulièrement.
« Est-ce que tu as bien compris mes instructions ? S’il te semble louche, tu n’auras qu’à dire ‘J’ai besoin de savoir’, nous t’appellerons immédiatement sur ton téléphone. Si tu raccroches aussitôt ou si tu ne réponds pas, nous interviendrons. Nos hommes ne seront pas loin derrière la porte. Quand le téléphone sonnera, tu n’auras qu’à prétexter une urgence pour qu’il te laisse sortir. S’il refuse de te laisser partir ou s’il devient menaçant, nous interviendrons. Ne prends aucun risque inconsidéré. »
« J’ai compris. Je... je ferai de mon mieux. »
Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle pouvait dire pour se rassurer. Lui demander de but en blanc ce qui était arrivé aux anciens candidats ? Trop louche. Elle se souvint de l’homme qui l’avait amenée à la police en premier lieu, un des membres du congrès qui l’avait regardée de travers pendant toute sa présentation. Elle l’avait entendu marmonner quelque chose sur « ce type ramène toujours des gamins pour les avoir dans son lit ». Tandis qu’elle montait les escaliers, elle priait pour que ce soit faux.
Ou non, pour que ce soit simplement ça. Un homme un peu tordu qui couchait avec des lycéens, et pas un tueur en série qui cherchait juste à s’approprier ses connaissances.

Elle frappa timidement à la porte, et il lui ouvrit avec son grand sourire habituel. Comment avait-elle pu douter de lui ? Il lui dirait la vérité et tout s’arrangerait, la police arrêterait de le poursuivre et il pourraient continuer leur idylle. Ou pas, étant donné qu’il restait ce problème de différence d’âge en suspens.
« Ça ne va pas, Karuho ? »
« Hein ? Euh je... si, ça va. C’est juste que... j’ai croisé quelqu’un du congrès il y a deux jours. Il m’a dit quelque chose de bizarre... »
Tetsu fronça les sourcils.
« Quoi donc ? »
« Eh bien euh... que tu ramenais quelqu’un comme moi chaque année et... »
« Comme eux tous. »
« Et que tu ne faisais ça que pour l’attirer dans ton lit », termina-t-elle en le regardant dans les yeux.
Elle le vit tiquer et son cœur se serra. Peut-être était-ce vrai, après tout. Tetsu était juste un type qui fantasmait sur les lycéennes – et les lycéens aussi, apparemment, ce qui ne devait pas arranger son image au sein du groupe de chercheurs.
« Ne crois pas tout ce qu’ils disent. C’est vrai que j’ai déjà eu une aventure avec un autre de mes apprentis, mais ce n’était pas aussi sérieux qu’avec toi. »
Karuho afficha un air rassuré mais son esprit disait tout autre chose. La police lui avait bien dit qu’il était sorti avec chacun de ceux qui l’avaient précédée. Il lui mentait. Était-ce juste pour la rassurer par rapport à ses anciennes aventures ou lui cachait-il vraiment quelque chose ?

Leur discussion avait duré longtemps sans que Tetsu ne fasse mine d’être menaçant ou de comprendre qu’elle avait eu un contact avec la police de la ville. Mais il n’avait plus parlé des anciens apprentis, comme s’il lui cachait véritablement quelque chose. Elle tenta le tout pour le tout.
« Tetsu ? »
« Oui ? »
« Je sais que tu ne veux pas en parler mais... j’avais fait des recherches sur les anciens congrès. Tu sais, avant d’accepter. Je... j’ai trouvé aucune trace des autres personnes que tu as présentées. »
« Tu veux savoir avec laquelle j’ai eu une aventure ? »
« Quoi ? Euh... non je... je voulais juste savoir pourquoi ils n’ont pas présenté leur projet au final. »
« Ils ont paniqué. Tu ne vas pas paniquer toi, pas vrai ? »
Son regard avait quelque chose d’inquiétant. Il n’y brillait pas la même lueur que d’habitude, celle à laquelle elle était habituée. Elle chassa son inquiétude.
« Non, bien sûr que non. Ils ont paniqué ? Tous ? »
« La première est morte dans un accident. Les autres... les autres ont paniqué. »
Il mentait. Elle pouvait le voir, il n’avait pas cette expression qu’il avait lorsqu’il était sincère. Elle la connaissait par cœur, cette expression et ce n’était pas l’air un peu distant qu’il arborait aujourd’hui.
« Tetsu... Je te trouve bizarre... tout va bien ? »
« Je ne comprends pas pourquoi tu me pose toutes ces questions. Je ne t’ai pas dit de ne pas te poser de questions sur des choses qui ne t’auraient pas inquiétées à l’époque ? »
« Peut-être que tes cicatrices ne m’auraient pas inquiétés quand j’étais enfant, mais à 16 ou 15 ans j’étais assez mature pour trouver bizarre que des gens se dégonflent si facilement avant un événement qu’il attendent depuis si longtemps. Tu me caches quelque chose... »
Elle était tendue. Extrêmement tendue. C’était un risque inconsidéré, ce que le lieutenant lui avait bien dit de ne pas faire. S’il était vraiment le tueur que la police pensait qu’il était, il pouvait la tuer là, maintenant.
« Je ne te cache rien du tout, Karuho. De quoi tu as peur ? »
Il passa sa main sur sa joue et elle sentit un dégoût l’envahir en plus d’une terreur sans nom. Comment avait-elle pu croire en lui, lui donner foi, alors qu’il lui mentait ouvertement sur les circonstances de la disparition des anciens candidats ? Pourquoi un innocent mentirait-il ?
« Je n’ai pas peur. Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas m’en parler, c’est tout. J’ai besoin de s... de te connaître par cœur. »
« Tu me connais déjà par cœur, Karuho, tu n’as pas besoin de connaître chaque détail de mon passé. Tu sais tout ce que tu as besoin de savoir. Et puis tu n’es pas comme eux, tu es différente, je t’aime et je sais que tu n’auras pas peur et que tu ne disparaîtras pas du jour au lendemain. »
« Je suis différente... »
« Bien sûr. Je t’aime, et je ne te ferai jamais de mal. »
Karuho réprima à grand peine un brusque mouvement de recul et se contenta de décaler légèrement son visage pour échapper au contact de sa main.
« De quoi tu parles ? »
« Pardon ? »
« De quoi tu parles, Tetsu ? Comment ça, ‘ne pas me faire de mal’ ? »
« C’est une façon de parler, de dire que je ne te ferai jamais souffrir. Qu’est-ce qui te prends ? »
« Tu mens ! Le garçon qui était à ma place l’année dernière, il est mort ! Pourquoi tu me mens, comme ça ? Pourquoi tu... »
Tetsu baissa la tête et elle se prépara à prononcer la phrase qui signerait l’intervention de la police avant qu’il ne réponde, l’air triste.
« Je ne voulais pas te le dire... C’était tragique, et... »
Il continua de parler, mais elle ne l’écouta pas. Il mentait, de toute manière. Elle devait se sortir de cette situation. Jamais il ne lui avouerait les meurtres s’il les avait vraiment commis. Il fallait qu’elle s’en aille.
« Je t’en prie, Tetsu... J’ai besoin de savoir... »
Son téléphone n’attendit que quelques secondes pour se mettre à sonner et elle décrocha aussitôt.
« Allo ? »
« S’il s’agit d’une fausse alerte, raccrochez. … … Très bien, prétendez que votre père a eu un accident. Essayez d’avoir l’air le plus affecté possible. Si votre vie est en jeu, il doit vous croire à tout prix. »
« Je... d’accord. »
« Qui c’était ? »
« Mon père... mon père vient d’avoir un accident... »
Elle se remémora les sensations, le visage qu’elle avait affiché en apprenant le déménagement de son petit ami, au collège. De revivre le plus intensément possible la tristesse qui l’avait saisie alors. Son visage se décomposa, et Tetsu sembla y croire.
« Tu veux que je t’accompagne ? »
« Refusez », souffla la voix dans le téléphone. « Il n’a rien dit qui l’inculpe et s’il voit nos hommes, il comprendra ce que vous êtes venue faire. Cela vous mettrait en danger. »
« Je... non, ça ira. Mon père ne te connaît pas et s’il apprend pour nous deux ça risque d’être... compliqué. Rapport à la différence d’âge. »
« Ton père... »
Sa voix avait changé. Il semblait plus froid, comme s’il réfléchissait intensément. Karuho, qui allait franchir la porte, se figea.
« Ça risque d’être compliqué... avec ton père ? Je croyais qu’il ne te prêtait aucune attention ? Quelle importance accorderait-il à notre différence d’âge ? Ou même à moi ? »
Il s’approcha d’elle et posa une main sur le mur à côté de sa tête.
« Je te cache des choses, c’est ça ? Et toi, qu’est-ce que tu me caches ? Qu’est-ce que tu essayes de faire, Karuho ? »
« Je... je t’expliquerais si tu me dis ce qui s’est passé avec les anciens candidats. »
« Je ne peux pas faire ça. Je t’aime, je n’ai pas envie de te blesser... Et si je te raconte tout ça, je n’aurais plus le choix. »
Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait pu aimer cet homme, le défendre de façon inconditionnelle face à un lieutenant qui ne cherchait qu’à la protéger. Elle s’était mise dans une situation critique, et même la présence des troupes de la police derrière la porte ne la rassurait qu’à moitié
« De quoi tu parles ? Tetsu, tu... tu me fais peur... »
« N’insiste pas, je te dis ! On ne parle pas d’eux, d’accord ? Reviens t’allonger, on discutera un peu, d’accord ? »
« Mon père... » balbutia-t-elle, « je dois aller voir mon père. »
« Tu mens », cracha-t-il, « ton père n’a rien, j’en suis persuadé. Tu cherches juste à partir parce que tu ne me fais pas confiance. Il ne t’arrivera rien, tu comprends ? Le congrès est dans trois semaines, il est encore trop... tu ne peux pas te dégonfler maintenant. »
« Encore trop... quoi ? Je ne me dégonfle pas, j’ai bien l’intention de participer à ce congrès. Tetsu, s’il te plaît, je dois aller voir mon père. Tu peux venir avec moi si tu veux, reste juste hors de la chambre d’hôpital et... »
« Tu as peur de moi ? Tu t’es mal renseignée. Mais tu as l’air d’en savoir beaucoup trop... Qui t’a parlé de ça ? »
« Un des membres du congrès, je t’ai dit. »
Il soupira.
« Va-t-en, Karuho. Va donc voir ton père. »
Le cœur serré, elle ouvrit la porte avec l’angoisse permanente qu’il ne lui plante une arme dans le dos, mais elle parvint à atteindre le couloir et à refermer derrière elle. Elle s’écroula assise au sol avec un soupira de soulagement avant que l’un des policiers ne l’aide à se relever et à sortir du bâtiment.
« Vous allez bien, mademoiselle ? » lui demanda le lieutenant.
« Il voulait me tuer... il allait me tuer... » marmonna-t-elle
« Nous ne l’aurions pas laissé faire. »
« Qu’est-ce qu’il voulait dire ? Encore trop quoi ? »
« Encore trop tôt, probablement. La plupart des disparitions ont eu lieu dans les quelques jours précédant le congrès. Nous n’avons malheureusement pas beaucoup d’éléments contre lui. Il est bien trop prudent, même avec vous. »
« C’est lui, pas vrai ? J’avais tort depuis le début... »
« Vous l’aimez, vous ne pouviez pas savoir. Nous nous occupons du reste, à présent. »


Reconstruction de données mémorielles, 80% —  I’d rather be anything but ordinary please ♪

L’incident de Tetsu signa le début de son délire. Il fut arrêté deux jours plus tard, quand il vint frapper chez elle et qu’il s’aperçut que son père n’avait rien eu. Il comprit très vite qu’elle lui avait menti, fit le lien avec le nombre troublant de ses connaissances de l’affaire et en conclut qu’elle avait collaboré avec la police. Poussé par la colère et sans savoir qu’elle portait encore un micro, il commit l’erreur d’avouer ses meurtres et de la menacer, elle, permettant enfin à la police de le mettre sous les verrous malgré les maigres éléments à leur disposition.

Comme elle ignorait combien de temps il resterait en prison, son père consentit, sous pression policière, à déménager dans une autre ville, loin de la capitale, où l’homme ne pourrait pas les retrouver. Mais le cerveau de sa fille était déjà sous l’emprise d’une psychose provoquée par le traumatisme. Les événements ont détruit totalement la confiance qu’elle avait dans les autres et l’ont conduite à douter de tout ce qu’on avait pu lui apprendre de sa vie. Emportée par sa peur qu’on la manipule, elle s’est manipulée elle-même, créant dans sa tête un monde technologique où elle n’avait plus rien d’humain.

Elle commença par se teindre les cheveux, abandonnant sa chevelure noire au profit d’un blond décoloré très soigné. Ensuite, elle se fit tatouer, d’abord légèrement, quelques fausses parties métalliques sur un bras, et au fil des mois ses tatouages s’agrandirent jusqu’à recouvrir la quasi-totalité de son corps. Elle récupéra ses google glass modifiées, acheta une quantité astronomique de lentilles et investit une bonne partie de l’argent de son père dans des opérations de chirurgie esthétiques. Jusqu'à se faire tatouer les yeux. Et puis, finalement, elle sembla sortir de sa phase de folie de transformation.

Ensuite seulement elle décida de reprendre ses études là où elle les avait arrêtées. Elle refit une année de lycée pour obtenir son diplôme puis se lança dans des études universitaires centrées sur l’informatique et l’électricité dans une université prestigieuse et chère. Elle n’eut pas beaucoup de difficulté à convaincre son père : sa fille s’intéressait au même domaine que lui, le seule domaine qui semblait avoir de l’importance dans sa vie, et il ne pouvait que l’encourager dans cette voie. C’est comme ça qu’elle se retrouva à Chisê pour ses années universitaires.

Reconstruction de données mémorielles, 100%  — Tous les systèmes sont opérationnels.



■ Et vous ?


Prénom/Surnom : Ruri
Âge : 21 ans
Que pensez vous du forum à première vue ? Je vous aime toujours ! Et mon insomnie vous aime aussi ♥
Et comment avez-vous connu le forum ? J'étais déjà là
Qu'avez-vous mangé ce matin ? Code bon!
Autre : A la base, elle avait des lentilles, et ensuite j’ai vu que ça existait vraiment les tatouages des yeux. Genre "viens risquer de perdre la vue c'est rigolo." Enfin du coup elle a les yeux tatoués, c'est-y pas mignon ?

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MessageSujet: Re: K4ruh0 - Turn it off and on again   Dim 21 Aoû - 14:10

Coucou ♥

Merci d'avoir créé un second personnage Ruri, c'est adorable de ta part ^^
Je vais corriger ta fiche de ce pas !

Physique :
-> Le physique le plus original du forum (du monde?), c'est évident! Et puisque tu me certifies que tatouer les yeux c'est possible (mais dangereux) alors je te crois.
Rien à ajouter, tout est parfait!

Caractère :
-> Très détaillé tout ça, c'est parfait. J'ai juste l'envie de savoir ce que pensent les gens en la voyant aujourd'hui? Comment réagissent-ils? A-t-elle toujours des contacts avec Rin? Ou reste-t-elle le plus souvent seule?

Histoire :
-> Ton style littéraire est tout simplement merveilleux. Je découvre même des mots que je ne connais pas *O*
-> Je me suis totalement fondue dans les dialogues entre Tetsu et Karuho. J'étais carrément là-bas, impressionnant comment tu manies les émotions aussi ♥ *fan*
-> Que pense son père de sa transformation?

Malgré mes petites questions parsemées ici et là, ta fiche est validée très chère! Félicitations, je crois que tu as bien mérité un bonbon pour ton dur labeur!
Voici les liens dont tu auras besoin (même si c'est ton DC, c'est la procédure) :
- Classes.
- Rang.
- Avatar.
- Logement.
- Clubs.
- Journal Intime.
- Double compte. Car tu rejoins le club des accros 8D
- Et enfin Rps.

Voilà.
Si tu as des questions, des doutes, etc ... je reste à ta disposition (ou les autres membres du staff).
Amuse-toi bien avec ta machine ♥

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Karuho Chîsaru
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HnM
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MessageSujet: Re: K4ruh0 - Turn it off and on again   Dim 21 Aoû - 15:08

Oh tu sais, si ça ne tenait qu'à moi, je créerais un personnage par semaine (<- l'exagération). En tout cas merci pour tous tes compliments, ça fait plaisir ♥

Ce que pensent les gens, je dirais que ça dépend des personnes. Toi, tu réagirais comment ? Je pense que je buguerais vraiment beaucoup xD
Vu qu'elle a changé de ville elle n'a plus beaucoup de contact (en personne en tout cas) avec ceux qu'elle connaissait avant. Elle communique toujours avec Rin mais surtout par message ou par skype, elles ne se voient jamais. Elles ont des parcours totalement différents qui les ont éloignées.

Quant à ce que pense son père... Je suis tellement dans le point de vue de Karuho que j'ai envie de dire qu'il s'en fiche xD Non, je pense que ça l'a perturbé un temps, vu qu'il l'a poussée à aller chez un psy, mais comme à chaque fois il s'est replongé corps et âme dans son travail (très franchement, je pense qu'il a un problème mental aussi de son côté).

Je commence à avoir des fans, la célébrité est proche !  09
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Yoite Unden
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HnM
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MessageSujet: Re: K4ruh0 - Turn it off and on again   Dim 21 Aoû - 16:31

Ahah l'exagération a du bon, ça prouve quand même que tu te sens à l'aise sur ce forum ^^

Effectivement, je pense que beaucoup de personnes doivent le regarder de travers, surpris ou choqué. Tant qu'elle assume, ça devrait aller.
Et ok pour Rin.

Quant à son père, sa réaction me satisfait. Tu peux aller gambader sur le forum ♥

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MessageSujet: Re: K4ruh0 - Turn it off and on again   

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K4ruh0 - Turn it off and on again
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